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mercredi 18 octobre 2017
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L’afrique face a ébola: le crime de non-assistance

En général, une certaine presse n’évoque l’Afrique que pour mentionner les guerres civiles, les rebellions, les maladies, la sècheresse, le génocide, la misère, la mauvaise gouvernance, les insurrections et les coups d’Etat de façon souvent blessante ou inamicale. Et comme pour l’encourager, voilà que cette terrible maladie à virus Ebola (MVE), d’une autre souche que celle de 1976, s’invite sur la liste noire en s’attaquant à nouveau à l’Afrique. A telle enseigne que les propagateurs des graines de l’afro-pessimisme oublient ou font semblant d’oublier, à travers leurs écrits ou leurs paroles, que l’Afrique peut présenter aussi des visages luisants, attrayants et positifs qui jurent avec les clichés qu’ils lui collent.

En effet, l’Afrique, d’une superficie de 30 221 532 km2, est ce beau continent qui couvre 6 % de la surface terrestre et 20,3% de la surface des terres émergées. Elle a une population d’un milliard d’habitants, représentant près de 16% de la population mondiale. L’Afrique a la population la plus jeune de la planète, avec 40% âgés de moins de 15 ans, et cette population croît plus vite que celle de n’importe quelle autre région du monde. Il est le continent le plus riche au regard de son potentiel. En effet, l’Afrique détient 30% des réserves minérales de la planète. On la qualifie de « scandale géologique » en raison des 90% de platine, 50% de diamant, 40% d’or du monde. Il assure également 11% de la production pétrolière mondiale, 30% des réserves mondiales de bauxite se trouvant en Guinée Conakry juste après l’Australie. On estime que 800 millions d’hectares de terres cultivables inutilisées sont en Afrique. Après l’Amazonie, la forêt africaine est la seconde plus grande forêt tropicale du monde. 20% de la surface de forêt tropicale encore intacts se situent dans le «Bassin du Congo»  «Une biodiversité unique au monde. Plus de 200 espèces ligneuses poussent sur 1000 mètres carrés, soit une fois et demi plus d’espèces que sur l’ensemble du territoire français ».

C’est aussi le continent-berceau de l’humanité qui a participé à la libération et au développement de certaines grandes puissances mondiales, qui a vu naître Soundjata Keita dont le règne a été à l’origine de la création de la charte du Kurukanfuga qui a précédé de quelques siècles la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et qui est considérée par beaucoup comme la première Constitution, Aboubakary II qui a découvert l’Amérique avant Christophe Colombe, de grands combattants et érudits comme Kankou Moussa, Askia Mohamed, Soni Ali Ber, Firhoun, Babemba Traoré, Samory Touré, Chaka Zulu ainsi que d’éminents savants et hommes politiques et de culture, grands visionnaires charismatiques, comme Cheick Anta Diop, Amadou Hampaté Ba, Nelson Mandela, Sékou Touré,  Kouamé Nkrumah,  Patrice Lumamba, Thomas Sankara, Fela Anikolapo Kuti etc.

Ce contient du souffle humain, du diatiguiy ou de la teranga, peut assener aujourd’hui suffisamment de preuves pour démentir l’absurde allégation ou rejeter la grave insulte selon laquelle «L’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire».

Ce sont ces avantages, ces valeurs, ces aspects positifs, ces énormes possibilités. cette beauté, ce super potentiel qu’il faut faire connaitre de l’Afrique qui représente le continent du futur disposant de nombreuses ressources, du soleil, du vent, des terres et des eaux, au lieu de prendre plaisir à semer les graines de l’afro-pessimisme.

L’Afrique a une dignité à défendre qui requiert qu’on la respecte. L’Afrique doit, certes, compter sur elle-même mais elle a aussi beaucoup d’amis et ces derniers doivent s’évertuer à donner un vrai sens à ces mots d’Albert Camus dans les « Fragments d’un Combat» : «L’amitié n’est pas une simple formule, c’est le devoir d’assistance dans la peine». Ne dit-on pas chez nous que c’est en période de difficultés qu’on reconnaît les vrais amis?

Ainsi, face aux informations erronées, déformées ou incomplètes sur l’Afrique et au silence du reste du monde sur la question d’Ebola, le président Uhuru Kenyatta du Kenya disait, à Malabo, lors d’une rencontre de chefs d’Etats africains sur la question de cette épidémie, que cette maladie devrait davantage faire prendre conscience aux africains de la nécessité de se prendre en charge car ils sont les seuls responsables de leur devenir. Il ajouta que si cette maladie avait éclaté quelque part sur le territoire américain ou ailleurs en Occident, la réponse de la communauté internationale aurait été autre que ce qu’on avait vu jusqu’alors. Il dénonçait ainsi la négligence ou la gestion catastrophique de cette pandémie par la Communauté Internationale.

En effet, c’est tout à fait regrettable que nos grands partenaires dits traditionnels n’aient pas fait suffisamment d’efforts peu après le déclenchement de cette terrible maladie au moment où le nerf de la guerre contre Ebola, l’argent, était devenu l’élément central pour bouter le mal hors du continent noir.

