Licenciement des fonctionnaires de l’IER: pourquoi l’Etat doit calmer la tension

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Face au licenciement des fonctionnaires de l’Institut d’économie rurale (IER), dont il juge abusif et caractériel, le syndicat des travailleurs, qui ne démord pas, entend monter au créneau. Il dénonce l’attitude de Mme le ministre, accusé de ne pas réagir face aux doléances des travailleurs. Pourra-t-on désamorcer la crise à l’IER ?

Dans la correspondance, en date du mois de juin dernier, qu’il a adressée à Mme le ministre du Travail et de la fonction publique, le bureau exécutif du Syndicat national de la production, section IER, s’est dit surpris des décisions, courant avril 2016, relatives au « licenciement de leur emploi de fonctionnaires pour non renouvellement de disponibilité ou expiration de la durée légale de la position de détachement ». Un état de fait d’autant plus insolite, pour le syndicat des travailleurs, qu’il touche notamment 38 agents de l’IER, sur la situation desquels, et pour d’autres également ciblés, on aurait évité pareille confusion si le département de tutelle avait pris le soin d’examiner correctement les requêtes formulées, depuis 2010, par la direction générale de l’IER.
En fait, la situation, pour le moins, «dégradante et démoralisante» des fonctionnaires licenciés, comme s’en plaint le syndicat, est tout simplement liée à un manque de réaction des autorités de tutelles. Et pour cause ? Plusieurs lettres et démarches de l’IER, en vue de la régularisation de la situation administrative de ses agents, sont restées sans suite. Il en est de la Lettre du 18 mai 2010 du directeur général de l’IER, adressée au directeur national de la Fonction publique et du personnel pour solliciter le rappel en activité de son personnel d’appui détaché. C’est aussi le cas de la Lettre du 18 Mai 2010 de la direction générale de l’IER adressée au directeur des ressources humaines du ministère de l’Enseignement supérieur pour le rappel en activité de son personnel chercheur en fin de détachement à l’IER. Et puis, il y a eu des requêtes portant sur l’envoi des demandes individuelles de rappel en activité du personnel d’appui, en fin de détachement à l’IER, adressées au directeur national de la Fonction publique et du personnel et également d’autres démarches similaires, en mai 2010, concernant les demandes individuelles de rappel en activité du personnel chercheur à l’IER.
Il est donc clair, pour le syndicat des travailleurs, la situation des fonctionnaires licenciés de l’IER ne devait nullement être altérée à ce point jusqu’à les pousser au bord du « stress psychologique et la détresse morale dont ils sont aujourd’hui victimes », dénonce sans ambages le syndicat dans la correspondance qu’il a transmise au ministère de tutelle.
Pointant spécifiquement le doigt sur le cas du licenciement du sieur Kaya Bocary Demba, une situation qu’il juge incompréhensible, le syndicat des travailleurs met en cause le licenciement des agents détachés de l’IER, en date du mois d’avril 2016, six ans après le dépôt de leurs demandes individuelles de rappel, en activité.
Pour le cas du nommé Kaya Bocary Demba, il est indiqué que son détachement devait prendre fin le 01/09/2011, mais qu’il avait bénéficié du renouvellement, à compter du 1/9/2011 au 5 Avril 2016, suivant l’arrêté N°2012 1571/MFPGRAP-DNFPP-D2.3. Malgré, un arrêté du ministre du Travail et la fonction publique, en date du 5 avril 2016, le licencie pour non renouvellement de détachement. On voit bien qu’il y a là manifestement anguille sous roche, en ce sens que, pour ce cas d’espèce, le renouvellement de détachement devait prendre le 1/9/2016, donc anticipé de cinq mois.
C’est pour toutes ces raisons, et pour d’autres bien plus sensibles liées à la posture « chercheur » des travailleurs licenciés de l’IER, que le syndicat entend monter au créneau pour protester contre ces mesures de licenciement qui, visiblement, sont de nature à saper le moral des chercheurs en un moment où le discours officiel vise plutôt à valoriser le secteur de la recherche scientifique, indépendamment des compétences. En fait, à l’IER, on explique la situation particulière des chercheurs, lesquels ont déjà réalisé de grandes prouesses scientifiques en la matière, par un accord avec la Banque mondiale qui, en son temps, avait montré son intérêt à appuyer la recherche dans le domaine agricole. Pourtant, il y avait une contrainte, celle du statut des chercheurs de l’IER, qui empêchait l’institution financière internationale à mieux assumer sa charge financière au profit de la recherche agricole, telle qu’elle avait été initiée, à l’époque des faits. C’est alors qu’il sera question de revoir le statut administratif des chercheurs en détachement pour mieux leur permettre de bénéficier du soutien de la Banque mondiale.
Aujourd’hui, à en croire le syndicat des travailleurs, si on doit licencier sans ménagement tous les fonctionnaires de l’IER en détachement, au plan interne, et même en dehors du pays, au niveau des institutions internationales, il est clair qu’on étranglera la recherche scientifique dans le domaine agricole. Ce qui n’est pas bien sûr la volonté de Mme le ministre du Travail et la fonction publique…

PAR Sékouba Samaké

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