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mercredi 13 décembre 2017
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le Mali-la France et les otages: où est le respect ?

Notre héritage commun, Ba Maliba est aujourd’hui devenu notre chemin de croix commun. Plus il change, plus il renoue en pire avec le passé qu’on pensait révolu. Hier, tout le monde avait crié au scandale lorsqu’au terme d’une parodie de procès, le régime des généraux a libéré 4 terroristes contre disait-on, la vie de Pierre Camatte. Aujourd’hui, faisant fi de tout formalisme judiciaire, l’Etat de droit du Mali extrait 4 autres terroristes, parmi lesquels l’assassin d’un gardien de prison, pour que serge Lazarevic, le dernier des otages français, recouvre sa liberté.

L’on nous dit que c’est pour « notre honneur » (et notre amitié pour la France) que d’avoir pris part à ce troc. Puis, on nous dit que ce n’était « pas de gaité de coeur » que nous avons consenti à libérer les 4 terroristes… Dans l’un ou dans l’autre cas, le Mali « nouveau », qui se veut résolument engagé dans la lutte contre l’impunité, n’est pas sorti des sentiers battus de l’obéissance aveugle et des « concessions attentatoires à sa souveraineté » envers son « sauveur » français.

De quelque manière qu’on présente la fresque amicale et humaniste, la libération de 4 terroristes contre l’otage français paraît au patriotisme malien, moins comme la facture de la reconnaissance et de gratitude envers notre « sauveur » comme le ministre français de la Défense nous le rappelle dédaigneusement, que comme la rançon d’une énième «humiliante abdication de l’Etat» souverain du Mali. Un Etat, le nôtre, qui, à travers capitulation, renoncement et abandon a laissé sa souveraineté en lambeaux depuis les années 2003, 2006, 2011 et 2012…

Entre « le ballet des otages » et « le bal des barbouzes », le Mali troque son honneur et ses prérogatives régaliennes d’Etat, relègue sa souveraineté et son honneur au second plan, délègue la défense et la préservation de son intégrité territoriale,  ainsi que la gestion de la sécurité aux autres. Quand on n’est pas capable de se défendre et de se protéger, on devient le vassal de celui qui veille sur ta sécurité et ta tranquillité. Or, chacun sait que vis-à-vis du vassal le respect n’est toujours pas la règle relationnelle.

Aussi est-il tout aise de comprendre que la France, berceau des droits de l’Homme, ne s’est pas soucié outre mesure du timing lorsqu’il s’est agi d’exercer une forte pression sur notre pays en vue de sauver la vie d’un de ses ressortissants : le 10 décembre, journée internationale des droits de l’Homme ! Hasard du calendrier certainement ; mais quel respect pour le Mali avec son ministre chargé des droits de l’Homme ! Hollande n’est pas le Gouverneur Louveau, la France n’est pas au Mali comme au Soudan français ; mais la France amie aurait-elle libéré 4 Basques ou Corses emprisonnés pour sauver la vie d’un Malien ? Pour paraphraser le Président IBK, qu’on ne nous demande pas de faire chez nous ce qu’on ne fait chez soi-même.

Nous vous proposons la chronique de notre confrère Babacar Justin N’Diaye intitulée «Hollande respecte moins le Mali que la Martinique».

Laser du lundi : Hollande respecte moins le Mali que la Martinique (Par Babacar Justin Ndiaye)

La libération de Serge Lazarevic indique fort bien, le point culminant de l’influence post-Serval et hégémonique de la France au Mali. A rebrousse-poil, le coût politique et le coup porté au moral de la nation malienne par la récupération de l’otage français, déchiquettent la souveraineté du Mali, déjà en lambeaux. En 2013, François Hollande n’avait-il pas dit, sans ambages : « Je serai intraitable sur la date de l’élection présidentielle au Mali ». Même le Gouverneur du Soudan français, Edmond Louveau (nous sommes dans les années 50, en plein essor colonial) n’osait pas tenir un langage aussi abrupt, face à Mamadou Konaté, à Lazare Coulibaly et autre Almamy Sylla.

