Search
samedi 18 novembre 2017
  • :
  • :

Les dessous d’un échange

Le dernier otage français, Serge Lazarevic, est libre depuis hier dans la journée. L’annonce a été faite par la Présidence française. Et l’on sait depuis hier que «cette libération (qui) a été le résultat d’intenses efforts et suivis tant des autorités du Niger que du Mali», n’a pas été sans contrepartie.

L’information de l’imminence de la libération de l’otage français a fuité dès dimanche sur le site internet du sahelien.com. Selon ce confrère qui annonce l’accélération des négociations autour du sort de Serges Lazarevic, l’organisation terroriste, Aqmi (la katiba dirigée par Abdelkrim Taleb qui détenait Serge Lazarevic), exige en contrepartie de sa libération non seulement le versement d’une rançon de 20 millions d’euros (environ 13 milliards de FCFA), mais aussi la libération de deux de ses moudjahidines détenus dans les prisons maliennes : Mohamed Ali Ag Wadoussène et Haiba Ag Acherif, qui seraient les auteurs, en tout cas très impliqués dans le rapt de Serge Lazerevic, le 24 novembre 2011, à Hombori, et de son compagnon Philipe Verdon assassiné par Aqmi.

Si aucune source à Bamako, Paris et Niamey ne confirme le versement d’une rançon, nul ne dément encore la libération des deux hommes. Selon plusieurs sources reprises par le Sahelien.com, les prisonniers Mohamed Ali Ag Wadoussène et Haiba Ag Acherif ont été extraits et transférés discrètement de Bamako vers le Niger.

C’est là qu’entre en jeu le « Négociateur » nigérien, Mohamed Akotey, celui-là même qui s’était occupé de la libération des quatre derniers otages français détenus au Niger. Depuis déjà quelques mois, il faisait la navette entre Niamey et Kidal.

Lundi, il rencontre Alghabass Ag Intallah, fils du vénérable chef des Ifoghas, Intallah Ag Ataher, et lui-même chef du HCUA (Haut conseil pour l’Unité de l’Azawad), très lié à Ansardine d’Iyad Ag Ghali.

Ce jour donc, en compagnie de Alghabass Ag Intallah et de son précieux colis (Mohamed Ali Ag Wadoussène et Haïba Ag Achérif), Mohamed Akotey se rend à Tin-Essako (région de Kidal), où visiblement tout s’est joué et s’est dénoué. Le négociateur n’a semble-t-il pas rencontré directement les ravisseurs. C’est un éminent lieutenant d’Iyad Ag Ghali, selon notre confrère de RFI, qui a fait la navette entre le médiateur et les ravisseurs. Lieutenant qui, d’après certaines sources, ne serait autre que Alghabass Ag Intallah. Après l’échange, Serge Lazarevic est libéré.

L’ironie de l’histoire, ce sont les deux prisonniers contre lesquels il a été échangé qui sont les auteurs (en tout cas complices) de son rapt et de sa livraison à Aqmi.

Pour rappel, Mohamed Ali Ag Wadoussène et Haïba Ag Achérif, tous deux de la garde républicaine, ont été arrêtés en 2011, le premier à Bamako, le second à Gao. On notera aussi que le grand-frère, Mohamed Ali Ag Wadoussène est celui-là même qui, cette année, de sa cellule de la prison centrale de Bamako, avait tenté et réussi l’évasion la plus spectaculaire et la plus sanglante de l’histoire de cet établissement pénitencier au cours de laquelle l’agent de sécurité Kola Sofara trouvera la mort. Après une traque de plusieurs jours, les forces spéciales de notre pays mettront la main sur lui, et depuis, les deux frères étaient gardés par les services de renseignement.

Si à ce stade personne n’évoque le versement d’une rançon, beaucoup notent cependant la libération de Mohamed Ali Ag Wadoussène et Haïba Ag Achérif, comme par hasard originaires de Kidal, deux frères de sang nés d’une même mère. Mère qui serait une cousine du Seigneur Iyad Ag Ghali, Emir d’Ansardine dont les rapports avec Alghabass Ag Intallah sont connus.

Ils établissent, avec la libération de Serge Lazarevic, clairement les relations incestueuses entre les mouvements terroristes (preneurs d’otages et poseurs de bombes) et les  groupes armés sanctifiés par l’accord d’Alger. Entre le HCUA et Ansardine, les closions sont si peu étanches et les fanions tellement interchangeables qu’on prendrait Alghabbass pour Iyad, la parole de l’un engageant l’autre, par alliance et par intérêt bien compris. Le HCUA sous-traite pour Ansardine, Ansardine soustraite pour Aqmi. Toute chose qui donne raison au Mali qui a toujours dénoncé la complicité des groupes armés avec lesquels on l’oblige notre à traiter. La libération du dernier otage français procède de cet équilibre, de ce rapport de force, qui, hélas, est encore loin d’être à notre avantage.

Affaire à suivre

 




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *