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vendredi 18 août 2017
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Libération des terroristes contre l’otage français: la bonne cause, la mauvaise raison

En plaçant sa gouvernance sous le signe de l’impunité zéro, le régime du Président Ibrahim Boubacar KEITA, après la libération du désormais ex otage français Serge Lazarevic contre l’élargissement par notre pays de deux terroristes arrêtés, relance ainsi le débat sur la volonté politique de nos pouvoirs publics à lutter efficacement contre ce fléau.  En tout cas, les circonstances dans lesquelles est intervenue cette action sont largement commentées et diversement interprétées par l’opinion nationale.

Le dernier otage français, Serge Lazarevic, est libre. Il a été libéré, avant-hier, par ses bourreaux qui le détenaient depuis plus de trois ans. Enlevé le 24 novembre 2011, à Hombori, au Nord du Mali, Serge Lazarévic n’a pas vécu le même sort que son compagnon Philippe Verlon, du nom de cet autre Français enlevé le même jour puis exécuté plus tard en 2013.

Avec la libération de Serge Lazarévic des mains des « fous de Dieu », c’est le président français, François Hollande lui-même, qui est libre ; libre parce qu’il n’y a pour l’instant aucun autre otage français détenu dans le monde.

Un fait dont se réjouit  ce dernier qui a rendu un vibrant hommage à ses homologues du Mali, Ibrahim Boubacar KEITA, et du Niger, Mamadou ISSIFOU pour avoir joué un rôle prépondérant dans la libération de l’otage français.

La fin d’un cauchemar

Y a-t-il eu paiement de rançon? Difficile d’y répondre, ce d’autant que le communiqué de l’Elysée n’apporte aucune précision là-dessus. On sait seulement que cette libération a été rendue possible grâce à l’implication des autorités nigériennes et maliennes. A ce sujet, on se rappelle que quelques semaines plutôt, le président nigérien affirmait avoir eu des nouvelles de Serge Lazarévic qui, selon lui, se portait bien. Ce qui laissait croire que des contacts avaient été établis entre Paris, Niamey et les ravisseurs du dernier otage.

En tous les cas, en matière de rapt, il n’y a ni philanthropie ni sentimentalisme. On ne serait pas étonné d’apprendre un jour que cette libération a fait suite à un accord ou une transaction entre la France et les ravisseurs, il y a sans aucun doute eu échange de bons procédés. Mais qu’importe. Une vie est sauvée.

Maintenant que la France se libère d’un lourd fardeau, ses ressortissants dispersés un peu partout à travers l’Afrique où la menace terroriste est présente, devraient tirer davantage de leçons de cette affaire pour s’éviter des ennuis inutiles. Certes, il est notoire que la France en particulier, et l’Occident en général, n’abandonne jamais les leurs, quand il s’agit surtout de menaces sur leur vie. Mais, on imagine que tous ces pays du Nord voudraient bien faire l’économie de ces situations difficiles qui ne finissent pas toujours, hélas, sur les notes d’un ouf de soulagement. Car, si Serge peut s’estimer heureux de regagner la France, son pays d’origine, où l’attendaient avec forte émotion les autorités hexagonales et surtout sa fille Diane qui s’est battue comme une belle diablesse pour qu’il recouvre aujourd’hui la liberté, on ne saurait en dire de même pour tous ces otages français qui n’ont malheureusement pas eu cette chance, pour avoir été sauvagement assassinés.

Mais, il reste que cet élargissement, au contour encore très flou, suscite beaucoup d’interrogations et de commentaires dans certaines capitales dont la nôtre. Ce, d’autant plus qu’il est intervenu après la libération de quatre terroristes qui étaient détenus dans notre pays.  Libération exigée par les ravisseurs de Serge Lazarevic, alors que les deux geôliers célèbres, faits troublants, se trouvent être à l’origine de l’enlèvement de l’ex otage au nord du pays. Toutes chosent qui relancent les suspicions de certains de nos compatriotes sur cette justice à double vitesse qui s’exerce différemment à la tête des clients.

Dénouement, mais quel à prix ?

Pourtant, rappelle-t-on, dans le milieu de ces mécontents, le Président Ibrahim Boubacar KEITA, patriote avéré et républicain sans fioriture, démocrate en phase avec les aspirations de son peuple et humaniste dont la passion pour le Mali lui a valu un plébiscite, avait fait, de l’imputé zéro, un crédo pour sa gouvernance. Aussi, avait-il fait de la séparation des pouvoirs un des piliers de sa gestion en promettant de ne pas interférer dans les dossiers judiciaires en cours ou en instruction devant les juridictions.

Or, de l’avis de cette opinion, le Président IBK, au risque de violer ses promesses, est en train de marcher dangereusement sur les traces de son prédécesseur à qui on avait reproché son manque de courage et de volonté de lutter contre les terroristes   et surtout de céder à la pression de la France sarkozienne dans la libération de Pierre CAMATTE.

Ce fait qui remonte à 2009 a failli sinon a provoqué un incident diplomatique entre notre pays et deux de ses voisins immédiats : l’Algérie et la Mauritanie, également aux prises avec les terroristes d’AQMI et favorables à la méthode forte, ont vu d’un mauvais œil la libération de ces terroristes, réclamés par leur justice. Et ce d’autant plus que l’un d’entre eux, Mohamed Ben Ali, serait le cerveau d’Al-Qaïda en Algérie…

Alger et Nouakchott ont d’ailleurs rappelé leurs ambassadeurs à Bamako pour consultation.

Si Hollande n’est pas Sarkozy ou si le contexte de 2014 était différent de celui 2009, l’on indique volontiers, dans ce milieu, que les deux situations présentent les mêmes similitudes : il s’agit de sauver les vies des deux otages qui étaient en danger.

Les griefs

Outre ce rappel de fait qui n’a été sans discrédit pour notre pays, il est aujourd’hui fait reproche au régime du président IBK le peu de progrès dans la poursuite des auteurs de crimes de guerre et d’autres abus. Référence fait également à la libération conditionnelle de plusieurs dizaines d’hommes arrêtés dans le cadre du conflit de 2012, dont plusieurs commandants de groupes armés du Nord vraisemblablement impliqués dans des abus.

Certes, le droit international encourage les pays à accorder une amnistie ou un pardon généralisé aux combattants capturés et aux autres individus arrêtés pour avoir participé à un conflit, mais à condition, estime-t-on, qu’ils n’aient pas commis de crimes de guerre et d’autres abus graves.

Si c’est en vertu de la continuité de l’Etat et de l’accord de Ouagadougou du 18 juin 2013 dont la mise en œuvre commande aux parties (dont le Mali) de libérer les personnes détenues du fait du conflit armé dès l’entrée en vigueur du cessez-le-feu’’ et, d’autre part, de prendre les mesures de confiance appropriées pour faciliter la mise en œuvre de cet Accord, l’on rétorque que ces libérations ont été effectuées sans vérification suffisante pour déterminer si les individus libérés étaient impliqués dans des crimes internationaux graves.

Autres griefs à l’encontre des nouvelles autorités dans sa lutte « sélective » contre le terrorisme, c’est l’arrestation, puis la libération d’un ancien terroriste en la personne de Yoro Ould Daha. Ce dernier, ancien responsable de la police islamiste à Gao pour le compte du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (Mujao) pendant l’occupation,  a été arrêté par les militaires français de l’opération Barkhane, avant d’être relâché par la gendarmerie nationale.

Par ces libérations, souvent en catimini et dans la plus grande discrétion, le régime du président, selon ses détracteurs, donne l’impression de souffler sur le chaud et le froid dans la croisade contre le terrorisme. Ce, d’autant plus que les personnes élargies sont toutes impliquées plus ou moins dans des crimes ou délits qui devraient les laisser dans les liens de l’inculpation.

Les retombées

d’une libération

Cependant, ce qu’il faut comprendre, c’est que dans le jeu des relations internationales, il arrive souvent que les pays puissants en imposent aux pays faibles.

Bien entendu qu’il est légitime que la France ou tout autre pays veuille tout faire pour libérer l’un des siens retenu en otage aux mains des terroristes. Pour ce faire, la morale n’a plus cours dès lors que les intérêts sont en jeux. Et c’est sur ce terrain que la France aussi bien que le Mali ont joué pour parvenir à la libération de Serge Lazarevic avec en toile de fond l’élargissement des deux terroristes de nationalité malienne. Car, en acceptant d’intercéder en faveur de la France (qui a récupéré son dernier otage sans effusion de sang), le Mali gagne en retour, selon certaines indiscrétions, son retour en grâce auprès les bailleurs des fonds qui avaient fermé le robinet suite aux scandales des surfacturations dans les affaires dites de l’avion de commandement et du contrat de fourniture et d’équipements militaires.

Par Mohamed D. DIAWARA

 




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