Tristement, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de l’affaissement et dans les canaux de la vassalisation du Mali assez mâtiné de malheurs. Hier, le Président Amadou Toumani Touré avala, sous la pression du duo Sarkozy-Juppé, la couleuvre de la libération de Pierre Camatte contre l’élargissement de terroristes longtemps recherchés dont certains sont de nationalités algérienne et mauritanienne. Aujourd’hui, c’est au tour du Président Ibrahim Boubacar Keita d’ingurgiter, sous la pression du duo Hollande-Fabius, des couleuvres aussi grosses que des boas et des troncs d’arbre. Il s’agit du troc déséquilibré et désobligeant : la liberté du mystérieux  otage Serge Lazarevic contre celle du trio de terroristes et de narcotrafiquants (pensionnaires de la prison centrale de Bamako) que sont les sieurs Mohamed Ali Ag Wadoussène, Haïba Ag Achérif et Habib Ould Mahouloud.

Le premier a été successivement un déserteur de la Garde nationale, un preneur d’otages et le bénéficiaire d’une évasion tragique pour un membre du personnel pénitentiaire. Le second est un élément du groupe radical Ansardine dont le nom est cité dans maints coups tordus et sanglants. Le troisième est un combattant qui fait la navette entre les katibas du Polisario et les bandes d’Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI). Visiblement, l’otage français a pesé très lourd sur la balance des tractions. Une humiliante abdication de l’Etat malien qui montre clairement qu’il y a un avant et, surtout, un après-Serval auquel l’opinion publique et la classe politique doivent nolens volens s’accommoder, pour une durée indéterminée. Preuve qu’il y a toujours une facture à payer quand quelqu’un vous fait un travail illusoirement gratuit.

Effectivement, la libération du territoire de l’occupation djihadiste (moins l’enclave de Kidal) a entrainé de facto l’inféodation, c’est-à-dire un statut moins digne et moins respectable – pour un pays souverain – que la départementalisation de la Martinique.  Prix exorbitant que paye le Mali où la réalité est totalement kafkaïenne. En effet, François Hollande qui n’ose pas  demander à un juge d’Ajaccio, la clémence pour un proxénète corse, a obtenu du Président IBK et de son ministre de la Justice (mon ami Mohamed Ali Bathily, brillant juriste et ex-ambassadeur à Dakar) la libération de grands criminels : auteurs-récidivistes de prises d’otages, de trafics de drogue et d’assassinats.

L’irrespect à l’endroit du Mali est tel qu’on nage, sans gêne, dans un lac de contradictions. Puisqu’au moment où Barkhane décime les terroristes vers Gao – avec  l’élimination surmédiatisée de l’argentier du Mujao, Ahmed el Tilemsi –  l’Elysée libère des malfaiteurs de même acabit voire de même mouvance. Plus déroutant encore, l’auteur du rapt de Serge Lazarevic, en l’occurrence, Mohamed Ag Wadoussène, recouvre la liberté à partir de la liberté de son otage. Les faits sont tellement surréalistes que certains spécialistes subodorent un numéro de haute voltige des services secrets français.

A cet égard, des piques de rappel rafraichissent utilement les mémoires, sur les circonstances du rapt de Serge Lazarevic et de son compagnon Philippe Verdon. Dans la nuit du 23 au 24 novembre 2011, les deux Français sont capturés dans la localité de Hombori (au sud du fleuve Niger) qui, sur les cartes d’Etat-major d’avant l’opération Serval, chevauche la ligne de démarcation entre la partie bien sécurisée du territoire et la zone où l’Etat malien est en réelle liquéfaction. Les interrogations et les doutes sont d’autant plus lancinants que les deux « géologues français » –  admirez les guillemets – ont des profils flous et des agissements étonnants.

