Libération des voies publiques: « c’est ni la faute d’IBK, ni d’Ami Kane »

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Fini le faux-fuyant sur l’opération de libération des voies publiques, lancée, dans la ville de Bamako, il y a plusieurs semaines par la gouverneure du district, Ami Kane, plus que jamais déterminée à assainir l’espace public dans la capitale. Une fois que le président du patronat, Mamadou Sinsin Couibaly, un homme tranchant, ne donnant pas dans l’à-peu-près, s’en mêle, c’est donc pour établir les responsabilités dans l’ampleur du désagrément sur la voie publique et d’en assumer courageusement, et dans la vérité, les conséquences. « Ce n’est ni la faute du régime d’IBK, ni celle d’Ami Kane si les voies publiques ont été obstruées dans la capitale, mais par la faute, de nombreuses années de gestion approximative imputable aux nombreux ministres du Commerce et des présidents de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali qui ont manqué à leur devoir régalien face à la loi ». Forte interpellation du président du CNPM qui aura l’effet d’un tremblement de terre…

Même si, au début, Mamadou Sinsin Coulibaly, président du Conseil national du patronat du Mali (CNPM), défenseur coriace du secteur privé, n’a voulu directement intervenir dans ce houleux débat concernant l’opération de déguerpissement des voies publiques, estimant ne pas vouloir en rajouter à la polémique, il a quand même fini par livrer ses « réflexions personnelles » sur le sujet. Tant le phénomène qu’il qualifie de « véritable problème de sécurité nationale » a atteint des proportions tellement dangereuses dans notre capitale qu’il ne peut plus passer inaperçu. « À qui la faute si les voies sont anarchiquement occupées dans notre capitale », s’interroge le président du patronat ? M. Coulibaly n’hésite pas à pointer du doigt sur « des responsabilités non assumées ». En somme, dans l’occupation anarchique des voies de la capitale, Mamadou Sinsin Coulibaly, y voit de « graves fautes de gestion, imputables à des responsables publics qui ne se sont pas assumés face à leur devoir, au regard de la loi ». Ce qui, au fil des années passées, a entrainé cet état d’encombrement sur l’espace public, devenu presque normal, selon le quotidien des usagers, lesquels, en dépit de la montée des périls, ne se rendent même pas compte du péril réel qui menace leur l’existence dans la cité.
Dans le diagnostic qu’il dresse, pour situer les responsabilités dans l’occupation anarchique des voies publiques, à Bamako, Mamadou Sinsin Coulibaly, n’y va pas par quatre chemins : « les présidents des chambres de commerce et d’industrie du Mali et les ministres en charge du commerce, en premiers, sont les responsables de cet état de fait gênant aujourd’hui pour l’ordre public ». Tel un couperet, le verdict du président du CNPM est sans appel sur l’implication directe de ces différentes personnalités publiques dans ce que nous vivons aujourd’hui dans la capitale. Et pour cause ? Remontant dans le passé, Mamadou Sinsin Coulibaly estime que nos pays ont hérité de la colonisation les chambres consulaires qui sont d’ailleurs l’émanation du secteur privé. Mais, pour le cas du Mali, la touche particulière a été celle de lier les deux chambres, à savoir commerce et industrie, pour en faire une entité unique.
De son passé historique, à son approche actuelle, avec les indépendances, la vocation des chambres de commerce et d’industrie, dans notre pays, est la même : créer des infrastructures marchandes. Et c’est justement, là où le bât blesse, selon le patron des patrons du Mali, qui accable les différentes équipes des chambres de commerce et d’industrie de n’être pas suffisamment investies dans ce domaine, en cédant le plus souvent à des réalisations de prestige ou à des distributions incontrôlées et inopportunes des jetons de présence.
« La création des espaces marchands relève de la compétence des chambres de commerce et d’industrie, en relation avec les municipalités, qui n’est ni du ressort de l’Etat, ni du secteur privé », a tranché tout net le président Mamadou Sinsin Coulibaly qui dit plus clairement que les chambres consulaires, depuis longtemps, au Mali, se sont désengagées de ce rôle principal, à cause de leur état d’instrumentalisation politique. De ce fait, martèle-t-il, ce n’est pas un hasard si les élections consulaires constituent d’autant d’enjeux politico-financiers, depuis ces dernières années, dans notre pays.
