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vendredi 23 octobre 2020
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l’evacutation des bases francaises

Le 20 janvier 1961, le Président Modibo KEITA rappela par ‘’décision politique’’ le Colonel Pinana DRABO pour jeter, sous le commandement du général SOUMARE, les bases de la nouvelle armée du Mali. Ce jour-là, le tout nouveau Commandant s’attela avec d’autres officiers, dont son frère Kélétigui DRABO, à structurer l’armée du Mali avant que le Président ne demande l’évacuation des troupes coloniales, vingt jours plus tard. L’ordre d’évacuation des bases militaires françaises était donc imminent. Il a été donné par le Président Modibo KEITA le 20 janvier 1961devant les membres du corps diplomatique. Mais l’Histoire retiendra que c’est à partir du juin 1961 que l’armée coloniale a commencé son retrait de notre territoire. Rétrospective sur les péripéties du retrait de l’armée coloniale de notre territoire.

Le 20 janvier 1961 : Modibo demande le départ de l’armée coloniale
Quatre mois après la proclamation solennelle de l’indépendance de la République du Mali le 22 Septembre 1960, les députés, réunis en séance plénière de l’Assemblée nationale, adoptent la loi n°61-26 qui crée le drapeau national du Mali. Celui-ci sera composé de trois bandes verticales et égales de couleur verte, or et rouge.
Trois mois plus tard, le 20 janvier 1961, après avoir été adoubé par l’Assemblée nationale et investi à l’unanimité comme Chef de l’État, le Président Modibo KEITA invite le corps diplomatique accrédité dans son pays et leur tient ce discours sans ambiguïté : «Je vous remercie de vous être distraites de vos augustes occupations et de vos nombreuses préoccupations pour répondre à mon invitation.
L’importance de la communication exige que je vous la fasse moi-même.
À l’heure qu’il est, l’Ambassade de France en République du Mali est informée par mes soins de la décision de mon parti et de mon gouvernement de voir la France évacuer les bases militaires de Bamako, de Kati, de Gao et de Tessalit, qu’elle occupait du fait des accords franco-maliens signés à Paris le 22 juin 1960, entre elle et la Fédération du Mali et qui deviennent caducs après les événements du 19 au 20 août 1960 et l’acte de reconnaissance par la France du gouvernement du Sénégal, acte qui consacre la dislocation de la Fédération du Mali.
La République du Mali a affirmé sa volonté de coopérer avec la France sur la base de la non-ingérence dans nos affaires intérieures et du respect de notre souveraineté. La décision de mon parti et de mon gouvernement ne met nullement en cause cette volonté. Elle est l’expression de notre conviction qu’à moins d’abandon volontaire de souveraineté de la part d’un État jeune ou d’accords particuliers dans le domaine de la défense, les troupes de l’ex-puissance coloniale ne peuvent stationner sur le territoire de l’ex-colonie aux côtés des troupes du jeune État. D’autre part, le peuple du Mali, l’Union Soudanaise-R.D.A., et le gouvernement de mon pays ont toujours affirmé leur option en faveur de la politique de non-alignement sur l’un ou l’autre des deux blocs. Cette attitude est en contradiction avec la présence, sur son territoire, des troupes d’une puissance étrangère et à laquelle ne le lie aucun accord et qui d’autre part est engagée dans le pacte militaire d’un bloc.
Je prie vos Excellences d’informer vos gouvernements respectifs et d’attirer leur attention sur notre ferme décision de l’évacuation rapide des troupes stationnées en République du Mali.
Je vous remercie.»
Les troupes françaises sont donc priées de plier bagage, telle est la volonté et la position clairement affirmées des nouvelles autorités souveraines de Bamako. Volonté de matérialiser l’indépendance ? Affirmation de la souveraineté? Ou une manifestation de solidarité sans faille à l’égard du peuple frère algérien qui à travers le FLN avait était passé à la lutte armée contre l’armée coloniale ?
Les historiens diront que l’anticolonialiste, le progressiste et panafricaniste Modibo KEITA n’était pas homme à laisser sur son territoire une armée coloniale continuer de dominer et d’asservir un peuple frère qui lutte pour recouvre sa liberté et sa dignité. Mais ça, c’est une autre histoire. Continuons et disons simplement comme le président de l’AMEMOK (Association pour la Mémoire de Modibo KEITA), M. Sanounou KEITA que « dans les conditions de l’époque, pour les combattants de l’indépendance, ce fût un acte courageux, téméraire, patriotique et surtout visionnaire de créer dès le 1er octobre 1960 notre armée et d’exiger dès le 20 janvier 1961 l’évacuation des bases militaires maliennes qui étaient occupées par les troupes coloniales».
Mais l’Histoire retiendra que c’est à partir du juin 1961 que l’armée coloniale a commencé son retrait de notre territoire. Ainsi, de juin à Septembre 1961, toutes les bases françaises ont été évacuées. La dernière, la Base 162 de Bamako, actuelle Place d’armes du Génie, sera évacuée le 5 Septembre 1961.
C’est donc, ce 5 septembre 1961, et non le 20 janvier 1961, que le dernier contingent des militaires français a quitté le sol malien. À cette occasion une cérémonie militaire solennelle a été organisée au cours de laquelle le drapeau malien a été hissé à la place du drapeau français. C’est pour cette raison du reste que l’avenue reliant le Monument de la paix et celui de l’Indépendance sera baptisée, «Avenue du 5 septembre 1961».

