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mardi 11 décembre 2018
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Liberté d’expression, de presse et intégration africaine: le Niger se fait épingler

‘’Quand on veut abattre son chien, on l’accuse de rage’’, dit l’adage ! La décision des autorités nigériennes d’expulser un journaliste en activité dans leur pays qui y est né et grandi, pour des motifs aussi flous que celui ‘’d’usurpation de la nationalité’’, relève d’une atteinte à la liberté de la presse et à la politique d’intégration sous régionale prônée par les dirigeants de l’espace CEDEAO, depuis plusieurs années.

Le journaliste Baba Alfa a été expulsé du Niger et interdit de tout séjour dans le pays après sa libération, le 3 avril dernier, sur décision du ministère de l’Intérieur. Il a « été déposé à 15 h 7 à Labezanga, la première ville malienne sur la frontière entre les deux pays par des éléments de la police nigérienne », a précisé la télévision. Si le motif d’usurpation de nationalité est très souvent évoqué pour justifier cette expulsion, il nous revient que Baba Alpha était « très critique à l’égard du régime » nigérien, selon l’un de ses avocats, Boubacar Mossi. Ainsi, une peine de deux ans de prison ferme avait été prononcée en mi-juillet 2017, en première instance, transformée, le 12 mars dernier en appel « à deux ans, dont un avec sursis ». Baba Alfa avait été également condamné « à dix ans de privation de tout droit civique et politique » et « l’interdiction de tout emploi public ».
Selon son avocat, Oumarou Hassane, le journaliste doit recouvrer ses droits civiques, car la cour d’appel a « annulé le jugement » de première instance et « ne s’est pas prononcée sur la dégradation civique ». Ses documents d’identité jugés frauduleux seront toutefois confisqués et détruits, a affirmé une source proche du dossier.
M. Baba Alpha accusé d’usurpation de nationalité, selon les sources est pourtant né et a grandi au Niger. Ce qui fait dire à son avocat qu’il n’a d’autre ‘’nationalité que la nationalité nigérienne ».
« Apparemment, à défaut de lui trouver une faute dans le cadre de l’exercice de sa profession (on) est allé trouver une faute de nature privée », avait dénoncé Me Mossi. Président de l’Association de la Maison de la presse du Niger, il avait, en juin 2016, appelé au boycott de la cérémonie de rupture du jeûne avec le président de la République. La liberté d’expression et de la presse est donc différemment définie, selon les pays du monde.
Il s’agit non seulement d’une atteinte grave à la liberté d’expression et de presse consacrée par la démocratie, mais aussi des principes de la politique d’intégration sous régional si cher aux chefs d’État de l’espace CEDEAO. Le Traité de la CEDEAO consacre le droit d’établissement pour les membres des pays de l’organisation.
Il faut noter que les autorités nigériennes ne sont pas à leur première tentative de faire taire leurs opposants. Le 25 mars dernier, plusieurs acteurs de la société civile du Niger ont été interpelés lors d’une manifestation.
En tout cas, cette expulsion de notre confère du Niger vers le Mali n’est ni plus ni moins qu’une revanche des autorités consécutives à ses prises de position. Les défenseurs des droits de l’homme sont interpellés.

PAR MODIBO KONE




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