Le parti SADI et l’opposition: les raisons d’un choix

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Après son départ officiel de la majorité présidentielle, il y a quelques jours, le parti Solidarité africaine pour le développement et l’indépendance (SADI) était, hier mardi, face à la presse, à son siège à Djélibougou. Il s’agissait d’expliquer aux journalistes les raisons qui ont poussé le parti à prendre ses distances avec la majorité présidentielle et comment le choix a été porté sur l’ADP-Maliba cet autre dissident de la majorité au pouvoir ? Loin de regretter d’avoir soutenu le président IBK, le SADI, impatient de voir le changement tant attendu, a décidé de reforger autrement son destin.

La conférence était principalement animée par le président du parti, l’honorable Oumar Mariko, en présence des autres députés et responsables du parti SADI. On y notait la présence des membres de partis amis et plusieurs militants venus en grand nombre. Sur des banderoles affichées, on pouvait lire un slogan : « SADI : nouveau tournant – un choix responsable, éclairé pour construire un nouveau Mali ».

Un combat commun
Pour comprendre les relations RPM/SADI et le soutien du SADI au Candidat Ibrahim Boubacar Keita en 2013, au 2e tour de l’élection présidentielle, il faut remonter à 2007 où le RPM et le SADI étaient à l’opposition au régime d’ATT.
En effet, dans les années 2010, 2011 et 2012, une forte contestation du régime ATT s’est faite sur la question de la révision constitutionnelle, de la gestion de la rébellion, de la composition de la CENI, de la gouvernance, etc. C’est ainsi que le SADI, selon son président, la société civile et le RPM se sont retrouvés (par moment pour le RPM) dans ces luttes jusqu’au Coup d’État du 22 mars 2012. Ils ont mené ensemble le même combat pendant la transition pour l’organisation des concertations nationales, contre l’arrivée des troupes étrangères.
Selon le conférencier, à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle de 2013, il s’est agi pour le SADI d’apporter son soutien à l’un des deux candidats arrivés au 2è tour (le candidat IBK du RPM et celui de l’URD, Soumaïla Cissé). Le dernier avait lui-même fait le déplacement au siège du parti. Mais l’option RPM a été rapidement entérinée sur la base des considérations évoquées plus haut, dira le conférencier.
C’est ainsi qu’après la victoire d’IBK, le premier gouvernement Oumar Tatam Ly a été formé sans consulter le parti SADI, a regretté Oumar Mariko. Une fois installé, le Premier ministre Ly a proposé de rassembler la majorité présidentielle autour d’un programme dit « contrat de législature ». Une première monture de ce document a été soumise au parti.
« Nous y avons apporté des amendements qui pour la plupart ont été pris en considération dans la version finale. Toutefois nous avons rejeté ce « contrat de législature», car il indiquait que le nombre de députés pour former un groupe parlementaire passait de 5 à 10 députés. Le SADI a fait remarquer qu’il s’agit d’une prérogative dévolue à l’Assemblée nationale et que c’était un manquement grave de vouloir y interférer.

Le SADI écarté
Moussa Mara, quant à lui, a rendu une visite de courtoisie au siège de SADI dès sa
nomination, mais son gouvernement aussi sera constitué sans consulter le parti SADI. Son document de « convention pour la majorité présidentielle» n’a pas non plus eu l’assentiment du SADI, puisque les amendements qu’il avait proposés n’ont pas été pris en compte.
« Nos observations n’ayant pas été prises en compte, nous nous sommes abstenus de le signer. Dès lors, nous nous sommes retrouvés dans une position où la CMP ne nous consultait pas parce que n’étant pas membre et nous ne nous reconnaissons pas dans l’opposition VRD avec son chef de file et porte-parole. Le SADI n’ayant plus de groupe parlementaire a été expulsé des bureaux qu’il occupait à l’Assemblée nationale », a expliqué le président du parti.
Selon Oumar Mariko, le député a besoin d’un espace pour y recevoir ses électeurs et les autres Maliens qui ont des doléances à lui soumettre. Cet espace a été refusé au SADI par la majorité après la première année de la législature.
Quant à Modibo Keita, il n’a pas daigné répondre à une correspondance des députés du SADI sur la situation du conflit ouvert entre populations le long de la forêt de Sama (commune de Fakola). Aussi, pour ‘’aucun des réaménagements ou remaniements du Gouvernement Modibo Keita, le SADI n’a été consulté’’, a déploré le conférencier.

Relations avec le RPM
Après les élections législatives (2013-2014), le SADI, selon son patron, a entrepris des échanges avec le BNP du RPM pour la formation d’un pôle de gauche qui portera le changement pour lequel le Président IBK a été élu.
« Notre vision de ce pôle de gauche pouvait aboutir à un grand parti de gauche dans lequel se fondraient les autres partis. Les différentes rencontres ont débouché sur la nécessité d’élaboration d’une plate-forme politique qui serve de socle à l’union avec le RPM. Le parti SADI a fait une proposition dans ce sens au RPM, le 14 mai 2015. Cette proposition est restée sans réponse malgré les multiples relances », selon le conférencier.
Face à chao, le SADI, selon le conférencier, était obligé de scruter vers d’autres horizons à la recherche d’alliés. C’est dans ce sens que les premiers contacts entre l’ADP et le SADI ont été établis à l’extérieur entre Oumar Mariko et le député Thiam, à l’époque membre de la majorité présidentielle. C’est à l’extérieur du pays, lors d’un voyage que les deux hommes politiques, révèle-t-il, ont convenus d’approfondir leurs réflexions à Bamako.
«Dès le début de nos contacts avec ADP-Maliba, nous avons adressé une correspondance au RPM Réf: 061IBP du 23 août 2016 pour indiquer que nous avons engagé des négociations avec d’autres partis pour la formation d’un bloc acquis au changement. Il s’agit là, pour nous d’indiquer au RPM que les offres contenues dans la lettre du 14 mai 2015 ne nous engagent plus et par loyauté, aviser ceux avec lesquels nous avons tenté une alliance de notre nouvelle orientation », a révélé Oumar Mariko.
Interpellé sur le soutien et le temps passé avec le régime, Oumar Mariko a indiqué que le parti SADI ne regrette pas son soutien au président IBK.
«Nous n’avons pas regretté le coup d’État, mais la gestion de la transition, nous ne regrettons pas d’avoir soutenu IBK. Mais ce qui me fait mal, c’est le comportement de ceux qui pensent pouvoir donner des leçons de probité à d’autres alors qu’ils sont à la tête des institutions les plus mal gérées de la république. Être député et avoir des marchés de 150 millions de la même institution, c’est le plus grand scandale qui puisse arriver au pays », a-t-il conclu.

Par Sidi Dao

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