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mardi 12 décembre 2017
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Le Gouvernement et la Minusma après le mardi noir de Gao: ni excuses, ni condamnation

Le sang a coulé. Sous les balles de la Minusma, trois (03) manifestants pacifiques ont rendu l’âme tandis que quatre (04) autres agonisent à l’Hôpita La Cité des Askia, qui a enterré hier ses morts soigne ses blessés. Comme abandonnée de tous (l’État et ceux qui sont venus pour l’aider), non par le Dieu de la Miséricorde, la Cité songhoï se veut stoïque et digne dans l’épreuve, la tragédie et scandale, injustes et inadmissibles que l’informe d’être Malien lui impose.
Parce qu’il s’agit bien de cela, la malchance d’être Malien. En effet, c’est bien le sang du Malien injustement et impunément qui coule, depuis le début de ce conflit. Ce sont bien les Maliens qui sont massacrés (Aguelhok, Kidal, Gao, Nampala) sans que cela ne suscite des cris d’orfraie, des enquêtes internationales, des sanctions, sans aucune excuse.
Logiquement, alors ce sont des Maliens qui sont avant-hier tombés sous les balles des soldats de la paix ! Leur crime ? Ce n’est pas d’avoir marché pacifiquement parce qu’à Kidal, quelques jours plutôt, des populations bien « protégées » et bien « encadrées » ont «pacifiquement» marché, détruisant et brulant matériel et installation de la même Minusma sans que cela ne donne lieu au moindre jet de lacrymogène à fortiori au moindre tir de sommation.
Ce n’est pas la mort des manifestants en tant que tels qui inflige et révolte, ce qui est inadmissible, c’est la double échelle sur laquelle on veut traiter et dessiner la citoyenneté dans notre pays : celle des «azawadiens» (avec toute la peine que j’ai d’écrire ce mot) et celle de nous autres Maliens, pour ne pas dire les négroïdes. À Gao, comme partout ailleurs au Mali, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur les raisons qui ont conduit la Minusma à s’abstenir à laisser ses locaux et installations vandalisés et incendiés sans tirer un seul coup de sommation et venir tirer dans le tas, la même semaine, à balle réelle et tuer des manifestants pacifiques qui avaient deux jours auparavant manifesté pour la soutenir.
Les Maliens partout sur cette « Terre des Hommes » ressentent durement cette injustice, cette immonde iniquité qui fait d’eux, après avoir vécu les affres de l’occupation, les chairs à canon de leurs pseudo-sauveurs. Cette injustice et cette iniquité sont inacceptables de la part d’une Mission sensée être de stabilisation qui se transforme, à leur de compromission et de mensonge, en une horrible opération de déstabilisation de notre pays et de la paix sociale. Tout comme le sont l’irrévérence et l’irrespect de la Mission envers notre souveraineté de pays, effondré et assisté certes ; mais de pays dont la souveraineté et l’intégrité territoriale sont reconnues par toute la Communauté internationale, à travers les pertinentes résolutions des Nations unies.
Aussi, est-il intolérable à un très curieux Envoyé spécial du secrétaire général de ces Nations Unies de pactiser dans un État souverain et sur le dos de ce même État souverain. Comme il est encore intolérable que des soldats de la paix qui se défroquent pour prendre fait et cause pour une partie, que des casques bleus qui tirent et tuent des manifestants pacifiques.
Jusqu’où ira, dans la connivence et le parti pris avec les groupes séparatistes et terroristes, cette communauté internationale contre son mandat et les aspirations profondes de notre pays à paix, à la réconciliation et à la concorde ?
Un État qui délègue sa souveraineté ainsi que la défense de son intégrité territoriale. Un gouvernement qui met à l’encens la sécurité de ses populations ainsi que la paix sociale.
En tout cas, le scandale de cet «accord pour l’établissement d’une zone temporaire de sécurité » (malgré les mensonges flagrants de la Minusma) et le drame de Gao posent l’urgence de la clarification du Mandat de la force Onusienne. Ce que les Maliens attendent de l’État c’est l’affirmation de notre souveraineté et la défense de notre dignité de Malien. Les élans de gratitude et les discours de reconnaissance tranchent le vécu, le perçu et le ressenti des populations qui n’ont jusqu’ici pas humé l’air de la liberté, goûté aux délices de la liberté promise, mais caresser la paix, la sécurité, la concorde, le bonheur et la joie du revivre ensemble auxquels elles sont en droit d’aspirer légitimement.
Ce qui est impardonnable, c’est qu’après le déploiement de tant de milliers de soldats de la paix, le Quotidien de nos populations, notamment celles du Nord, ne rime toujours pas avec la sécurité et la quiétude. Est encore plus impardonnable, l’attitude d’un gouvernement à magnifier sa reconnaissance intempestive au moment où les populations attendent de lui fermeté, audace et détermination à défendre « debout sur les remparts » leur honneur bafouillé et leur bonheur torpillé et pris en otage, faute de pouvoir leur procurer secours et assistance sur la terre de leurs ancêtres qu’elles ne veulent pas abandonner au séparatisme et au terrorisme. Marquant du coup, la présence du Mali dans cette partie du pays devenue un sens interdit pour les autorités.
