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mardi 20 avril 2021
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Les lâchages d’une transition frappée d’autisme

La Transition dans notre pays est de plus en plus esseulée, avec le départ en cascade de ses soutiens supposés ou réels. La douce euphorie dans laquelle elle a momentanément baigné a fondu comme beurre au soleil.
Ainsi, après le coup de force contre le Président Ibrahim Boubacar KEITA, le M5-RFP, le fer de lance de la contestation anti-IBK, s’est officiellement déclaré ‘’partenaire stratégique’’ de la junte. Mais, la relation idyllique des premiers jours a tourné court, en raison de divergences de fond. Aussi, si le M5-RFP clame urbi et orbi la réussite de la Transition, il n’en demeure pas moins qu’elle est des plus incisives à son égard. Le manque d’inclusivité, les pulsions totalitaires, la perpétuation des pratiques combattues sous l’ancien régime de IBK sont les principaux griefs qui font que le M5-RFP, dans sa globalité, ne peut être considéré comme un inconditionnel de la Transition.
Dans sa composante religieuse, le divorce avec la Transition est bruyant. En effet, le déplacement de trois ministres à Nioro du Sahel, ce mercredi 3 mars 2021, pour aller voir et supplier le Grand Chérif en vue de le ramener à plus de bienveillance à l’égard de leur collègue de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, Mme Bintou Founé, et à de meilleurs sentiments à l’égard de la Transition, les lignes n’ont pas bougées. Et le Chérif le dit, sans langue de bois, dans son sermon du vendredi 5 mars : «j’ai reçu une délégation composée de 3 ministres, le lundi passé (NDLR : 3 mars 2021). (…) Je leur ai rappelé que j’ai été la première personne à apporter mon soutien à la Transition et cela, avant même de connaître les acteurs de ladite Transition.
Mais, ce qui est sûr, aujourd’hui, je ne suis plus dans la logique de soutien à cette Transition »
Deux jours après cette sortie musclée du Chérif Bouyé HAIDARA de Nioro, c’était au tour de l’Imam Mahmoud DICKO, profitant d’une tribune de la nouvelle plateforme ‘’Jigiya Kura’’ ou ‘’l’Espérance Nouvelle’’, de tancer vertement la Transition : «après le coup d’État, j’avais annoncé que je me retirais dans ma mosquée, car je pensais que les nouvelles autorités chargées de conduire la Transition sauraient le faire à hauteur de souhait. Mais, aujourd’hui, je suis au regret de constater quelque chose que je vais dire et dénoncer. (…)Vous ne pouvez pas avoir un président distant du peuple, un Premier ministre froid et un vice-président je ne sais quoi, et puis, tout le monde est là, comment gérer ? Non ! Ça ne marchera pas ».
Le religieux ou pseudo-religieux qui s’aligne ouvertement derrière la Transition est Issa Kaou N’DJIM qui a même créé L’ACRT “FASO KA WELE pour soutenir la candidature à la prochaine élection présidentielle du Vice-Président de la Transition, le Colonel Assimi GOITA.
Du côté politique, sans trop de risque de se tromper, l’on peut affirmer que le couple bat de l’aile. Et pour cause, le plan de tarissement de la source de l’aide publique aux partis politiques pour des considérations électoralistes, alors même qu’il s’agit d’une recommandation de la conférence nationale souveraine, provoque des grincements de dents de plus en plus audibles.
De même, après le coup de Jarnanc fait à la presse lors de la nomination de ses représentants au Conseil National de Transition (CNT) et la perspective d’être frappée de la même mesure que les partis politiques par une suppression de l’aide publique, mettent forcément cette corporation sur une position défensive.
En somme, l’opinion, dans sa frange importante, développe un dangereux syndrome de méfiance vis-à-vis de cette Transition qui semble considérer comme un coup de cure-dent dans le dos les critiques à son endroit. Le mépris, les bravades et les passages en force sont-ils la clé de la réussite de la Transition ? Assurément pas. C’est pourquoi les autorités de la Transition et le pays tout entier gagneraient en renouant avec les vertus du dialogue et de l’inclusivité.

PAR BERTIN DAKOUO




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