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jeudi 19 octobre 2017
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Le gouvernement et le Pré-accord de paix définitive: le déficit de communication qui agace

Annoncée pour ce 20 novembre prochain, l’équipe gouvernementale de négociation s’apprête à regagner la capitale algérienne pour la reprise du troisième round de la phase II des pourparlers inter maliens. Une reprise qui interviendra dans un contexte, d’une part, par le rejet du projet de Pré-accord de paix définitive, proposé par l’équipe de la médiation, par la coordination des mouvements armés du nord du Mali, et d’autre part, par le déficit de communication du gouvernement autour du contenu de ce document qui engage l’avenir du pays. 

C’est un secret de polichinelle. L’actualité dans notre pays reste dominer par le scandale d’Etat autour des affaires de l’acquisition de l’avion de commandement du Président de la république et de l’achat de matériels de fourniture et d’équipements militaires, lesquels  ont révélés des surfacturations qui se chiffrent à près d’une trentaine de milliards de nos francs. Le constat est accablant pour les autorités chargées de ces dossiers qui a fini également par reléguer au second plan les négociations inter maliennes qui sont en cours à Alger, mais suspendues momentanément pour permettre aux parties (gouvernement et groupes rebelles) de retourner à leurs bases pour afin de faire la restitution du contenu du Pré-accord de paix proposé par le consortium des médiateurs.

Des propositions concrètes

Abordant tous les aspects ayant occupé les travaux des premières sessions d’Alger, ce texte portant : «éléments pour un accord de paix et de réconciliation au Mali» a passé en revue et élaboré des propositions concrètes sur de très nombreuses questions de fond.

Si l’organisation institutionnelle et politique, la répartition des pouvoirs et compétences, les questions sécuritaires et de défense, de désarmement ont occupé toute la première partie de ces propositions, la deuxième a largement couvert les aspects de développement, notamment au Nord, et décliné ce que pourrait être l’étape intérimaire. Proposé pour examen à tous les participants, ceux-ci devront se prononcer, à la reprise des négociations, pour son adoption.

La coordination des mouvements armés du nord du Mali (mouvement armé de l’Azawed) y voit déjà une fin de non-recevoir de sa prétention au projet de «fédération de la République du Mali».

Les concepteurs de ce texte ou médiateurs internationaux, dont l’Algérie est le chef de file des pourparlers, ont, pour éviter toute équivoque, rappelé en préambule les fondamentaux sur lesquels, il ne peut y avoir de retour et notamment «la nécessité de reconstruire l’unité nationale et son intégrité territoriale». Cela, sans omettre toutefois «le respect et la promotion de la diversité culturelle; la participation effective des populations, à travers une gouvernance prenant en compte leurs besoins; un développement équilibré et la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue transnational organisé. Le tout, est-il rappelé, en conformité avec les valeurs de respect des droits de l’Homme. Allant au-delà des déclarations de principe qui constituent, toutefois, le socle de ce texte d’accord, les médiateurs ont proposé un cadre institutionnel et de réorganisation territoriale. Ainsi, deux niveaux de propositions sont émis : l’échelle locale et l’échelle nationale. Dans le premier, il est prévu en particulier que les collectivités territoriales bénéficieront «d’un très large transfert de compétences» et «jouiront de pouvoirs juridiques, administratifs et financiers» et son assemblée sera élue au suffrage universel.

Quant à la zone du Nord, elle sera dotée d’un conseil consultatif interrégional ayant en particulier pour charge d’accélérer le développement de cette zone.

Une force de sécurité intérieure ou police territoriale placée sous l’autorité des collectivités locales, sera par ailleurs créée.

L’adhésion de la base

Quant au deuxième niveau, le national, il va être veillé à une plus grande représentativité des populations dans toutes les institutions nationales. Le texte prévoit, en outre, la mise en place d’une deuxième Chambre, un Sénat qui vient s’ajouter à l’Assemblée nationale et qui sera formé de «représentants des collectivités territoriales et de notabilités traditionnelles, et religieuses». Tous les autres aménagements de ces institutions nationales insistent sur une plus grande représentativité et diversité de leurs composantes. Les cadis voient dans ces propositions, leur rôle de justice revalorisé, notamment «en ce qui concerne la médiation civile et pénale».

En attendant que les mesures contenues dans ce projet soient mises en œuvre dans un délai n’excédant pas dix-huit mois, une période intérimaire est proposée. Elle concerne essentiellement trois aspects: l’institutionnel, le sécuritaire et la défense et enfin l’économique, le social et le culturel. Pour chacun de ces trois niveaux, des actions très précises listées devront permettre d’arriver d’ici dix-huit mois au plus tard à permettre la mise en œuvre de cet accord. Dans l’attente, et sitôt la signature de cet accord obtenue, une campagne d’information et de sensibilisation devrait être menée par les parties pour faire part du contenu de ce texte et amener l’adhésion du plus grand nombre à sa concrétisation.

Le 23 octobre, les leaders des mouvements MNLA-HCUA-MAA ont tenu un meeting à Kidal, pour officiellement restituer à leur base le contenu de la proposition d’accord de paix faite par l’équipe de médiation aux parties. Mais, contrairement à l’esprit d’apaisement qui devrait guider cet exercice, cette rencontre s’est transformée en une campagne de révolte, d’incitation à la haine et à la violence vis-à-vis de tous les autres maliens et contre tous ceux qu’ils considèrent opposés à leur projet sécessionniste, Barkhane et MINUSMA y compris.

«Nous allons nous battre pour l’érection de l’Etat de l’Azawad, puisque la MINUSMA et la France se sont retournées contre nous. Elles veulent nous imposer un document qui ne répond pas à nos aspirations. Nous allons organiser une marche de protestation de toute la communauté touareg pour marteler notre désapprobation du document», avait déclaré Algabass Ag Intallah, le leader du HCUA et non moins fils du patriarche de la tribu des Ifoghas.

Manquement à une obligation

Si le gouvernement, à cette époque, a condamné cette attitude des leaders rebelles qui sape les efforts déployés jusqu’ici dans la recherche d’une solution à la crise, au moment, et à part la conférence de presse animé par trois ministres à l’hôtel Radison Blue, rien n’a été entrepris par ce même gouvernement pour édifier les Maliens sur le contenu réel de ce document qui doit servir de base aux futures négociations de paix définitive à la crise du Nord.

Ce déficit de communication est d’autant plus visible et perceptible qu’ils sont nombreux et très nombreux nos concitoyens des régions et des confins de brousses qui ne savent pas ceux à quoi le gouvernement s’est  engagé en leur nom dans la résolution de cette crise.

En se rendant coupable de cette défaillance, parce que Bamako ne saurait représentée l’ensemble du pays, le gouvernement viole son propre engagement de faire redescendre l’information à sa base.

Cela, d’autant plus que les services de la primature, on se souvient avait assuré que le peuple malien se prononcera sur les conclusions de la troisième session des pourparlers de paix d’Alger à travers une campagne d’information qui va couvrir l’ensemble du territoire national.

Cette campagne sera conduite auprès des différentes institutions de la République mais aussi auprès de l’ensemble des acteurs de la société, ont indiqué ces services, au terme d’une rencontre du Premier ministre Moussa Mara avec les délégués gouvernementaux aux négociations.

Mais comme on le dit, mieux vaut tard que jamais pour rectifier le tir. Le gouvernement a toute une semaine pour se mettre en phase avec ses populations dont certains commencent déjà à élever la voix.

Par Mohamed D. DIAWARA

 




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