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jeudi 6 août 2020
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Leaders politiques: la phobie des urnes

La bataille politique est engagée pour les législatives annoncées pour le 29 mars. L’un des regrets pour notre démocratie en prélude à ces consultations est la faible participation des personnalités politiques et influentes du pays. A ce jour, elles ne se bousculent pas pour aller à la conquête des suffrages de la population comme ça devait être le cas, dans une démocratie sérieuse. Ainsi, sur les 38 membres du Gouvernement, aucun ministre n’est encore candidat. Pire, sur les 200 chefs de partis politiques, il n’y a que quatre qui sont déclarés candidats. Une honte pour notre démocratie. Alors que font-ils de leur statut de chefs de partis politiques ?

Le débat politique, outre les réseaux sociaux, c’est également au sein de l’Assemblée nationale. S’il y a été unanimement constaté que le niveau des échanges à l’Hémicycle sur les questions d’intérêt national n’était à la hauteur, ces législatives constituent une occasion pour changer de paradigme. Sauf que ceux qui se sont plaints de cette situation, à travers les réseaux sociaux, dans les médias, n’osent pas aller à la conquête des postes électifs. Qu’ils soient anciens ministres, ministres ou présidents des institutions, le nombre des personnalités politiques et influentes du pays à aller à ces joutes électorales est presque insignifiant.    

Aucun ministre en lice

La démocratie c’est la légitimité populaire. Un responsable, au-delà de la compétence et de l’intégrité, c’est aussi une base sociale et politique. En France qui nous sert de référentiel, la plupart des ministres se frotte et se soumet aux suffrages de leurs concitoyens et détient un mandat politique. L’actuel PM français vient de déclarer sa candidature pour être maire du Havre.

Chez nous par contre, les ministres, à part l’exception notable de Housseini Amion GUINDO, de Yaya SANGARE et de IBK lui-même, aucun des 35 autres ministres ne détient ou n’a détenu le moindre mandat les 10 dernières années. Il n’est pas sûr que Poulo qui avait surpris tout le monde en démissionnant du Gouvernement pour se porter candidat à la présidentielle, récidive à l’occasion de ces législatives. C’est dire qu’aucun ministre ne sera dans la course. Dommage !

En effet, si ailleurs dans les bonnes démocraties, les ministres courent derrière les mandats électifs, ici le poste ministériel est la finalité de l’engagement politique.

Les élus quittent leur mandat pour devenir ministres. Preuve : Yaya SANGAGRE et Amadou THIAM ont renoncé à leur mandat électif pour entrer dans le Gouvernement.  Or, dans les démocraties respectables, quand un ministre perd son mandat, il quitte son portefeuille. Macron en avait fait un critère pour le maintien des ministres dans le Gouvernement.

Si demain le Président IBK exigeait des ministres d’aller chercher des mandats pour siéger au Conseil des ministres, il se retrouvera désespérément seul autour de la table. Car, la quasi-majorité de ses ministres sont incapables de s’imposer dans un comité de base, même dans leur salon, à plus forte raison se faire élire dans un cercle.

Quid des anciens ministres ? Au Mali, la plupart cherche à retourner dans la fonction au lieu de chercher à être député. Toutefois, pour ces législatives annoncées, on a enregistre la candidature d’un certain nombre : en Commune I Mamadou Frankaly KEITA (conseiller spécial du Président de la République, ancien ministre de l’énergie et de l’eau) ; à Kolondièba, Sidiki N’Fa KONATE (ancien ministre de la Communication, et directeur de l’ORTM).

Une poignée de chefs de parti dans la course

Si les ministres ne se bousculent pas pour être candidats, qu’en est-il des présidents des partis politiques. Après tous les fora et agitations, les Maliens étaient en droit d’attendre de leurs leaders un engagement clair et franc pour mener le débat politique. Le cadre de celui-ci, dans une bonne démocratie étant le parlement, on aurait du s’attendre à une forte participation des premiers responsables politiques à ces législatives pour briguer les suffrages.

Mais, comme par le passé, il ne faudrait pas trop y compter ; messieurs les chefs de partis préfèrent les débats de rue, pardon de podium ou de plateau radio-Tv généreusement offerts à une saine compétition qui les conduirait à prendre la parole devant une auguste assemblée d’honorables élus. La plupart de ces messieurs bavards, qui raffolent des réseaux sociaux, invoqueront des excuses qui sont autant de prétextes à faire dormir debout comme les conditions d’un scrutin transparent ne sont pas réunies, l’insécurité, la crise financière…

Pour sauver l’honneur du syndicat des chefs de parti, nous n’avons jusqu’ici enregistré que la candidature d’un quarteron de jeunes leaders qui ont accepté d’aller à la conquête des suffrages de leurs concitoyens. Les vieux roublards et dinosaures politiques préférant la désertion à la déculottée électorale : l’honorable Dr Oumar MARIKO à Kolondjèba (Président de SADI) ; Moussa MARA en commune IV (Président de YELEMA) ; Niankoro dit Yeah SAMAKE à Kati (Président du PACP), Alassane DEMBELE dit Alasko à Diéma (Président de ANCD-Mali). Si la candidature l’honorable Soumaïla CISSE à Niafunké (Président de l’URD et chef de file de l’Opposition) se confirmait, ils seront seulement 5 chefs de partis sur plus 250 à aller à la conquête des suffrages pour être députés.

Chefs d’institution et personnalités de premier plan

Même s’ils ne sont pas chefs de parti politique, leur position dans le système leur conférant privilège et autorité, les chefs d’institution et certaines personnalités ont besoin également de légitimité. Sur les huit institutions républicaines, deux voient leurs chefs dans la course : l’honorable Issiaka SIDIBE, Président de l’Assemblée nationale, à Koulikoro, le vice-président de l’Assemblée nationale, Honorable Moussa TIMBINE, candidat à sa propre succession en Commune V, et Abdrahmane , Président de la Haute Cour de justice qui est aussi candidat à Douzentza à sa propre succession.

Outre ces personnalités, les candidatures de Mohamed Ag Intalla, Amenokol de Kidal et celle de Badjan Ag Hamatou, Aménokol de Ménaka sont annoncées.

Toutefois, le Président du Conseil économique, social et culturel, Boulkassoum HAIDARA qui a été battu aux législatives de 2013 en Commune I n’est pas candidat cette année.

À côté de ceux-ci, on peut citer, cas notable, la candidature de l’ancien Président de l’APCAM, Bakari TOGOLA, détenu depuis novembre 2019 à la Maison centrale d’arrêt de Bamako.

Quant aux anciens candidats à la présidentielle, ils sont également très peu à oser aller à la recherche de la confiance de leurs concitoyens. Pour l’instant, un seul candidat à la présidentielle s’engage dans cette bataille électorale qui a un enjeu important pour 2023 sur 23 candidatures. Il s’agit en occurrence de Oumar MARIKO. Si la candidature de Soumaila CISSE se confirmait, ils seront deux. A ce jour, le Président de l’URD attend la décision de sa section.  Les 21 autres ? Il ne faut pas trop y compter.

Par Sikou BAH




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