De ces autorités, les populations du Mali, notamment celles du Nord, dans cette épreuve à elles imposée par la compromission de la Minusma, attendaient, face à l’injustice et aux velléités séparatistes, solidarité, compassion, soutien et assistance et non un prêche en faveur de la paix. Parce que ce ne sont pas elles qui, dans cette circonstance, qui l’ont mis à rude épreuve, mais bien leurs agresseurs et leurs bourreaux de la Minusma.
Il ne faut pas s’attendre à discours de fermeté comme celui que les Maliens avaient applaudi quand IBK était IBK et disait à qui veut l’entendre que le Mali n’obligeait personne à coopérer avec lui. Nous ne sommes pas peut-être en position aujourd’hui de demander au diplomate qui ont signé l’Accord de compromission avec le Chef séparatiste de quitter le territoire malien par le premier avion en partance de Sénou, mais on aurait pu faire économie de ce communiqué qui sent l’aplatissement, le renoncement, la soumission aveugle, en tout cas, qui acte et tente de corriger le fait accompli. Et le sanctionner.
Ce que les Maliens attendaient de leur gouvernement, ce n’est pas une sensibilisation des populations qui cache bien un rappel à l’ordre et à la discipline. Mais un discours de fermeté et d’espoir pour ses populations qui ont tant subi, encaissé tant d’abus, de viols, d’amputations, de flagellations, de lapidations, de vexations, d’exactions, d’exécutions injustes.
Il est inadmissible que la sensibilisation s’adresse à ces populations, que la mise en garde aille à ces populations et non à ceux qui ont détalé de Kidal sous les hués et les pierres des badauds chauffés à blanc par les racistes du MNLA pour venir tirer sur les paisibles populations de la Cité des Askia qui ne demandaient que justice et équité, pour l’harmonie et la paix sociale.
Il est scandaleusement inadmissible qu’après coup, que la Minusma appelle «le peuple malien à sa plus grande sagesse », et avec quel aplomb se fait donneur de leçon en disant « rien ne se résout par la violence», comme si c’est la population qui a tiré sur elle. Comme il est horriblement inadmissible que l’Etat du Mali se contente du simple « regret » du bout des lèvres de la Minusma qui se refuse à s’excuser pour ces assassinats.
En effet, face aux réactions de l’État et de la Minusma, on ne peut pas ne pas être perplexe.La Minusma ne s’excuse pas, le gouvernement ne condamne pas. Elle affirme regretter, lui dit gouvernement déplorer, tous, comme dans une révoltante philharmonie, se complaisent dans une généreuse litanie de condoléances et d’appel au calme, à la sérénité, à la sagesse et à la préservation de la paix sociale.
Parce qu’il est incompréhensible et injustifiable que la Minusma choisisse de regretter se refusant de présenter des excuses au peuple malien après que ses soldats aient ouvert le feu sur les populations qui manifestaient pacifiquement à Gao, et que le gouvernement souverain du Mali se contente, tout juste, de déplorer sans aucune condamnation de la bavure qui a coûté la vie à 3 Maliens et maintient entre la vie et mort 4 autres.
Si l’absence de sincérité et de transparence à l’égard de notre pays et de nos populations est plutôt coutumière à la Minusma, le manque d’audace de notre gouvernement dans cette affaire est tout aussi inadmissible qu’insupportable.
Les excuses et les condamnations ne ramèneront pas à la vie ceux que Gao a perdu ni ne panseront les blessures déjà profondes de cette Cité désormais martyre. Mais, à notre modeste avis, de simples regrets et commisérations sont en deçà des attentes du peuple Malien, des populations du Nord, singulièrement celles de Gao.
Enfin, il est intolérable que l’État du Mali ne dise pas à cette Minusma qui a trahi son mandat en tirant sur une population désarmée que la paix sociale n’est jamais au bout du fusil, qu’elle existe pour le bénéfice des populations et ne peut se construire sans elles et contre elles.
Elle dit qu’elle est aux côtés de notre peuple ? Validé. Nous voulons dire à ce même peuple qu’il a encore besoin de la Minusma ? Validé. Exigeons alors de la Minisma et de l’Etat plus de respect envers ce peuple qui a plus besoin de protection, de sécurité, de paix et de solidarité que de tuer par balles et de condoléances.
Si avant les troupes étrangères, nos populations ont payé le prix fort, elles continuent aujourd’hui encore à être exécutées sur l’autel des compromissions et des injustices. Pour autant, quels que soient les renoncements et les abdications, nous nous devons de refuser de monnayer notre impuissance à défendre notre souveraineté et à protéger nos populations ainsi que notre gratitude envers ceux qui nous « assistent » par une lâcheté qui ne sied pas à l’honneur, la dignité et la fierté de notre peuple.
On peut ne pas être à hauteur des attentes et aspirations légitimes des populations conformément aux promesses pour une raison ou une autre, mais le devoir d’un État est de ne point agir ultra petita, être en deçà, lorsqu’il s’agit de la détresse, l’angoisse et le désespoir du Peuple, justifiés par l’injustice et le mépris surtout lorsqu’on sent une forte odeur de racisme.
Le Mali est reconnaissant envers la Minusma, mais, le Mali ne doit pas être prêt à pardonner d’ignobles massacres de ses populations par ceux qui sont sensés les protéger.

Par Sambi TOURE




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