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jeudi 21 novembre 2019
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Majorité présidentielle: le temps de la défiance

La sortie fracassante du tonitruant député élu à Doïla, Mahamadou DIARRASSOUBA, lors de l’interpellation du Gouvernement, mercredi dernier, ne laisse aucun doute quant au projet séditieux des faucons du RPM dont l’objectif affiché est le renversement du Gouvernement SBM. Pourquoi ce réveil brutal du RPM? Pourquoi défier le Président fondateur du RPM ? Décryptage.

Pour le Rassemblement pour le Mali, il est plus que jamais urgent de reprendre la main, si tant est qu’il ne l’ait jamais eue. Il a ses arguments qui sont débités en fonction des circonstances et des postures. Ainsi, pour l’honorable Mamadou DIARRASSOUBA : « (…) ce gouvernement, dans sa taille et dans sa compétence, ne peut pas nous amener dans les réformes (…) ».

Le Président du RPM, Bocari TRETA, lui, lors de l’ouverture des Assises du Comité Central du Parti, le samedi dernier, soulève un autre grief : « il (NDLR : le RPM) mesure également avec toute responsabilité le sentiment général des militants à tous les niveaux qui perçoivent le RPM comme étant un parti politique virtuellement au pouvoir, mais incapable de traduire sa force politique en acte concret d’exercice du pouvoir ». Cette récrimination n’est pas nouvelle : le RPM a toujours pointé du doigt sa faible implication dans la gestion des affaires publique, tout Parti présidentiel qu’il est et majoritaire à l’Assemblée nationale. Dr TRETA use certainement de la langue de bois, mais c’est un secret de polichinelle que cette faible implication qui est ressentie à tous les niveaux concerne les cadres qui ne se privent pas de le dénoncer au détour des conversations.

Le mérite usurpé

La subtilité du RPM se passe de commentaire. Il fonde son argumentation autant sur une préoccupation nationale, à savoir la bonne conduite du chantier des réformes en cours, que sur les préoccupations des militants à tous les niveaux. Un subterfuge de haut vol qui pourrait avoir le mérite de légitimer les récriminations et les revendications du Parti présidentiel.

Ainsi, le RPM est tout à l’aise de revendiquer des strapontins politiques.

Pourtant, de mémoire de Malien, la seule initiative pour laquelle le Président IBK a publiquement félicité ses camarades du RPM, au sein de la Majorité présidentielle (abstraction faite de sa réélection qui a donné lieu à une crise post-électorale), a été les concertations tous azimuts avec les acteurs politiques de tout bord. À ce sujet le Président IBK déclarait, en recevant sa Majorité, à Koulouba, le samedi 16 février 2019 : « chacun de nous sait ce qu’il doit à ce pays. Chacun de nous devrait, en toute humilité, savoir qu’isolément nous ne sommes rien. Mais ensemble, nous sommes tout, et nous sommes l’objet d’admiration du monde, singulièrement de l’Afrique et de nos frères africains qui nous pensent tellement forts, tellement soudés, tellement cohérents, produit d’une histoire fabuleuse qui n‘a pas été celle de tout le monde. (…) C’est que vous (NDLR : l’Alliance Ensemble Pour le Mali) avez compris en vous dépensant sans compter pour rapprocher les lignes, pour aller à l’autre, pour aller au frère qui n’a pu demeurer insensible à cela ».

Cette reconnaissance présidentielle n’occulte pour autant en rien son jugement sans appel quant à l’engagement de sa Majorité (le RPM en tête) pour la mise en œuvre de son Projet présidentiel.

Au cours d’une conférence des cadres, à Sikasso, il a laissé éclater sa colère : « je ne vous sens pas dans le débat politique. Vous êtes frileux face à une opposition tonitruante. (…) Vous m’avez déçu, car vous travaillez pour vous-mêmes et non pour le Mali. J’ai toujours honoré mes engagements politiques, pourquoi vous ne me suivez pas ? Vous avez toujours un handicap dans la mise en œuvre de mon projet présidentiel. (…) L’heure n’est plus aux scories politiciennes. (…) Ensemble, nous devons travailler à bâtir un Mali fort ».

Du reste, l’initiative qui s’était emballée, saluée par tous, y compris de la MINUSMA, n’a pas tardé à se gripper quand il a fallu sortir des salamalecs et prouver qu’il s’agit réellement de ‘’l’intérêt supérieur du Mali’’. Les patriotes se sont fondus dans la nature.

La boulimie du pouvoir

Il faut également souligner que la rébellion du RPM contre le Premier ministre n’en est pas moins qu’une défiance à l’égard du Président fondateur du Parti, Ibrahim Boubacar KEITA. En effet, en recevant sa Majorité, à Koulouba, le samedi 16 février 2019, il lui avait enjoint d’apporter un soutien sans faille au Gouvernement : « nous n’avons pas la science infuse. Le gouvernement tout seul ne peut rien. Le chef du gouvernement ne peut rien si vous ne l’accompagnez pas, s’il n‘est pas accompagné par l’ensemble des fils et filles de ce pays-à vers le progrès qu’attend le peuple malien ».

Cependant, moins de deux mois après cette requête, un des députés les plus en vue du Parti présidentiel, sans ménagement, met à prix la tête du Gouvernement, en fait, celle du Chef du Gouvernement.

De prime abord, il y a une crise de confiance entre le PM et des députés de la Majorité présidentielle.

Mais, au-delà des apparences, il y a une dynamique implacable : renverser le Gouvernement.

Dans cette dynamique, les arguments développés trahissent les motivations réelles des séditieux, parce que derrière le prétexte très noble de l’incapacité du Gouvernement actuel à conduire les réformes, se cache une boulimie du pouvoir.

Le topo est finalement simple: on ne nous donne pas notre dû, nous le prenons par les moyens nécessaires. C’est là qu’apparaît la supercherie.

In fine, le combat en cours ne porte pas sur le renouveau démocratique du Mali, mais sur la satisfaction d’intérêts personnels.

Après tout, après une si longue traversée du désert, après avoir repris au goût aux délices du pouvoir avec sa griserie, il est difficile d’envisager de se laisser coiffer au poteau par ceux qu’on considère comme les ouvriers de la 25e heure.

PAR BERTIN DAKOUO

 




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