L’Afrique a toujours été le plus grand terrain de chasse des plus gros profits par des sociétés ou multinationales (notamment dans les domaines du transport, des télécommunications, de l’exploitation de l’or, du diamant, de la bauxite, du fer, de l’uranium, du pétrole, du gaz etc) dont les contributions financières auraient pu constituer une véritable bouffée d’oxygène.

Les nouveaux émergents des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine surtout), quatre pays-continents, « amis » de l’Afrique, se battant sur ou pour le marché africain, constituant le moteur de la croissance économique mondiale, définis comme étant les marchés les plus prometteurs qui représenteront 40% de la croissance économique mondiale vers 2025, auraient également dû mettre la main à la poche dès les premiers moments du déclenchement de l’épidémie.

Sans oublier nos « amis et frères » de longue date, les arables, dont le coup de main nous aurait permis de financer la bataille contre Ebola dès les tout premiers mois de la manifestation de cette MVE. Des pays suffisamment nantis comme l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Koweït, les EAU etc, auraient pu relever cet « énorme défi financier » d’un milliard de dollars (773 millions d’euros) demandé par les Nations Unies en septembre 2014 pour pouvoir chasser ce virus de l’Afrique de l’Ouest et de la RDC. A cet égard, il ne serait pas inutile de rappeler qu’à l’issue de la réunion du Caire portant sur la reconstruction de Gaza, détruit par les bombardements israéliens, le Qatar s’était engagé à donner un montant d’un milliard de dollars, sur les quelque cinq milliards nécessaires à ce grand projet de reconstruction de la bande de Gaza, pour ne citer que ce seul exemple. Ai-je une raison aujourd’hui de croire à cet ami qui me disait encore hier que si le colonel Kadhafi avait été encore aux affaires en Libye, il n’aurait pas hésité à mettre la main à la poche pour mettre un gros solde de tout compte à son seul actif?

La solidarité africaine, elle aussi, aurait dû être beaucoup plus agissante et dynamique. La charité bien ordonnée commence par soi-même, dit-on souvent. En effet, en Afrique, il y a des pays qui sont très « liquides » et qui auraient pu faire « œuvre utile » car la maladie s’est attaquée aux Etats parmi les plus pauvres du continent et les a davantage affaiblis. A cet égard, la contribution de l’Union Africaine aurait surtout dû consister, dans le cadre de l’organisation de la riposte, à exiger de chacun de ses membres, dans les plus brefs délais, une certaine somme en fonction des possibilités ou des moyens financiers des uns et des autres jusqu’à concurrence de la somme requise pour faire reculer le mal. J’en profite pour saluer la visite du président IBK dans les trois pays les plus affectés par le virus pour leur signifier que le Mali ne les oublie pas et les soutient moralement même s’il n’a pas les moyens nécessaires pour les aider à éradiquer le mal.

De plus, l’Afrique regorge d’hommes et de femmes talentueux, entreprenants et très fortunés. Bon nombre de ces ‘’Bill Gates’’ et autres ‘’Carlos Slim Helu’’ africains disposant de fortunes importantes ont, de mon point de vue, manqué l’occasion de soutenir leur continent dans sa lutte contre Ebola. En effet, le dernier classement du magazine Forbes a estimé la fortune cumulée des 50 africains les plus riches à 110,7 milliards de dollars, en hausse de 6,7% par rapport à novembre 2013. Entre autres, on pourrait citer Aliko Dangote, qui occupe la tête de liste avec 21, 6 milliards $, Johan Rupert (7,3 milliards $) et Nicky Oppenheimer (6.8 milliards $ pour ne mentionner que ces trois. Même si l’on ne néglige pas le fait que M. Dangoté ait joué un rôle dans la lutte contre Ebola dans son pays, le Nigeria.

C’est justement à cause de cette non-intervention des uns et cette réaction très tardive des autres, notamment de l’UA et des dirigeants africains par rapport à Ebola, que Graca Machel, la veuve de l’ancien président sud-africain Nelson Mandela, a émis de sérieuses critiques :

«On est en 2014, à l’heure de l’éveil de l’Afrique. On nous dit qu’il y a des milliardaires sur le continent, des classes moyennes en expansion. Comment se fait-il qu’on mette tant de temps à se réveiller, à réaliser premièrement que c’est notre problème, et deuxièmement que nous avons des capacités sur le continent africain pour contenir le virus? »

Et elle ajoute que « C’est probablement quand nous nous prendrons au sérieux que les autres le feront. Sinon, nous continuerons d’être des marionnettes aux mains de tous, d’être stigmatisés, ou pire, méprisés »

