«Jungle» de Calais: le démantèlement est une « question de jours »

C’était l’un des derniers obstacles. La justice a donné mardi son feu vert au démantèlement du campement de migrants de la « Jungle » de Calais. L’opération est désormais éminente. « Nous arrivons au moment où nous allons engager cette opération », c’est « maintenant une question de jours », a annoncé le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, sans toutefois confirmer la date du 24 octobre évoquée par plusieurs sources.

Saisi en urgence, le tribunal administratif de Lille a rejeté les arguments avancés par onze associations qui estimaient l’opération précipitée et réclamaient « un diagnostic plus poussé » des besoins et des risques, certains évoquant « une catastrophe » en cas de démantèlement « dans les conditions actuelles ». Pour le tribunal, la fin programmée du campement où s’entassent entre 5 700 et 10 000 personnes (selon les comptages) vise à « faire cesser » les traitements « inhumains et dégradants » auxquels sont soumis les migrants qui vivent « dans des conditions de précarité et d’insécurité dénoncées par tous ». Du côté des associations, François Guennoc, de l’Auberge des migrants, s’est dit « déçu ». « Nous n’étions pas favorables au maintien de ce bidonville ni maintenant ni dans l’avenir. On demandait du temps », a ajouté Vincent De Coninck, du Secours catholique.
Une opération sur plusieurs jours

Aussitôt la décision connue, Bernard Cazeneuve a estimé qu’elle confortait « le gouvernement dans sa démarche humanitaire et sa détermination ». Pour l’État, où la défection soudaine des associations plaignantes (Secours catholique et Emmaüs France notamment) avait fait grincer des dents après les efforts de concertation amorcés, c’est une victoire sans ambiguïté. D’autant que d’autres organisations non associées au recours ont aussitôt demandé que le démantèlement ait lieu avant la trêve hivernale débutant le 1er novembre. Au-delà, ce feu vert ouvre la voie à l’opération, qui s’annonce à haut risque et devrait s’étaler sur plusieurs jours. « Tout est prêt pour faire cette opération et ne pas la faire aujourd’hui, alors que toutes les conditions humanitaires sont réunies pour la réaliser avec succès, serait une manière de maintenir dans la précarité des populations qui ont beaucoup souffert », a estimé Bernard Cazeneuve, avant d’énumérer les déblocages successifs sur le sujet.
En matière d’hébergement, « nous avons actuellement 1 000 places de plus » dans les centres d’accueil et d’orientation (CAO) « qu’il n’y a de migrants à Calais », a-t-il expliqué. Un argument qui a fait mouche en justice, le tribunal estimant que l’État « n’a pas sous-estimé le nombre de migrants » à reloger – même si les associations dénonçaient un manque d’interprètes et des « disparités de suivi » des migrants. Sur le dossier crucial des mineurs isolés, le tribunal a souligné l’« accompagnement spécifique » prévu par la préfecture « pour assurer leur mise à l’abri immédiate ».

1 300 mineurs sur le campement

La négociation avec les Britanniques, qualifiée d’« extrêmement dure », « avance très positivement depuis quelques heures », a assuré le ministre de l’Intérieur, qui s’est dit « convaincu » d’aboutir « à une excellente solution ». Selon un récent recensement, près de 1 300 mineurs vivent sur le campement insalubre, dont 500 environ font état de famille au Royaume-Uni. « Nous serons en situation d’organiser le départ vers la Grande-Bretagne d’enfants qui ont des liens familiaux avec ce pays », a assuré le ministre, alors que 14 adolescents ont pu rejoindre leur famille lundi et 12 mardi. Pour les autres, « nous les mettrons dans des centres d’accueil et d’orientation dédiés avec l’accompagnement qui va avec », a-t-il poursuivi, évoquant pour la première fois ces CAO-mineurs, et ce, « dans l’attente que les Britanniques en prennent davantage ou qu’ils puissent entrer dans des dispositifs de droit commun ».
Dans ce contexte, et même si les mineurs relèvent normalement de l’Aide sociale à l’enfance qui est une compétence départementale, « les mineurs isolés seront pris en charge intégralement par l’État pour que les départements n’aient pas à supporter cela », a ajouté Bernard Cazeneuve. Les autorités affichent en revanche leur fermeté sur l’immigration irrégulière. Mardi, 25 personnes ont été expulsées, portant à 1 723 le nombre de personnes en situation irrégulière « éloignées du territoire national depuis Calais », a précisé le ministère de l’Intérieur dans un communiqué.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *