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samedi 22 juillet 2017
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Lutte contre le trafic de drogues au Mali: les révélations troublantes du patron de l’OCS

Le directeur de l’Office central des stupéfiants(OCS), le magistrat lieutenant-colonel, Adama TOUNKARA, au cours d’un point de presse qu’il a animé, mercredi dernier, a insisté sur la nécessité d’une meilleure coopération entre les services techniques, au niveau national, et la collaboration entre ses services et les populations dans la traque des trafiquants. De même, il a profité pour faire des révélations troublantes sur l’un de ses anciens collaborateurs, récemment nommé à la tête de la brigade des stupéfiants de la police.

C’est au cours de la rencontre mensuelle que le département en charge de la sécurité a initiée, dans le cadre de sa collaboration avec la presse, que le directeur de l’OCS, le magistrat lieutenant-colonel, Adama TOUNKARA, le mercredi dernier, a fait des révélations troublantes dans le cadre de la lutte contre les stupéfiants dans le pays.
Selon lui, l’actuel commandant de la brigade des stupéfiants, le commissaire Mamoutou TOGOLA, avant de recevoir sa nouvelle affectation, avait été renvoyé de ses services pour flagrant délit de complicité avec un trafiquant de drogue.
«Je suis un peu gêné par rapport à cette question-là. Parce que ce comme vous dite -bien, normalement, cela ne devrait pas arriver», a-t-il dénoncé.
La brigade des stupéfiants, a-t-il fait savoir, relève de la direction générale de la police. Et cette direction de la police ainsi bien que l’OCS qu’il dirige relève du même département, à savoir, le MSPC.
«A l’époque, lorsque j’ai eu connaissance des faits qui lui étaient reprochés, j’ai fait un rapport dans ce sens-là. Et, j’ai eu des échanges avec la direction générale de la police. Lorsque j’ai appris qu’il a été nommée, j’ai appelé pour les dire qu’il se passe quelques chose qui n’est pas normale : nous qui sommes la structure spécialisée, nous ne pouvons pas dire que cet élément n’a plus la qualité, l’intégrité pour servir au sein de notre structure et qu’on aille le nommer à la tête d’une structure comme la brigade des stupéfiants qui s’occupe de lutte contre les stupéfiants. Ça cause problème», a-t-il renchérit.
Pour M. TOUNKARA, on ne peut pas s’engager dans cette lutte si on n’a pas de qualités avérées d’autant que le principal enjeu dans le trafic de drogue, c’est l’argent.
«Lorsque vous avez des agents qui se laissent facilement tenter, vous avez du mal à atteindre vos objectifs. Et moi, en tant que directeur de l’OCS, j’ai dit là-dessus, ça sera tolérance zéro sur cette question», a-t-il asséné.
Selon lui, ce n’est pas le premier cas en la matière. Et pour cause ? Le cas du chef d’antenne de l’aéroport, le capitaine Moussa H. TOURE. «Pour ce cas également, nous avons nos responsabilités et nous continuerons à prendre nos responsabilités», s’est-il insurgé.
«Chaque fois qu’un agent de l’OCS se compromettrait avec des trafiquants, soyez-en sûr, nous prendrons nos responsabilités», a-t-il prévenu.
Selon lui, le principal défi en matière de lutte contre le trafic de drogue au Mali, c’est la collaboration et la coopération. Pour le conférencier, les trafiquants sont mieux organisés que les services de répression.
A ce propos, il a déploré le faible niveau de coopération entre les services spécialisés de l’Etat entre eux.
«Comment pouvez-vous comprendre que nous, services de l’Etat, nous ne pouvons pas partager les informations et mener ensemble des actions qui puissent avoir plus de résultats», s’est-il interrogé avant de faire savoir que ses services ont de bonnes relations avec certaines structures de l’Etat, notamment la douane.
L’arbre ne doit pas cependant cacher la forêt : il y a beaucoup d’équivoque en cette matière, car certaines structures, en matière de collaboration, continuent à faire de la réticence. Sans pourtant les dévoiler, le directeur de l’OCS se demande à quelle fin ces services incriminés refusent de partager l’information.
Dès lors que le trafic de drogue est un phénomène mondial, il est donc stratégique, pour combattre ces réseaux, de partager, au niveau national, les informations, tout en épargnant aux uns et autres leurs domaines de compétences respectives.
Chaque fois qu’il s’agit de trafic international, a-t-il fait, l’OCS a un privilège de compétences en raison des relations de coopération avec les structures similaires au plan régional et international.
«Il faut que les autres services acceptent qu’il y ait une coordination, sinon, nous partirons en rang dispersé et ça ne sera que du pain béni pour les trafiquants», a-t-il avertit.
A en croire le patron de l’OCS, ce service spécialisé, de 2016 à nos jours, a effectué des saisies de drogues ; démantelé des réseaux de trafic de drogue ; organisé des activités de sensibilisation et posé des actions pour une meilleure coordination de la lutte. A titre illustratif : au cours de l’année écoulée, un record de saisie a été opéré pour les cannabis avec près de 2,700 kg; plus de 5kg de cocaïne et 3 tonnes de psychotropes composées de tramadol, de rivotril et d’autres médicaments contrefaits etc.…
Suite à ces saisies, 175 personnes dont 20 de nationalités étrangères ont été interpellées et mises à la disposition de la justice.

Par Abdoulaye OUATTARA




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