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mardi 20 avril 2021
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Liberté syndicale et droits des travailleurs: la FENAME accable les entreprises minières

Violation des textes, mépris du personnel local ; dégradation de l’environnement ; refus de payement des taxes, bref les compagnies minières n’ont aucun respect pour le Mali. Et pour cause ? Depuis 2005, l’on assiste à des licenciements massifs et abusifs dans les sociétés minières et de gardiennage, sans droits. On y dénombre plus de 1000 travailleurs (militants et syndicalistes) dans cette situation dans ces mines d’or exploitées par des multinationales et leurs sous-traitants. C’est du moins, ce qui ressort d’un document de la Fédération nationale des Mines et de l’Énergie (FENAME), dont nous nous sommes procuré une copie.

De l’avis des auteurs dudit document, à la faveur de la crise politico-institutionnelle qui a secoué notre pays, depuis 2012, des sociétés et Entreprises minières ont profité de la défaillance des structures étatiques pour se livrer à des violations graves des droits des travailleurs.
Des responsables de certaines sociétés minières, qui se croient au-dessus des lois de la République se livrent à des licenciements massifs et abusifs dans le secteur, selon le rapport.
Dans ce document, la FENAME pointe un doigt accusateur aux entreprises et sociétés minières comme la BCM Mali SA ; Loulo ; LTA Mali ; SA-Sadiola ; Laboratoire ALS-Bamako ; ENDEAVOUR-Tabakoto ; ANALABS-Morila ; UPS-Loulo ; G4S et SOMADEX-Morila, d’une part, d’autre part, elle dénonce la corruption et la mal gouvernance dans le secteur minier. Pour la FENAME, il y a bien là péril en la demeure.
Comme conséquence de cette situation, les employés font face à des injustices.
« Trop de frustrations se sont cristallisées au fil des ans. Et si rien n’est fait pour les apaiser, elles finiront tôt ou tard par exploser comme ce fût le cas un certain 22 mars 2012 et un certain 18 août 2020 », préviennent les responsables de la FENAME.

Qu’est-ce qui se passe dans les mines ?
La FENAME résume la situation par le mépris des sociétés exportatrices, à l’égard de tout ce qui est malien. Ainsi, elles exploitent la quantité qu’elles veulent, au moment qu’elles veulent et déclarent une quantité en dessous de la production réelle sur la base de laquelle les redevances sont payées.
« Aucun Malien ne connait exactement la quantité d’or extraite dans une mine du pays », a dénoncé Yacouba TRAORE, président de la FENAME.
« En absence des représentants de l’État chargés de faire le contrôle, les barres d’or sont stockées en secret et transportées dans les jets privés vers les marchés du choix de la société. Pire, les expatriés sont 10 à 15 fois plus payés que les nationaux », a-t-il regretté.
Par exemple à la BCM-Mali SA-Loulo, plus de 436 travailleurs et 26 délégués syndicaux ont été licenciés sans droits, nous a-t-il confié. Suite à un désaccord entre BCM Mali SA-Loulo (Bays Water Constructing and Mining) et leurs travailleurs avec la complicité de l’Inspecteur du Travail de Kayes, cette entreprise minière a procédé au licenciement sans droit de 436 travailleurs et 26 délégués syndicaux, nous a confié Yacouba TRAORE.
Leur licenciement est intervenu avec l’autorisation du Directeur Régional de Travail de Kayes en la personne de M. Boubacar Sissoko, mais ce dernier n’était plus territorialement compétent pour autoriser lesdits licenciements, a-t-il précisé.
À Sadiola, LTA Mali SA-Sadiola a licencié 27 membres du comité syndical et 30 militants congédiés. En effet, c’est sur la base d’un faux rapport de l’inspection régionale du travail de Kayes, Moolmans -LTA Mali a licencié tous les membres du comité syndical : 27 au total et 30 autres militants pour fait de grève en violation de larticle 231 du Code du travail qui consacre le droit de grève dans le Code du Travail, mais aussi de l’article 21 de la Constitution du Mali.
Saisi du dossier, le ministre du Travail a fait une communication verbale le 14 juin 2015 qui sera transformée en communication écrite le 22 octobre 2015 pour le soumettre en Conseil des ministres.
« Nous avons été curieusement surpris quand le ministre chargé du Travail a envoyé une correspondance le 07 janvier 2016 à la CSTM pour le rejet du dossier au niveau du Conseil des ministres », a déclaré M. TRAORE.

Des travailleurs contaminés au plomb
Au Laboratoire ALS Bamako, des leaders syndicaux qui ont été licenciés pour avoir réclamé des visites médicales et une prise en charge des travailleurs contaminés par le plomb conformément à l’Article 50 de la Convention collective minière. Certains travailleurs présentaient un taux de plombémie deux à trois fois supérieures à la normale. Malgré tout, une assistance médicale et une prise en charge par l’INPS ont été refusées par le directeur de l’entreprise à ces travailleurs.

De même, à UPS-Loulo, plus de 300 travailleurs attendent leurs droits qui ont été confisqués, depuis 2009.
À ENDEAVOUR –Tabakoto, pendant qu’un projet d’extension de la mine était en cours d’exécution avec une promesse de maintien de tous les employés, 72 travailleurs dont 11 délégués syndicaux furent licenciés en 2013. Après 8 ans de débâcles judiciaires, leur dossier reste pendant devant la Cour suprême.
À ceux-ci s’ajoute le cas G4S-SAER où plus de 505 travailleurs, dont 11 délégués syndicaux, ont été licenciés. Suite au non-respect des accords conclus entre la société de gardiennage G4S sous-traitée par la Société Africaine de Réalisation et d’Étude (SAER), 505 travailleurs dont 11 délégués syndicaux ont donc été licenciés pour fait de grève du 31 décembre 2017 au 02 janvier.
À la SEMOS Sa, 19 travailleurs dont 11 syndicalistes ont été mis à la porte suite à une compression pour motif économique non justifiée.
Au Groupe 4 (Securicor), c’est un total de 556 travailleurs qui ont été licenciés. Suite au non-respect des accords signés le 10 /05 2017 entre la société et les travailleurs, le comité syndical a déposé deux préavis de grève les 26 décembre 2017 et 02 janvier 2018.
Le 9 janvier 2018, la direction de l’entreprise adressait une correspondance au Directeur Régional du Travail de Bamako pour demander l’autorisation de licencier 291 travailleurs ordinaires ainsi que 10 autres délégués syndicaux pour abandon de poste en violation des textes régissant le Code du travail du Mali. Malgré les différents recours et interventions, 556 travailleurs ont été au total licenciés.
« Il n’y a rien de si extravagant que de faire périr un nombre innombrable d’hommes pour tirer du fond de la terre l’or et l’argent ; ces métaux d’eux-mêmes absolument inutiles, et qu’ils ne sont richesses que parce que l’on les a choisis pour en être les signes », a dit le philosophe.

Par Abdoulaye OUATTARA




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