En effet, si toutes ces forces, africaines et extra africaines, ci-dessus citées, étaient sorties de leur torpeur à temps et s’étaient mises en branle dès le départ pour s’engager dans la riposte contre Ebola, ce virus qui est parti de la Guinée Conakry depuis décembre 2013 n’aurait pas eu le temps de s’étendre et de causer tant de dégâts, en termes de morts d’hommes surtout, et nous n’aurions pas connu ces chiffres effroyables récemment donnés par l’OMS sur cette épidémie en ce qui concerne l’Afrique, à savoir :  1284 décès sur 2123 cas en Guinée, 1463 décès sur 6802 cas en Sierra Leone, 3145 décès sur 7244 cas au Liberia, 8 morts sur 20 cas au Nigeria, un cas sans décès au Sénégal et huit cas pour six décès au Mali.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a heureusement déclaré que cette épidémie représentait une « urgence de santé publique de portée mondiale » en exigeant la mobilisation mondiale à travers «une réponse internationale coordonnée essentielle pour arrêter et faire reculer la propagation internationale du virus ». Que de temps perdu, même si mieux vaut tard que jamais, car il m’arrivait de comparer la question d’Ebola à celle de l’insouciance des hommes vis-à-vis de la bataille des margouillats qui ont fini par provoquer l’embrasement de tout le village. En d’autres termes, quand la case du voisin, dans ce village planétaire que nous habitons, brûle, il faut lui venir en aide le plus vite possible pour éviter la propagation ou l’extension des flammes aux autres cases.

Aujourd’hui, nous nous réjouissons de voir la communauté internationale briser le silence et se mobiliser contre cette épidémie à travers différentes institutions internationales, des ONG, des dirigeants politiques, des hommes suffisamment nantis etc. En particulier, le président Obama qui a mis en place un plan d’action contre ce fléau tout en réclamant l’engagement des autres pays occidentaux. Il vient d’ailleurs de demander quelque six milliards de dollars de fonds d’urgence au congrès américain pour combattre l’épidémie en Afrique et en même temps pour protéger les USA contre toute propagation du virus, et «accélérer les efforts pour concevoir et tester des vaccins et des traitements, réduire davantage les risques pour les Américains grâce à la prévention, la détection et la réaction face à des épidémies dans des pays vulnérables ». Sans oublier la nomination par le Secrétaire General de l’ONU d’un Coordinateur principal du système des Nations Unies pour la lutte contre le virus Ebola, tout cela renforcé par la forte implication de la Banque Mondiale dont le président, M. Jim Yong Kim, en visite en Guinée, s’est récemment engagé à aider à mettre en place un plan de riposte devant déboucher sur zéro cas d’Ebola.

Néanmoins, au regard de la gestion qui a été faite de cette épidémie à ce jour, l’Afrique doit faire sa propre introspection en tirant des leçons de cette situation. Le Continent noir doit comprendre, plus que jamais, qu’elle doit être l’unique, la première et la dernière boulangère de sa propre vie. Il y va de sa dignité. L’aide extérieure ne doit désormais venir que comme un appoint. Elle doit prendre conscience de la nécessité de mettre en commun ses possibilités et ses potentialités pour pouvoir « se débrouiller » et avancer en renforçant la solidarité et l’intégration en son sein car il n’y a point de salut pour elle en dehors de cela, et en retenant qu’elle ne doit plus être utilisée seulement comme un terrain privilégié de chasse aux gros profits par les autres si, en retour, elle n’en profite pas suffisamment. Elle doit également se doter d’un robuste système de santé capable de prendre en charge toute autre forme d’épidémie qui pourrait survenir pour entraver ses efforts de développement, mettre en place un fonds de riposte contre les épidémies ou toute autre forme de fléau sur le continent. Le financement de la recherche et la formation d’un personnel médical efficace à cet effet s’imposent. Pour cela, il faut que ce contient soit capable de s’unir et de parler d’une seule voie face à un monde vorace qui ne veut pas souvent donner pour rien.

La meilleure voie de sortie, la Fédération ou les Etats-Unis d’Afrique, pour laquelle le Président Kwamé Nkrumah s’était battu avec vigueur, reste la seule alternative pour faire face aux défis d’un monde qui évolue dangereusement et dans lequel le continent noir doit avoir sa place après avoir compris que c’est l’union qui fait la force. Trêve d’intentions ou de mots creux, il s’agit maintenant d’aller vers cette réalisation concrète, en toute sincérité, car le rêve est permis et il est réalisable par un continent qui doit, enfin, se savoir grand, puissant et capable de «se gérer». A cet égard, ces mots de l’ancien Secrétaire General de la Francophonie. M. Abdou Diouf, dans un entretien à l’Express, me paraissent assez importants :

«J’ai toujours été choqué d’entendre des chefs d’Etat me dire : « Oui, il faut faire les Etats-Unis d’Afrique, mais dans le respect de la souveraineté de chaque pays. » De qui se moque-t-on? Quand on veut bâtir une fédération, on consent nécessairement à des abandons de souveraineté au profit d’une entité supérieure. Il y a un manque de volonté politique que j’ai maintes fois constaté. Voilà pourquoi j’ai plaidé en faveur d’une confédération continentale, constituée d’authentiques fédérations régionales -Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, de l’Est, du Nord, australe -, dotées chacune d’un exécutif, d’un parlement, d’une armée»

Pour un Mali laïc, indivisible et éternel

Dramane Dembélé dit Dramous




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