Une responsabilité en cache une autre : c’est celle des ministres du Commerce dans l’aggravation du phénomène d’occupation anarchique des espaces publics. Pour le président du patronat, les titulaires de portefeuilles du commerce sont autant responsables dans cet état de fait qu’ils ne procèdent pas à des contrôles efficaces et sérieux dans la gestion des fonds alloués à ces institutions consulaires qui, au lieu, de bâtir des espaces marchands (des marchés modernes à différents niveaux) s’engouffrent plutôt à des dépenses de prestige, fort éloignées de leurs attributions traditionnelles. Pourtant, stigmatise-t-il, les budgets, de plus en plus alloués aux chambres de commerce sont énormes et se chiffrent à des milliards de francs CFA, exclusivement prélevés sur les taxes et autres ressources du secteur privé.
« Dans les ministères du Commerce, nul n’a le regard sur le budget de création d’infrastructures marchandes des différentes chambres de commerce et d’industrie qui n’en ont pas la tradition », a regretté le président Coulibaly qui déplore également chez les chambres consulaires, l’absence d’un modèle économique, pouvant être financé par les banques maliennes, dans la perspective de création de véritables marchés modernes, de vrais pôles économiques, à partir desquels les emplois voient le jour, selon le rythme de la dynamique économique et commerciale qui s’enchaîne.
« Ce n’est ni le régime d’IBK, ni Ami Kane, encore moins le sommet France-Afrique ou les mairies qui sont responsables de ce désordre ambiant sur les voies publiques, mais ce sont les différents ministres du Commerce et les divers présidents des chambres de commerce et d’industrie, qui se sont succédé aux postes de responsabilités, qui n’ont pas assumé leurs charges », se plaint-il amèrement, en estimant que l’informel, qui est engendré par l’occupation illicite de l’espace public, peut constituer un facteur de prolifération du terrorisme qui y trouve un terreau fertile. En d’autres termes, dans la perception du patron des patrons du Mali, qui y voit là un véritable péril terroriste, « c’est par l’informel où le contrôle est inexistant et où le commerce illicite se propage que le terrorisme est financé ». Dans ce sens, la libération des voies, en tant que telle, selon lui, c’est d’abord une « question de sécurité nationale » avec en toile de fond, la lutte contre le terrorisme. De ce fait, prévient-il, ça ne vise pas les commerçants détaillants qui ont été complètement ignorés par les modèles économiques, notamment en matière de création d’infrastructures marchandes, sont pourtant grassement financés par les budgets de ces institutions consulaires. C’est pourquoi le président du CNPM s’étonne du silence assourdissant des départements ministériels, comme les ministères de la Sécurité intérieure, de l’Économie et des finances, qui sont par ailleurs les grands gagnants de cette opération de déguerpissement des voies publiques. Pour des raisons de sécurité publique, d’une meilleure accessibilité des contribuables et même des produits, différentes structures publiques, y compris les associations de consommation, doivent courageusement soutenir les actions de déguerpissement des voies publiques, plutôt que de se terrer dans un silence coupable, en laissant inutilement la polémique enflée sur une opération d’assainissement des voies publiques, dont tout le monde s’accorde qu’elle est inévitable.
Pour le président Mamadou Sinsin Coulialy, qui analyse froidement cette situation, il ne s’agit pas, pour les acteurs concernés, de tomber dans les querelles byzantines, sur fond de polémiques stériles et mesquines. Mais évidemment, pour les uns et autres, face à l’urgence, de s’asseoir sur une même table de discussion, tout en se disant la vérité, dans la perspective de situer les responsabilités, et toutes les responsabilités, pour qu’enfin de tels désagréments aux voies publiques ne puissent plus jamais se répéter. Et cela, pour le plus grand confort de la tranquillité politique.

Réalisé par Sékouba Samaké

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