23 janvier 1961 : Mesure attendue à Gao
À Gao où est installée l’une des quatre bases militaires françaises au Mali, on accueille sans aucune surprise la décision du président Modibo KEITA de demander à la France d’évacuer toutes ses installations militaires dans l’ex-Soudan. En effet, cette demande était attendue depuis que le gouvernement soudanais devenu malien avait fait connaître en septembre dernier qu’il considérait comme caducs les accords de défense signés entre la France et la Fédération du Mali du fait de l’éclatement de cette dernière et de la reconnaissance du Sénégal par la France.
Les effectifs militaires stationnés à Gao – base aérienne – avaient d’ailleurs été considérablement diminués et une quarantaine d’Européens seulement y sont encore installés.
On affectait cependant sur place de croire officiellement qu’un «modus Vivendi «pourrait être trouvé, et, ces derniers jours encore, des travaux avaient été entrepris à la base de Tessalit, située au nord de Gao, à la frontière algérienne.
Les parties s’accordent à dire que des négociations vont s’ouvrir pour fixer les conditions techniques de l’évacuation des troupes françaises demanderont un certain temps. En effet, le Mali souhaite que le départ des militaires français s’effectue sans que ses transports intérieurs en soient affectés. Or l’infrastructure des aéroports de Gao et surtout de Bamako est pour le moment confiée aux militaires français et il faudra un certain délai pour assurer la relève.
On estime d’autre part que le fait que le Président Modibo KEITA ait tenu à se réserver les deux portefeuilles de la défense et des affaires étrangères dans les circonstances actuelles est révélateur de la sensibilité du dossier coté malien.
Annonçant la décision malienne à propos des bases françaises, le Président Modibo KEITA a d’ailleurs souligné devant le corps diplomatique réuni à cet effet que cette décision «de son parti et de son gouvernement ne mettait nullement en cause la volonté de la République du Mali de coopérer avec la France sur la base de la non-ingérence dans nos affaires intérieures et du respect de notre souveraineté.»

22 mars 1961 : L’évacuation des bases commence
Une centaine de camions transportant du matériel militaire ont quitté mercredi 22 mars 1961 la base française de Kati à destination d’Abidjan.
Kati est, avec Gao, Bamako et Tessalit, une des quatre bases militaires françaises existant encore au Mali, dont l’évacuation avait été demandée par le gouvernement malien. Un second convoi, composé de deux jeeps et deux camions transportant une trentaine de chauffeurs militaires, partira de Gao pour Bamako les 8 et 27 avril 1961.

11 avril 1961 : l’évacuation des bases françaises se poursuit
Dans un discours qu’il a prononcé à Gao, au cours d’un voyage d’inspection dans la boucle du Niger, le président Modibo Keita a déclaré le mardi 11 avril 1961 : «L’évacuation des bases françaises au Mali a commencé et elle est même assez avancée.
Notre demande n’est pas fondée sur une hostilité à l’égard de la France, mais il est inconcevable qu’un pays indépendant ait sur son sol une armée étrangère destinée à mater les velléités de lutte pour l’indépendance… Je pense que les dirigeants et les officiers français comprendront notre position et feront en sorte que cette évacuation soit opérée rapidement et sans difficulté aucune pour conserver la confiance réciproque entre les deux pays et permettre au Mali de coopérer avec la France comme avec tous les autres pays.»

