Mali: en attendant la vérité

Elu pour restaurer l’honneur du Mali dans des conditions qui le prédisposent à une gouvernance sereine malgré l’ampleur de la mission, IBK s’est engagé résolument dans la lutte contre la corruption sous toutes ses formes. Il est aujourd’hui placé à son corps défendant devant des affaires qui continuent à faire jaser dans les chaumières. En cause, certains de ses plus proches collaborateurs. Pourtant, ce qui pose problème, c’est moins l’opportunité d’engager les dépenses incriminées que les conditions dans lesquelles les exécutants ont effectué travail. Que faire et surtout que ne pas faire dans ces conditions? Pour comprendre la situation, certaines évidences doivent être relevées.

LES EVIDENCES :

LES PRIORITES DES UNS NE SONT PAS CELLES DES AUTRES

La première évidence est qu’IBK n’est pas arrivé au pouvoir avec une équipe type portant sa vision et son action. Est-ce parce les résultats du scrutin présidentiel étaient tels qu’aucun groupe en particulier ne pouvait revendiquer la paternité de sa victoire ? Devant l’ampleur de celle-ci, devrai-t-il pour autant se comporter comme le détenteur d’un chèque en blanc ? A terme, la situation n’est pas sans risque parce qu’on ne sent ni cohésion, ni vigueur au sein de la majorité présidentielle face à une opposition politique de plus en plus requinquée et une société civile de plus en plus dubitative. La  seconde évidence est que, de façon inquiétante le spleen est en train de gagner et la majorité politique et la société civile, morosité aggravée par les récentes affaires du Ministère de la Défense et des Anciens Combattants (MDAC), sans compter les nombreuses déclarations fortes du début de mandat qui tardent à produire des résultats. S’agit-il d’une simple faiblesse dans la communication présidentielle ou d’un véritable désamour ? Le temps nous situera. La troisième évidence qui confirme la première résulte du manque d’homogénéité au sein de l’attelage présidentiel. On n’y sent pas des partenaires formant un bloc autour d’un projet mais des promus venant d’horizons divers jouant des coudes pour se maintenir ou être aux premières loges, sous l’œil d’une population souvent désorientée. L’une des conséquences de cette situation est la fuite savamment orchestrée d’informations sensibles qui a fini par créer le climat délétère actuel. Autant les différents gouvernements précédents, notamment ceux d’Alpha Oumar Konaré ployaient sous la présence incontestable de l’ADEMA, puis ceux d’ATT sous celle du Mouvement Citoyen, autant on a du mal à tracer correctement les gouvernements IBK malgré l’existence de la majorité présidentielle au sein de laquelle l’union a fini par devenir un combat, tant les préoccupations des uns sont éloignées de celles des autres. Une reprise en main rapide est indispensable.

QUE FAIRE ET SURTOUT QUE NE PAS FAIRE ?

On ne sent ni l’empreinte, ni l’emprise d’IBK sur les partis de la majorité présidentielle qui sont pourtant la première force politique sur laquelle il est censé s’appuyer. C’est une préoccupation qui demande un traitement diligent afin de fournir aux partenaires dans la majorité une perspective et aider aussi à clarifier le jeu politique dans son ensemble. Entre une équipe composée de bons solistes et une équipe moyenne formée de joueurs complémentaires, la victoire ne tarde jamais à choisir son camp, la complémentarité étant la clé du succès. L’action gouvernementale étant un tout, des solistes offrent peu de protection au chef, contrairement à une équipe solidaire qui représente un bouclier plus sûr. Cependant, la complémentarité se forge au fil du temps dans le travail sous la houlette du leader attentionné et méthodique. Du reste, pour justifier sa démission, Oumar Tatam Ly ne dénonçait-il pas déjà des dysfonctionnements dont on peut aujourd’hui prendre toute la mesure si l’on considère  qu’ils sont en partie liés aux contrats du MDAC ?  Ce dossier doit être traité avec le plus grand sérieux car les récents rapports d’audit de la Cour Suprême et du VEGAL ne sont en rien comparables à une attaque de l’opposition politique ou à une rumeur fantaisiste. Ce sont des documents émanant d’institutions respectables à tout point de vue. Il faut surtout saluer et encourager l’attitude du président de la république qui a innové en se gardant d’interférer dans le travail des structures de contrôle des finances publiques, mais cela ne saurait être présenté comme une fin en soi. Aller jusqu’au bout de la logique en laissant la justice prendre le relai donnerait la latitude aux uns et aux autres de s’expliquer et d’aider à la manifestation de la vérité. Et il serait absurde comme certains l’ont tenté, de chercher à faire admettre que le travail du VEGAL n’est pas digne de foi. Attaquer ce rapport ailleurs que devant les tribunaux ne blanchirait personne. Lorsque le détenteur d’une charge publique se sent attaqué dans son honneur, il prend l’opinion à témoin avant de se décharger pour présenter sa défense. Cela est plus digne et plus conforme aux valeurs de la république. Tout le reste relève du superfétatoire.

Mahamadou CAMARA

camara_m2006@yahoo.fr

 

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