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mercredi 12 décembre 2018
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La ministre française des Armées, sur le raid français: « notre intervention a confirmé l’information que nous avions réunie en amont »

Invitée Afrique de notre confrère du RFI, Christophe Boisbouvier, depuis Dakar où elle prenait part au Forum sur la paix et la sécurité en Afrique, qui s’est achevé mardi 14 novembre au soir, Florence Parly, ministre française des Armées, a livré son appréciation sur les deux jours de discussion au Forum ; la première opération menée par la force conjointe du G5 Sahel ; et sur le raid français près d’Abeibara ayant tué 11 de nos soldats. Sur ce sujet qui suscite encore des interrogations, la ministre française, non sans dénié la responsabilité de son pays dans ce drame national, a justifié le bien-fondé de cette intervention armée dont le but, dit-elle, était « destiné à neutraliser un camp de terroristes » avant d’ajouter que ce raid a tout à fait confirmé l’information que son pays avait réunie en amont.
Nous vous proposons l’entretien réalisé par notre confrère du RFI.

RFI : Florence Parly, quel bilan tirez-vous de ces deux jours de discussion au Forum de Dakar?
Florence Parly : Une montée en puissance très nette de la conscience des Etats africains de la nécessité de prendre en charge ou de contribuer à prendre en charge leur sécurité.

Vous avez appelé une nouvelle fois la communauté internationale à se mobiliser en faveur de ce G5 Sahel. La première opération menée par la force conjointe, avec l’appui de Barkhane, vient de s’achever. Quel bilan tirez-vous de cette première opération ?
Le premier bilan, c’est que cette opération a eu lieu, et conformément au calendrier qui était fixé et que, grâce à cela, nous allons pouvoir convaincre tous les contributeurs, qui jusqu’à présent, peut-être, faisaient preuve d’un peu d’attentisme, pour concrétiser des contributions qui sont nécessaires. Il manque encore une centaine de millions d’euros pour assurer la montée en puissance de cette force qui doit être pleinement opérationnelle à la fin du mois de mars 2018. C’est tout proche.

Concrètement, sur le terrain, qu’a donné cette première opération ? Certains ont estimé que cela n’avait pas forcément donné grand-chose et certains observateurs ont même parlé d’une opération de communication. Qu’est-ce que vous leur répondez ?
Je pense que c’est tout sauf une opération de communication. C’est une première opération, ce qui veut dire la coordination entre des forces qui ne travaillaient pas nécessairement toujours ensemble. C’est la mise en place d’un système de commandement sous l’autorité du général malien Didier Dacko. Bref, ce sont des éléments très concrets. Et pour ce qui concerne le bilan que l’on pourra tirer de l’opération, elle vient de s’achever hier donc vous me permettrez de prendre le temps, avec tous ceux qui sont concernés, pour en faire ce que l’on appelle le retour d’expérience complet.

Les pays du G5 Sahel parviennent-ils à bien se coordonner dans cette force conjointe et les décisions sont-elles prises à cinq ? On a un peu le sentiment que le Tchad et la Mauritanie traînent un peu les pieds. Est-ce que c’est aussi votre sentiment ?
Ce n’est pas du tout mon sentiment. Le chef d’état-major malien de la force conjointe du G5 Sahel est à la tête de forces qui regroupent des éléments en provenance de ces cinq pays. Ces armées tchadiennes, comme mauritaniennes, aux côtés des armées nigériennes, du Burkina et du Mali, sont importantes et mènent des opérations de première importance dans la région.

L’apparition de cette force est-elle bien perçue par les autorités algériennes ?
Pourquoi cette question ?

On a l’impression que, aussi, l’Algérie tarde un petit peu à collaborer avec cette force ou ne la voit pas forcément d’un très bon œil.
C’est une force qui concerne le G5 Sahel. Je n’ai pas fait une enquête pour savoir au sein des pays limitrophes quelle est l’opinion que les uns et les autres peuvent avoir sur cette force. Je pense que ce qui est important, c’est que cette force soit efficace et elle se donne, pour l’instant, tous les moyens de l’être.

Très rapidement, un point sur le budget de la défense de 2018. Où en est-on de l’affaire des 700 millions d’euros de crédit, toujours gelés par Bercy ?
C’est un sujet que j’ai traité depuis Dakar, puisque j’ai renouvelé des demandes que j’ai exprimées depuis quelques semaines, d’un dégel complet de ces crédits. Ce que je peux dire dès à présent, c’est que nous avons été entendus sur une autre demande très importante que nous avions formulée au ministère des Finances. C’est le fait que le complément de financement pour les opérations extérieures viendrait par le canal de la solidarité gouvernementale. Ce n’est donc pas le budget des armées qui contribuera à ce complément de financement, qui est nécessaire pour boucler le financement des opérations extérieures de l’année 2017.

Cela a suscité beaucoup de crainte notamment d’une partie de l’opposition. Le budget des OPEX, les opérations extérieures, qui d’habitude était financé par tous les ministères. Et là, c’était un petit peu remis en cause. Et vous nous dites que ce sera à nouveau financé par l’ensemble des ministères ?
Le complément de financement dont nous avions besoin, de presque 400 millions d’euros, sera apporté par une contribution des autres ministères et donc le budget des armées n’aura pas à assurer ce complément.

Le raid français du 24 octobre dernier près d’Abeibara, au Mali, suscite-t-il des tensions avec les autorités maliennes ?
Ce raid français était un raid destiné à neutraliser un camp de terroristes. Nous avions identifié, avant même cette opération, de façon très précise, sur la base de renseignements, comme nous le faisons toujours, l’existence d’un camp de terroristes. Notre intervention a tout à fait confirmé l’information que nous avions réunie et nous avons eu, comme c’est naturel, un dialogue très transparent avec les autorités maliennes sur ce que nous avions identifié en amont et sur les éléments que nous avons récupérés après l’opération. Donc, tout ceci a été tout à fait transparent entre nous et les autorités maliennes.




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