Justice internationale: la CPI sur la sellette des Etats Africains

Tentative de se soustraire d’une éventuelle poursuite pénale de la justice internationale à l’encontre leurs dirigeants ou simple campagne de dénigrement d’une Cour pénale internationale de « deux poids, deux mesures » ? En tout cas, nombreux sont aujourd’hui des Etats africains qui expriment leur retrait de cette institution judiciaire faisant planer du coup un effet domino sur le Continent.

Après le Burundi et l’Afrique du Sud, c’est la Gambie qui, de la bouche de son ministre de l’Information, Sheriff Bojang, manifeste son intention de prendre ses distances avec la Cour pénale internationale (CPI).
“À partir de ce jour, mardi 24 octobre, nous ne sommes plus membres de la CPI et avons entamé le processus prescrit par le statut fondateur pour nous en retirer” a annoncé, hier, le ministre gambien de l’Information, Sheriff Bojanj, à la Télévision publique.
L’annonce aurait de quoi surprendre si on n’était pas au «Jammehland », où les volte-face et autres incohérences de l’homme fort de Banjul, constituent un mode de gouvernance. En effet, rien qu’en mai dernier, Yaya Jammeh avait volé au secours de sa compatriote, Fatou Bensouda, procureure de la CPI, constamment sous les feux des critiques, en ces termes : « Son job est difficile et, contrairement à ce que j’entends, la CPI ne vise pas spécialement l’Afrique ». Il s’en était même pris aux frondeurs, estimant qu’ils sont pris au piège de leurs propres turpitudes.
Pourquoi donc ce revirement spectaculaire ? Officiellement, les autorités gambiennes ressassent la rengaine bien connue de la politique du « deux poids, deux mesures », accusant la CPI de « persécution envers les Africains, en particulier leurs dirigeants », alors qu’« au moins 30 pays occidentaux ont commis des crimes de guerre », sans être inquiétés depuis la création de cette juridiction. A titre illustratif, le ministre avance la vaine tentative de la Gambie de faire poursuivre les pays de l’Union européenne (UE), pour la mort de nombreux migrants dans la Méditerranée.
Ces décisions interviennent au moment même où des voix de l’intérieur de la CPI et du Continent africain appellent au dialogue pour éviter un effet domino fatal pour cette institution, dont la procureure Fatou Bensouda est pourtant ressortissante d’un Continent d’où vient cette fronde.
C’est du moins le cas du président de l’Assemblée des Etats parties au traité de Rome, Sidiki Kaba, qui a appelé les Etats africains critiques vis-à-vis de la Cour, à « donner une chance au dialogue, à la négociation ». Il appelle, de fait, à l’ouverture de pourparlers avec les Etats frondeurs pour recueillir « leurs appréhensions, leurs récriminations, leurs critiques » en vue d’un « consensus dynamique » lors de la prochaine Assemblée générale des Etats parties, prévue du 16 au 25 novembre 2016 à la Haye, au Pays-Bas. Mais, sans jouer les Cassandre, on peut bien se douter que le militant des droits humains, par ailleurs ministre sénégalais de la Justice, prêche dans le désert. D’abord, parce que l’arme de la séduction par le dialogue, n’a aucun effet sur les dictateurs africains. De fait, pour les férus de l’argument de la force qu’ils sont, il est illusoire d’espérer les faire succomber au charme d’un dialogue qui est peut être compromettant pour eux. Si ce n’est leur demander de se mettre eux-mêmes la corde au cou pour se faire mener à l’abattoir, c’est tout comme ! Ensuite, si par mirage du désert où il prêche, l’appel du Sénégalais trouvait écho, il ne pourrait avoir que pour effet de ragaillardir les frondeurs. Il pourrait même accélérer l’effet domino qu’a suscité la hardiesse des pionniers de la contestation que sont le Burundi et l’Afrique du Sud, entraînant dans leur mouvement, les timorés qui hésitaient à se mettre sur la place publique.
En tout cas, parallèlement à ces trois pays ayant déclaré leur retrait de l’institution judiciaire internationale, d’autres voix ont salué ces décisions et ont appelé les autres pays africains à en faire de même, à leur tête le président soudanais Omar El-Béchir.
“La CPI est un nouvel outil colonial qui cible uniquement les dirigeants africains”, a accusé le président soudanais, cité par le quotidien en ligne Afric Telegraph.
“J’appelle les dirigeants africains et les peuples d’Afrique qui sont encore membres de la CPI à prendre ensemble une mesure collective pour se retirer de la CPI”, a ajouté le communiqué de la présidence soudanaise.
Pour rappel, la décision de retrait de Pretoria de la CPI fait suite justement à la polémique suscitée par la présence, en Afrique du Sud, du président soudanais à l’un des sommets de l’Union africaine. La CPI avait exigé l’arrestation d’Omar El-Béchir, mais le président sud-africain Jacob Zuma a opposé un niet catégorique, entraînant ainsi les deux parties dans un bras de fer aux conséquences que l’on sait.
L’on craint aujourd’hui que d’autres pays africains, comme le Kenya qui était à la tête des États ayant défendu cette option au sein de l’Union africaine, ne décident de se retirer tout bonnement de la CPI.

Par Mohamed D. DIAWARA

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