Les 500 millions de Soumi: une pullule légale difficile à avanler

En application de la loi portant Statut de l’opposition, Soumaila CISSE, président du parti Union pour la démocratie (URD), non moins chef de file de l’opposition malienne a reçu de l’État, la semaine dernière, la coquette somme de 500 millions de FCFA, au titre de sa prise en charge annuelle.

Soumaïla CISSE ne ratait plus aucune occasion pour prendre à témoin le grand public par rapport au retard accusé par le gouvernement pour le mettre dans ses droits de chef de file de l’opposition. La revendication était d’autant plus légitime qu’elle conférait à l’opposant en chef un pactole important pour se renforcer, malgré le contexte socio-économique difficile que le pays traverse. C’est désormais chose faite. En effet, depuis la semaine dernière, le chef de file de l’opposition est en possession de ses dus par rapport auxquels il est pour le moment resté moins bavard. Pour le moment, pas un seul mot de l’opposant autour de son pactole et surtout l’utilisation qu’il entend en faire.
Pour notre part, nous pensons que l’octroi de cette cagnotte à une seule personne ne saurait se justifier aux yeux de l’opinion publique malienne pour qui elle aurait plutôt servi à beaucoup d’autres choses plus prioritaires et rentables pour le pays.
Sans prétendre aller contre la légalité, nous pensons que sur le plan politique, cet avantage financier accordé au seul chef de file de l’opposition est de nature à fausser inexorablement la compétition démocratique dans notre pays. Pour preuve, où est l’équilibre entre les forces politiques en présence s’il est accordé 500 millions par an, soit 2,5 milliards de FCFA pendant une mandature (5 ans) au chef de file de l’opposition alors qu’en face plusieurs autres dizaines de partis politiques régulièrement créés et prétendant aux mêmes objectifs, la conquête et l’exercice du pouvoir sont dans le besoin de se renforcer ?
C’est vrai, le Statut de l’opposition, à l’origine de ce traitement, est l’émanation de la volonté du peuple malien, à travers ses députés à l’Assemblée nationale, qui ont voté le texte dans un esprit de préservation et de renforcement des acquis démocratiques du 26 mars 1991. Cependant, au regard du contexte actuel du pays où les services de base sont insuffisants et même souvent inexistants, les forces armées qui manquent beaucoup de choses, notre peuple aura du mal à justifier ce geste. En effet, cet argent aurait été plus utile à nos forces armées et de sécurité engagées, au quotidien, pour la défense de la patrie.
Sur un tout autre plan, cet argent aurait mieux servi à satisfaire les besoins urgents des jeunes de l’Institut national des jeunes aveugles (IJA) ; aux femmes fistuleuses de l’hôpital du Point G ou encore aux enfants AMALDEME qu’au chef de file l’opposition qui fait partie des premiers « milliardaires de la démocratie malienne ».
Mieux, les 500 millions de FCFA peuvent servir à acquérir des Pick-up pour les forces armées et de sécurité ; construire des salles de classe, des centres de santé, à réaliser des points d’eau potable… En tout cas, l’octroi d’un tel montant au chef de file de l’opposition par le régime en place s’analyse comme une grosse erreur politique. Car non seulement, il se discrédite auprès des Maliens, mais surtout il renforce son adverse politique, à travers des moyens légaux.
Aussi, ce geste donne vraisemblablement au citoyen lambda le sentiment de l’existence d’un véritable deal entre les acteurs politiques maliens (majorité et opposition) sur le dos du contribuable, qui continue de subir les frais, quant au partage des ‘’dividendes de la démocratie’’.

Par Sékou CAMARA

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