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mercredi 16 août 2017
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Lutte contre ébola à la frontalière Guinéenne: le ministre Camara connait-il le Mali ?

Il faut en douter fort. Et pour cause, selon l’officieux Porte-parole du gouvernement, Mahamadou CAMARA, ministre de la communication, cité par l’Agence France presse, (AFP), «Le Mali, qui a choisi de ne pas fermer sa frontière, a toutefois décidé, jeudi dernier, de regrouper toutes les entrées de Guinée par voie terrestre en un seul point de passage, où les contrôles sanitaires seront renforcés en cas d’arrivée de malades d’Ebola en provenance de la Guinée voisine».

Mais cette affirmation découle-t-elle de la méconnaissance du pays par ce ministre ou de sa volonté délibérée d’insulter la conscience collective des Maliens ?

Sinon, pour qui connaît minime, soit-elle, la réalité de ce qui est de la frontière entre le Mali et la Guinée, ne saurait parler de regrouper toutes les entrées en un seul point de passage. Pour preuve, nous mettons au défi, le ministre CAMARA, de nous donner le nombre, pas exact, mais approximatif, de points de passage entre le Mali et la Guinée.

En tout cas, le chef du poste des Douanes de Kouremalé, M.DIABY, la main sur le cœur, estime à: «plus d’un million de points de passage entre les deux Kouremalé».

Cette révélation nous a été faite, dimanche dernier, à la faveur de la visite du Premier ministre, Moussa MARA, à Kouremalé,

Aussi, a-t-il précisé qu’il leur est impossible de pouvoir contrôler tous ces points de passage. C’est pourquoi, en accord avec les autorités locales, ils ont pu mobiliser les jeunes pour les aider à sensibiliser les populations, de part et d’autres de la frontière,  intercepter les conducteurs des motos-taxis qui transportent les malades de la Guinée vers le Mali.

Ce que le ministre CAMARA ignore certainement, le Mali, à partir des régions de Koulikoro (Kangaba) et Kayes (Kenièba) partage plus de 8 000 km de frontière avec la Guinée.

Dans ces conditions, si ce n’est par méconnaissance, comment peut-on envisager de regrouper toutes les entrées de Guinée par voie terrestre en un seul point de passage.

Et pourtant, il le sait, et l’a même dit, la frontière entre le Mali et la Guinée est très poreuse. A notre avis, elle n’existe que virtuellement. Pour preuve, peut-on parler de frontière à un homme qui a deux épouses, une au Mali et l’autre en Guinée, qu’il peut voir pratiquement toutes les cinq minutes ? Existe-t-il de frontière pour les élèves ou les populations des deux pays qui fréquentent les mêmes écoles, marchés et foires, et où des Guinéens passent la frontière pour se rendre dans les zones d’orpaillage, sises au Mali, le jour ; et regagnent, la nuit, leur domicile, en Guinée.

En parlant de contrôle plus rigoureux au niveau de l’unique point de passage identifié,  le ministre CAMARA se mêle d’un problème dont il ignore tous les contours, selon de nombreux observateurs. Car, le Premier ministre, lors de sa visite du dimanche, a certes enregistré des avancées dans les dispositifs de ripostes, mais également des faiblesses: les agents de santé ne sont pas motivés, ils sont sous-équipés, et sous-formés (cause de leur psychose); certains passagers guinéens contournent les barrières s’ils n’ont pas d’argent (1 000 FCFA) à donner aux agents de sécurité aux postes de police. Avec ces pratiques, peut-on parler de contrôle rigoureux ?

Alors, à notre humble avis, les raisons qui pourraient justifier la non fermeture de la frontière entre le Mali et la Guinée seraient d’ordre stratégique et économique.

Par exemple, si le Mali avait décidé de fermer ses frontières avec la Guinée (pays d’où est partie la maladie à virus d’Ebola, en Afrique de l’ouest) avant la détection du virus sur son territoire, aujourd’hui qu’il est confirmé, le Mali allait-il pouvoir empêcher ses 6 autres pays frontaliers, à savoir: Niger, Côte d’ivoire, Sénégal, Algérie, Mauritanie et le Burkina Faso de ne pas fermer ces frontières après la confirmation de la maladie chez lui ?

Pis, comment un pays aussi continental, comme le nôtre pourra vivre s’il est coupé de tout accès à la mer ?

Il convient de savoir qu’à la date du mardi 25, novembre 2014, la situation de la lutte contre la maladie à virus Ebola était de 7 cas positifs: (6 liés au patient guinéen et la fillette de Kayes); 5 décès dont 4 liés au patient guinéen ; 2 cas confirmés sont en traitement dans un centre spécialisé; 0 nouveau cas confirmé ce jour.

Par ailleurs, note le communique officiel du gouvernement, le nombre de personnes-contacts comptabilisé par les services de santé, et mis sous surveillance, est de 288. L’augmentation du nombre de personnes-contacts est liée au nouveau cas confirmé, lundi dernier. Le gouvernement appelle les populations à la vigilance, et à ne surtout pas relâcher, en matière de précautions et d’hygiène. Il rappelle à la nécessité d’une très forte mobilisation générale de l’ensemble des populations, dans toutes les régions, pour prévenir la maladie, en véhiculant les messages de sensibilisation.

Par Sékou CAMARA

 




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