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vendredi 22 septembre 2017
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Intox et désintox: panique dans les rangs

Opportunité d’appliquer enfin sérieusement l’Accord ou épée de Damoclès ? Le régime de sanctions adopté par le Conseil de sécurité fait cafouiller la CMA qui alterne soutien et critique contre ses protecteurs. L’interview accordée par son porte-parole trahit le trouble de ce mouvement iconoclaste.
Face à l’INTOX de destruction massive, nous vous proposons la DESINTOX.
Lisez les croustillantes PEPITES de la semaine.

Un couteau à double tranchant
INTOX
Dans une interview accordée au Studio Tamani, dans la mouvance du vote de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur un régime de sanctions au Mali, le porte-parole de la Coordination des mouvements armés (CMA), Almou Ag Mohamed, soutenait : « au niveau de la CMA, nous pensons que c’est une bonne chose ».

DESINTOX
C’est forcément une bonne chose, puisque la CMA est persuadée que ce régime de sanctions ne s’appliquera qu’aux autres : le Gouvernement et son frère ennemi de la Plateforme des mouvements du 14 Juin. Pour un mouvement, qui est rompu à l’art de la propagande, de la désinformation, ce régime ne fait en réalité qu’ajouter une nouvelle corde à son arc dévastateur.
Mais comme dit Idriss Mahamat KONSO : ‘’les paroles qui dépassent ta taille sont des couteaux à double tranchant’’. Ce régime de sanctions n’est pas une bonne chose que pour la CMA ; il l’est également pour le Gouvernement qui l’a sollicité auprès des Nations Unies. Il ne l’aurait certainement pas fait s’il était le premier de « ceux qui dressent des obstacles » à l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation.
Le régime de sanctions ciblées n’est pas non plus pour déplaire à la Plateforme des mouvements du 14 Juin qui est victime d’application sélective de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali et de harcèlements.
Ce qui permet d’émettre de sérieuses réserves sur la sincérité de la CMA qui soutient que c’est une bonne chose, quand bien même une épée de Damoclès est au-dessus de sa tête. D’autant plus que l’intérêt des autres parties pour les sanctions lui impose d’être dans une disposition de récupération de ce nouvel outil dans une logique de manipulation. La déclaration de la CMA n’est de ce fait que de la poudre aux yeux. Mais à malin, malin et demi.

L’hypocrisie
INTOX
« Nous avons d’ailleurs demandé à la méditation depuis fort longtemps de mettre en œuvre des sanctions contre les violeurs de l’accord et des droits humains, mais rien ».

DÉSINTOX
N’est-ce pas là le voleur qui crie au voleur ? C’est le mouvement qui est principalement accusé de faire obstacle à la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation qui demande des sanctions à l’encontre de ceux qui ne le violent pas ou en tout cas rarement. Franchement ça vaut la peine de bien se frotter les yeux et bien rincer les oreilles pour voir et entendre. Cette révélation de la CMA met dans la posture de quelqu’un qui sort d’un long rêve. Qui a été à l’origine de tous les affrontements après l’Accord de cessez-le-feu ? En juillet dernier, qui a attaqué la Plateforme sans armes lourdes dans ses bases ? Qui a attaqué un détachement de l’armée malienne ? On dirait que la CMA prend les enfants du Bon Dieu pour des oies sauvages. Elle, demander à la Médiation des sanctions ! Mon œil ! Un coupable, ça demande la clémence, à genoux, pas des sanctions…

L’amnésie
INTOX
« C’est toujours le même jeu d’équilibriste de la part de la MINUSMA qui ne parvient même pas à appeler le chat par son nom quand il y a violation, encore moins situer les responsabilités ».

DESINTOX
C’est quand même un peu ingrat, parce que c’est à cause de la CMA que ce grand machin est devenu funambule. C’est bien la CMA qu’elle n’a jamais osé désigner comme coupable. À Ménaka, c’est elle qui attaque, elle est battue à plate couture, la MINUSMA rend responsable le GATIA de l’escalade de la violence et le somme de vider les lieux au nom d’un accord qui n’a jamais existé nulle part. Elle s’exécute pour donner une chance à la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation prévue à Bamako et qui était prise en otage.
À Anéfis, c’est encore les hommes de la Plateforme qui sont accusés d’être des violateurs de l’Accord. La MINUSMA menace de les en débouter s’ils n’obéissaient pas à ses injonctions. Et quand la Plateforme cède à l’intercession du Président de la République, la MINUSMA va établir une zone de sécurité autour de Kidal sous le prétexte fallacieux de protéger la population civile. Au même moment, elle reste motus devant la réoccupation d’Anéfis par la CMA.
Avant ces événements, la MINUSMA signe un accord dans le plus grand des secrets avec le chef d’état-major de la CMA, le colonel NAJIM, et établit une zone temporaire de sécurité (ZTS) sur l’axe Almoustarat-Anéfis de 10 km de chaque côté de la route.
En juillet dernier, c’est Barkhane dont la MINUSMA n’est que le suppôt et le supplétif qui rentre dans la danse en allant prendre les armes lourdes de la Plateforme pour permettre à la CMA de l’attaquer dans de meilleures dispositions et prendre enfin la supériorité numérique.
Malgré toutes ces prises de position scandaleuses, la CMA ne trouve rien d’autre à dire que de parler d’équilibrisme. Vraiment, soyons un peu sérieux.
Situer les responsabilités ? La MINUSMA ne peut pas situer de responsabilité, dans ces conditions, étant elle-même partie prenante. Par un soutien aveugle à la CMA, sa neutralité a été gravement et durablement entachée.

