le gouvernement, le Gatia et la crise du nord: le chantage de trop des USA

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L’ambassadeur américain, Paul FOLMSBEE, qui a fait état de la position de son gouvernement sur la mise en œuvre de l’accord de paix, a fait une sortie malencontreuse qui met en mal la sincérité et l’impartialité de ce partenaire de premier plan de notre pays dans le conflit qui oppose les groupes armés du Gatia et de la CMA autour de la gestion de Kidal. En exigeant, dans une déclaration surprenante, aux autorités nationales de mettre « fin à tous liens à la fois publics et privés » avec le GATIA, le gouvernement des USA fait entorse au respect au principe de la souveraineté de notre pays.

Sans aucune preuve à l’appui, le gouvernement américain, dans cette déclaration, accuse le gouvernement de notre pays de connivence avec le GATIA au détriment de la CMA. En soi cette déclaration, qui exprime le souci du gouvernement américain de voir notre pays aller rapidement à la mise en œuvre de l’accord de la paix et la réconciliation nationale, estime-t-on, allait gagner du crédit si elle était objective, précise et impartiale.
En tant que partenaire important dans la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation pour avoir financé plusieurs initiatives dans ce sens, dans sa déclaration, le gouvernement américain se trompe complètement de cible en prenant fait et cause pour une partie au conflit tout en accusant gratuitement le gouvernement dans une crise pour laquelle il est complètement neutre. Pis, le pays de l’Oncle Sam, en bon samaritain, se réserve aussi le droit de dicter à notre pays et à ses gouvernants la manière de gérer le pays ainsi que des mesures à prendre en toute violation des bonnes relations diplomatiques et du respect au principe de la souveraineté du Mali.
Le hic, c’est qu’en se prenant comme les gendarmes du monde, le gouvernement américain, à travers le message livré par son diplomate en poste à Bamako, n’apporte aucune preuve qui établit ce lien supposé entre les autorités maliennes et le GATIA. Et même si tel était le cas, l’Ambassadeur n’a fait aucune référence en quoi le GATIA met le processus de la paix en danger plus que la CMA qui a pris les armes contre les autorités légitimes du pays, s’oppose à ce que le pouvoir central exerce sa souveraineté sur une partie du territoire, comme le veulent les différentes résolutions des Nations Unies et l’Accord de paix issu du processus d’Alger, lesquels ont reconnu le principe de l’unicité du pays.
L’on rappelle à cet effet que c’est la CMA qui est en train d’instrumentaliser la population civile contre les forces internationales et nationales, dont les missions onusiennes dans certaines localités du nord. Et plusieurs de ces combines et manigances se sont soldées en heurts dans la ville ayant fait des morts et de nombreux blessés parmi les enfants et les femmes. En outre, le mécanisme de DDR, le MOC sont pris en otage par la CMA et non par le GATIA encore moins par le gouvernement de notre pays. Des réalités que le message de Washington ignore malheureusement lorsqu’il affiche son inquiétude quant à la mise en œuvre pour la paix et la réconciliation nationale au Mali.
Donc, au lieu que nos amis américains aident le pays à rétablir rapidement sa pleine souveraineté sur l’ensemble du pays y compris dans la ville de Kidal et alentours, en appuyant de tous ses poids pour que cette ville rebelle rentre dans les rangs de la république, ils se fendent malheureusement dans une déclaration de parti pris et de condamnation sur des faits qu’ils ne dévoilent pas. Or, entre le gouvernement et le GATIA, c’est un rapprochement naturel et d’objectivité pour la paix, l’unité, le développement du Mali contrairement aux insinuations du chef de la diplomatie de Washington. En dehors de ce cas, on ne saurait faire allusion à aucune relation particulière comme l’indexent les USA. Le seul tort du GATIA, s’il en a aujourd’hui, est son refus de se soumettre aux diktats de la CMA parce que se réclamant de la République du Mali et de ses valeurs.
Par ailleurs, aussi vraisemblable que cela puisse paraître, les USA ne font aucune allusion aux multiples soutiens que bénéficie la CMA de certains pays européens. Pour la crédibilité de sa déclaration, l’ambassadeur des États-Unis devrait avoir le courage et la sincérité de dire à ces pays de retirer leurs soutiens à la CMA pour la mise en œuvre rapide et effective de l’accord pour la paix.
Paradoxalement, autant les Usa accusent formellement le gouvernement de connivence avec le Gatia, autant ce même groupe d’auto-défense qui est actuellement mis au ban des accusés, avait, on se rappelle, reprocher aux plus hautes autorités d’accointance avec la Cma sur son dos. À l’opposé de la déclaration du gouvernement américain qui laisse comprendre un soutien du GATIA de par Koulouba, le Secrétaire général de ce groupe, Fahad Ag Almahmoud pense le contraire. En effet, à la suite de l’affrontement entre les deux groupes (la CMA et le GATIA) au mois de juillet, dans la ville de Kidal et alentours ; le Secrétaire général du GATIA, Fahad Ag Almahmoud, a fait une déclaration dans laquelle il incrimine le président Ibrahim Boubacar KEITA d’avoir donné des moyens à la CMA ayant servi à combattre leurs positions.
« IBK a donné plusieurs garanties à Bilal quand il est venu à Bamako. Premièrement, la nomination de Mohamed Ag Erlaf comme Premier ministre en janvier 2017. Deuxièmement, il a promis à Bilal de confier la gestion de toute la zone de Kidal à la CMA. Troisièmement, il a promis d’offrir des passeports diplomatiques aux responsables de la CMA. Et quatrièmement, IBK a promis à Bilal de faire partir Gamou de la ville de Kidal en le nommant quelque part comme ambassadeur. Sans oublier l’argent qu’il a offert à Bilal, on parle de 500 à 700 millions de FCFA », avait écrit ce responsable du Gatia sur sa page facebook avant de confirmer que cette somme a été utilisée par les responsables de la CMA pour acheter des balles qui ont été tirées sur eux.
Malgré ces différentes accusations, le président IBK et son gouvernement sont en train de s’investir à fond pour la mise en œuvre du processus de paix, mais sa réussite ne dépend pas de leurs seuls engagements, sans la bonne foi des autres groupes comme la CMA.
Pour ce faire, le gouvernement, sous l’impulsion du président IBK, a pris de nombreux engagements et initiatives qui sont en cours de réalisation ou de mise en œuvre en vue de faciliter la mise en œuvre de l’accord pour la paix. Parmi lesquels, il y a l’équipement du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC) par le gouvernement malien, à coût de plusieurs milliards de FCFA, en vue d’assurer les patrouilles mixtes dans les régions du nord du pays.
En dotant le MOC de moyens roulant pour ses missions, l’État réaffirmait son engagement et son envie à aller à la paix parce que le don allait amener le MOC à planifier, à conduire des patrouilles avec les éléments de la MINUSMA et autres forces internationales en vue de réduire le vide sécuritaire pouvant naître avant, pendant et après le processus de cantonnement, d’intégration et du DDR.

Par Sikou BAH

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