Philippe Verdon, mort en détention, a roulé sa bosse dans des pays fertiles en secousses politico-militaires : Madagascar, les Comores, la RDC et les Balkans. Quant à Serge Lazarevic, d’origine hongroise, son nom a été cité dans une tentative d’assassinat de l’ex-Président serbe Slovodan Milosevic puis dans un complot ourdi, en 2003, contre le chef de l’Etat des Comores le Colonel Azali Assoumani. Avec de pareils pedigree, qu’est-ce qu’on va faire dans cette bourgade de Hombori ? Sur le papier, ils sont dépêchés au Mali conjointement par la Banque mondiale et la société financière Neuville Stansield Capital dont le siège se trouve en Afrique du Sud. Mission : travailler dans un projet de cimenterie de Dimamou (30 km de Hombori) auquel on associe le nom de l’homme d’affaires malien Djibril Camara.

Tout est en règle. Mais tout n’est pas net. Car le Représentant de la Banque mondiale à Bamako, Ousmane Diagana (aujourd’hui affecté dans un autre pays de la sous-région) a démenti l’existence d’un contrat entre son institution et les deux « géologues » enlevés par un groupe armé. Et la confusion s’est épaissie lorsque que les enquêteurs maliens ont découvert que Philippe Verdon et Serge Lazarevic n’ont pas rempli leurs fiches d’hôtel. Auparavant, ils ont oublié et/ou omis de se signaler au Consulat de France à Bamako, malgré les mises en garde répétées du Quai d’Orsay, au cours de l’année 2011.

Moralité : le Mali est une mare trouble où les pécheurs en eaux troubles se bousculent.

Cette affaire sombre a trouvé son épilogue, le mercredi 10 décembre, grâce à la sous-traitance nigérienne qui est loin d’être le fruit du hasard. Paris ayant tout planifié, jusque dans la distribution des rôles. Aucun rôle pour Bamako, hormis celui de faire des concessions  attentatoires à sa souveraineté. En revanche, Niamey est gâtée. Car le Président Issoufou prend désormais la place de Blaise Compaoré dans les tractations souterraines au Sahara-Sahel ; tandis que le Général Lawel Chékou Koré, directeur des services de renseignement du Niger, remplace le Général (burkinabé) Gilbert Diendéré dans le volet opérationnel. Enfin, le Touareg nigérien Mohamed Akotey succède au Mauritanien Limame Chaffi, jadis missi de Blaise Compaoré au Nord-Mali.

En fait, le Gros oeuvre incombe à Mohamed Akotey qui est la cheville ouvrière de la libération de Serge Lazarevic. Akotey est nommé Président du Conseil d’Administration (partie nigérienne) du groupe nucléaire français AREVA qui a la haute main sur l’uranium. Impossible d’occuper une telle fonction à AREVA, sans donner, au préalable, des gages d’engagement et d’attachement à l’endroit de la France. Mais Mohamed Akotey a, aussi, de qui tenir. Il est le neveu du célèbre Mano Dayak, chef de la rébellion touarègue au Niger,  mort le 18 décembre 1995, dans un mystérieux accident d’avion en compagnie de Hubert Lassier, l’ex-Honorable Correspondant de Jacques Foccart, à Kinshasa. Pas étonnant alors que Mohamed Akotey serve – avec brio – d’éclaireur de pointe et d’interface entre les islamistes d’Ansardine, Niamey et Paris.

Comme on le voit, le ballet des otages et le bal des barbouzes se déroulent sur le sol malien, sans l’implication du gouvernement du Mali, totalement effacé de l’enclave de Kidal, devenue une sorte de Nouvelle-Calédonie du désert. Ce sort navrant du Mali est imputable en grande partie à la CEDEAO qui est diplomatiquement dynamique mais militairement amorphe. Quand des jeunes  Français âgés de 20 ans (cheveux blonds et yeux bleus) meurent à Gao et à Tombouctou, en lieu et place des jeunes Africains, cela se paye cher. Voilà pourquoi le Mali humilié balance entre la partition et la désintégration. Le Forum sur la Paix et la Sécurité qui s’ouvre, ce matin à Dakar (Ndlr : du 14 au 16 décembre) a du pain sur la planche. Non loin du Sénégal.

http://www.dakaractu.com/Laser-du-lundi-Hollande-respecte-moins-le-Mali-que-la-Martinique-Par-Babacar-Justin-Ndiaye_a80350.html

 




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