La langue de bois
INTOX
« La CMA pense qu’il faut sanctionner ceux qui violent l’accord, les arrangements sécuritaires et les droits de l’Homme que ces contrevenants soient de la CMA ou des autres parties sans quoi cet accord aura du mal à se mettre réellement en place ».

DESINTOX
Arrêtons avec la langue de bois. L’Accord n’aura pas de mal à se mettre en place, il a du mal à se mettre en place et la CMA aura du mal à convaincre qu’elle n’y est pour rien. C’est elle qui a fait blocage pour le retour de l’administration à Kidal. C’est elle qui bloque la mise en place du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC). C’est elle qui avait refusé de libérer le camp qui devait être refait pour servir de site de cantonnement aux éléments du MOC. C’est encore elle qui a semé la zizanie lors des dernières élections communales empêchant l’élection de se tenir dans certaines circonscriptions. C’est encore elle qui a retardé le démarrage du MOC à Gao en refusant de transmettre la liste de ses combattants devant en faire partie. S’il y a donc des contrevenants à chercher, c’est directement du côté de la CMA qui a systématiquement remis en cause tout ce qu’on prenait pour acquis. Elle veut des sanctions ? Elle en aura pour son grade, parce que la violation de l’Accord est une seconde nature chez elle.

La déloyauté
INTOX
« Nous ne pensons pas que la MINUSMA ne joue pas franc jeu mais qu’elle est plutôt limitée par son mandat ».

DESINTOX
Pour une fois la CMA dit la vérité ! Bien sûr que la MINUSMA ne joue pas franc jeu. Du moins avec les autres parties pour lesquelles elle n’a pas reçu mandat, de qui on sait, de bichonner. Sinon, c’est un secret de polichinelle, envers les ex-rebelles de la CMA, elle est d’une loyauté à toute épreuve. C’est même un retour de l’ascenseur que d’évoquer un mandat limité de la Mission onusienne. Parce qu’il y a eu une unanimité que la Résolution 2364 adoptée par le Conseil de sécurité à sa 7991e séance, du 29 juin 2017 (en vigueur au moment de son interview), donne à la MINUSMA un mandat plus robuste.

L’amalgame
INTOX
« Sa division “Droits de l’Homme” par exemple n’arrive même pas à situer clairement et ouvertement les responsabilités quand il y a une violation des droits de l’Homme ».

DESINTOX
Point d’amalgame, le mandat de la MINUSMA est très clair dans l’avant-dernière résolution (29 juin 2017). Il dit en effet : ‘’surveiller les violations du droit international humanitaire et les violations des droits de l’homme et atteintes à ces droits, notamment toutes les formes de violence sexuelle et sexiste et de violations et atteintes commises contre les femmes et sur la personne d’enfants sur tout le territoire du Mali, concourir aux enquêtes et lui faire rapport à ce sujet, publiquement et régulièrement, et contribuer aux activités de prévention de ces violations et atteintes’’.
La simple surveillance ne devrait pas être au-dessus des forces de toute une Division créée à cet effet. Il ne lui est pas demandé d’engager de poursuite contre qui que ce soit. Les autorités nationales s’occupent de cette dimension.
En réalité ce qui limite la MINUSMA, c’est l’alinéa précédent qui dit : ‘’aider les autorités maliennes dans leur entreprise de promotion et de défense des droits de l’homme, en particulier en ce qui concerne la justice et la réconciliation, notamment en concourant, dans la mesure du possible et du nécessaire et sans préjudice des responsabilités de celles-ci, à l’action qu’elles mènent en vue de traduire en justice ceux qui ont commis au Mali des violations graves des droits de l’homme ou des atteintes graves à ces droits, ou des violations graves du droit international humanitaire, notamment des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, en tenant compte du fait que les autorités maliennes de transition ont saisi la Cour pénale internationale de la situation qui règne dans leur pays depuis janvier 2012’’.
Étant donné que la MINUSMA n’a aucunement envie d’aider les autorités maliennes à traduire en justice des éléments de la CMA, alors elle joue à la limitation des moyens et sur la limitation des moyens. Comme on le dit, les loups ne se mangent pas entre eux.

Le gadget
INTOX
« Mais avec cette nouvelle dynamique, il y a de quoi redonner confiance à toutes les personnes et entités de bonne foi ».

DESINTOX
Ah ! La bonne foi ! Ce qui manque le plus dans cette affaire d’Accord pour la paix et la réconciliation, c’est justement la bonne foi. Tout le monde la revendique, mais très peu sont disposés à en faire montre. La bonne foi, si galvaudée est devenue une espèce de gadget entre les mains de certains acteurs. Cela aussi représente une violation flagrante de l’Accord pour la paix et la réconciliation qui stipule en son article 50 : ‘’les Parties reconnaissent que la première garantie de l’aboutissement de l’Accord réside dans leur sincérité, leur bonne foi et leur engagement à assumer le contenu de l’accord et œuvrer à la mise en œuvre de l’ensemble de ses dispositions dans l’intérêt de la réconciliation de leur pays, ainsi que de la paix, de la sécurité et de la stabilité du Mali et dans la région dans son ensemble’’.
Mais au regard du caractère abstrait du concept de bonne foi, elle servira difficilement de matière au futur Comité de sanctions dont le rôle s’annonce crucial dans la mise en œuvre correcte de l’Accord pour la paix et la réconciliation.




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