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mardi 20 avril 2021
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La Représentante spéciale des Nations Unies sur les violences sexuelles en période de conflit conclut sa première visite au Mali et appelle à un engagement de la part du gouvernement

Communiqué de presse
La Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies sur les violences sexuelles en période de conflit, Mme Zainab Hawa Bangura, a conclu sa première visite au Mali pour discuter d’un communiqué conjoint comprenant des actions clés que les Nations Unies et le Gouvernement du Mali devraient entreprendre ensemble dans les domaines de la sécurité, de la justice et des services de base.

“Les associations de victimes et les organisations de la société civile que j’ai rencontrées à Bamako et Tombouctou ont beaucoup d’espoir et d’attentes en ce qui concerne le processus de paix, mais cela a été pour moi particulièrement dur et choquant d’observer la situation des survivantes de violences sexuelles et la vulnérabilité accrue des communautés face à de tels crimes”, a-t-elle expliqué.
Au cours de sa visite, elle a rencontré le Premier ministre Modibo Keita, et a tenu un certain nombre de consultations avec les ministres de la Défense, de la Sécurité et la Protection civile, de la Justice, des Affaires religieuses, de la Santé, et de la Promotion de la femme, ainsi qu’avec le Chef d’État major de l’Armée et les responsables de la Police et de la Gendarmerie. Elle a aussi rencontré le président de l’Assemblée nationale, celui de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation, des leaders communautaires et religieux, la communauté diplomatique et des donateurs, des groupes de femmes, des responsables d’associations de droits humains, des associations de victimes, des prestataires de services, et le personnel des Nations Unies.
Mme Bangura a également échangé avec des représentants des anciens groupes armés qui font partie de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) et de la Plateforme, signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Elle les a aussi encouragés à adopter des engagements spécifiques pour la prévention et la répression des crimes de violence sexuelle. Une majorité des violations sont commises par les groupes armés ainsi que par les groupes extrémistes et terroristes qui opèrent au Mali tels qu’Ansar Dine, le Mouvement pour l’Unité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) et Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI).
Les leaders religieux qu’elle a rencontrés lui ont assuré qu’ils allaient prendre position contre les violences sexuelles liées au conflit, en particulier dans le contexte des violations commises par les groupes extrémistes.
“En tant que femme musulmane, je comprends bien le rôle que la religion peut jouer et comment elle peut être utilisée dans certains contextes, y compris au Mali, pour renforcer les objectifs stratégiques des groupes extrémistes violents. Ils l’utilisent dans le cadre du recrutement, en attirant les combattants par la promesse de l’accès aux femmes, ou pour mobiliser de l’argent à travers la traite et la vente des femmes et des filles. C’est un affront aux tenants les plus sacrés et fondamentaux de l’Islam.”
La Représentante spéciale s’est aussi rendue à Tombouctou, au nord du Mali, où une proportion importante des cas de violences sexuelles liées au conflit a été documentée et où elle a rencontré de nombreuses victimes qui ont partagé avec elles leurs histoires douloureuses.
“Elles font non seulement face à un traumatisme psychologique et physique dévastateur du fait du viol, mais elles souffrent d’autant plus qu’elles et leurs enfants sont marginalisés et abandonnés par leurs maris, familles et communautés. Les violences sexuelles représentent la seule violation des droits humains où la stigmatisation et la honte sont associées aux victimes et non aux auteurs des violences. Chacun a un rôle à jouer pour changer cette réalité inacceptable et faire que ceux qui commettent ces crimes en paient le prix ».
Le communiqué conjoint qui a été discuté avec les autorités nationales servira de cadre de coopération pour une action dans des domaines clés, tels que la lutte contre l’impunité qui est essentielle pour la prévention, la réforme législative et le renforcement du système judiciaire, et des plans d’action spécifiques pour l’Armée et la Police. « J’appelle le gouvernement à signer le communiqué en urgence, et à engager l’appui des Nations Unies dans sa mise en œuvre”, a-t-elle dit.
Le manque de services adéquats en ce qui concerne l’appui médical, psychosocial et les autres services destinés aux survivantes représente un défi important. Le secteur de la prise en charge des violences sexuelles et fondées sur le genre est le moins financé au niveau de toute la réponse humanitaire au Mali.
La visite a été conduite conjointement avec le Dr Sarah Sewall, Sous-Secrétaire d’État des États Unis à la Sécurité civile, la Démocratie et les Droits humains, qui a engagé l’appui de son propre gouvernement et cherche à rallier l’appui d’autres partenaires internationaux pour apporter une réponse concertée et stratégique à la problématique des violences sexuelles liées au conflit au Mali.
La Représentante spéciale a insisté sur le fait que la souffrance inimaginable des victimes devrait appeler à une réponse collective.
“Il est de notre devoir pour les survivantes et leurs familles de faire de cette question une considération centrale du processus de paix en cours, parce que si nous ne le faisons pas, cela va remettre en cause l’efficacité et le caractère durable de nos efforts pour résoudre la crise au Mali. Je suis solidaire des victimes ainsi que des femmes, enfants et hommes qui continuent à faire face à une grande vulnérabilité quant aux violences sexuelles au Mali, et dans les conflits à travers le monde.”




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