7 juin 1961 : La base de Kati évacuée
Kati, la plus importante base militaire française au Mali, a été complètement évacuée mercredi 7 juin 1961. Elle comprenait un matériel considérable et un personnel essentiellement constitué par des troupes appartenant à l’infanterie de marine. Matériel et personnel ont été évacués sur Dakar et Bobo-Dioulasso.
Le communiqué officiel du secrétariat d’État français à la défense et à la sécurité annonçant la fin de l’évacuation précise que les bâtiments et les installations diverses que comprenait cette base ont été entièrement transférés au gouvernement du Mali à compter de cette date.
Restent en cours d’évacuation les bases aériennes de Bamako, Tessalit et Gao.

13 juillet 1961 : évacuation de la base de Tessalit
La base aérienne de Tessalit, située sur les confins sahariens, à la frontière nord du Mali, a été entièrement évacuée par les forces françaises, conformément à la demande malienne, et remise au secrétariat d’État malien à la défense.
Le communiqué malien annonçant cette évacuation indique que celle-ci s’est déroulée dans de bonnes conditions.

1er septembre 1961 : évacuation de la base de Bamako
Le gouvernement malien a annoncé officiellement que «l’évacuation du territoire malien par les forces françaises est entrée dans sa phase finale».
Un train spécial a transporté de Bamako à Dakar 812 tonnes de matériel militaire. Ce matériel est évacué vers la base aérienne de Bel-Air, au Sénégal. D’autres matériels militaires sont évacués par avions et cargos. Ces matériels proviennent de la dernière base française restant au Mali, qui est la base aérienne de Bamako.
Les trois autres bases françaises qui restaient au Mali lors de la demande d’évacuation des bases formulée par notre pays ont déjà été évacuées au cours des derniers mois.

5 septembre 1961 : fin de l’évacuation des bases françaises dans notre pays
Les forces françaises ont terminé l’évacuation du territoire malien. Le dernier détachement français a quitté, en effet, la base aérienne de Bamako, qui était la dernière base militaire à être encore occupée par l’armée française.
Le départ de l’armée française de la base de Bamako termine ce cycle d’évacuation, met fin également à la période de soixante-dix-huit années d’occupation militaire totale française de notre pays.
À cette occasion, Mamadou DIAKITE, secrétaire d’État malien à la défense et à la sécurité, a déclaré notamment que si le début de l’évacuation des bases françaises du Mali avait donné lieu à quelques difficultés, cette évacuation s’était déroulée de façon satisfaisante. Toutes choses qui, dit-il, «laissent bien augurer des relations futures entre la France et le Mali «.

22 Septembre 1961 : Un 1er anniversaire dans la sobriété
Pour des raisons d’économie, c’est par des cérémonies très discrètes qu’a été célébré vendredi 22 Septembre 1961 le premier anniversaire de l’indépendance. Seuls les représentants de la Guinée et du Ghana ont été invités.
Le défilé militaire qui a eu lieu à Bamako était l’occasion de la réaffirmation de notre souveraineté nationale à travers l’armée nationale et de l’illustration de la politique de non-alignement de notre pays. Ce 22 Septembre 1961, parmi les avions qui survolaient la ville de Bamako, il y avait des DC-3 offerts par la Grande-Bretagne, des Ilyouchine soviétiques et des Broussard français. Les jeeps venant des États-Unis se mêlaient aux autos blindées venant de l’U.R.S.S. De même les fusils étaient aussi tant d’origine française que tchécoslovaque.

22 septembre 1961 : Le Mali n’est pas dans l’anti-France
Prenant la parole à l’occasion du premier anniversaire de l’indépendance nationale, le Président Modibo KEITA déclare : «Nous ne faisons pas de l’anti-France… Aujourd’hui que la France a évacué ses bases militaires installées chez nous… Nous sommes prêts à poursuivre la normalisation de nos rapports avec la République française et cela dans tous les domaines.»
Le Président Modibo KEITA a ajouté : « Il ne faut pas que la France sacrifie à la défense d’intérêts colonialistes le capital de confiance et d’amitié dont elle a bénéficié dans le monde et même auprès de ses anciennes colonies. «




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