Jeunes djihadistes au Mali: entre foi et circonstances

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Hier mercredi, l’Institut d’études de sécurité (ISS) et l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) ont organisé une conférence de presse à l’hôtel Salam de Bamako sur les jeunes djihadistes au Mali, de 2012 à nos jours. Ladite conférence avait pour objectif d’informer la presse sur les circonstances qui ont basculé certains jeunes dans le radicalisme religieux. Elle était animée par Mme Lori-Anne Théroux-Bénoni, directrice de l’ISS-Dakar, Mme Kaori Tanaka, première adjointe au représentant de la JICA au Sénégal et Mohamed Maïga de l’ISS-Dakar.

De Mars à juillet 2016, l’ISS, avec l’appui financier de la JICA, a effectué une enquête dans les régions Nord, dans le sud et dans le centre du Mali et le district de Bamako, pour comprendre les raisons qui ont poussé les jeunes de ces zones à choisir les kalachnikovs à la place de leurs outils de travail. Les résultats de cette enquête font l’objet d’un document intitulé : « djihadiste au Mali guidé par la foi ou les circonstances » ? À cette question, les conférenciers ont donné des séries de réponses qui ont fait l’objet de débats houleux entre journalistes et conférenciers. Selon Mme Théroux-Bénoni, les données recueillies sur place confirment l’existence du lien entre le chômage des jeunes et leur implication dans les groupes terroristes. Elle révèle que la situation est plus complexe qu’il n’y parait, car le chômage compris de façon large, dans le contexte malien, est un facteur parmi d’autres au sein d’une catégorie de déterminants économiques. Par ailleurs, l’étude a révélé que le ralliement de certains jeunes dans les rangs des djihadistes s’explique, soit par un souci de protection de leurs activités rémunératrices licites ou illicites, soit à des logiques qui n’avaient rien d’économique.
La conférence de presse a aussi été marquée par la projection des témoignages de certains jeunes ex-combattants qui ont donné les raisons de leur rattachement aux groupes djihadistes. Parmi eux, une jeune d’Ansar Dine à Tombouctou a révélé, le 19 juillet aux enquêteurs de l’ISS, que les contraintes économiques l’ont poussé dans les rangs de Iyad Ag Aly : « je l’ai rejoint pour fait vivre ma famille. Je n’avais pas de salaire, mais je bénéficiais d’aides ponctuelles », a-t-il dit.
Pour cet autre jeune de Macina, Amadou Kouffa ne l’a pas prié deux fois pour qu’il prenne les armes : « j’ai perdu ma terre dans un litige à la Cour. Parce que je n’avais pas d’argent pour payer le juge ».
M. Maïga a précisé que sur la soixantaine d’ex-combattants engagés dans les rangs des djihadistes, les interventions de seulement 85 ont été prises en compte, grâce à la pertinence de leurs réponses aux questions d’enquêteurs. Il a rappelé que l’ISS a jugé nécessaire de garder leur identité sous anonymat pour des questions de sécurité. Il a, par ailleurs, rassuré que la volonté de cerner les facteurs et les processus qui ont mené certains jeunes à se retrouver dans ces groupes djihadistes, ne procédaient pas d’un exercice intellectuel superflu.
Quant à Mme Kaori Tanaka, elle a soutenu que ces entretiens menés sur toute l’entendue du territoire malien, prouvent bien évidemment qu’en plus des motivations économiques et religieuses attendues, qu’il en existe de nombreuses autres raisons ayant poussé les jeunes entre les mains de djihadistes. Elle a rappelé que cette étude démontre que les facteurs sont multiples évolutifs. Elle a, à cet effet, déploré que dans certains cas, les circonstances ont été plus déterminantes que les facteurs.
Signalons que les données de ces enquêtes sont disponibles sur le site web de l’ISS. Mme Théroux-Bénoni a d’ailleurs invité les structures intéressées de la visiter pour des raisons de collectes d’informations. Aussi, des situations qui ont prévalu dans les zones affectées par la domination des djihadistes, les conditions sécuritaires qui y prévalent, ces derniers temps, figurent dans ledit document.

Par Christelle KONE

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