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jeudi 22 juin 2017
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Mali-FMI: Anton mérite-il la confiance de l’Etat ?

Le représentant actuel du FMI au Mali, Anton Op de Beke, joue sur un registre singulier et dangereux, celui de l’activisme surdimensionné en s’accoquinant  avec des acteurs de la société civile, dont il ne sait d’eux aucune crédibilité avérée, sauf à les prêter un semblant de légitimité d’action et d’audience dans le but de défier les institutions du pays. Ce qui est du reste un manquement grave au devoir de réserve pour lequel il est astreint dans l’exercice de sa mission

Anton OP de Beke, représentant du FMI au Mali, a beau déclarer qu’il est de sa mission d’expliquer la mission du FMI dans le pays d’accueil, mais il sait bien, et sans nuance, ce qu’il a fait, samedi dernier, à la Maison de la presse, à l’invitation de ces activistes chevronnés de la gouvernance publique, s’apparente ni plus ni moins à une violation flagrante de son statut, en tant que représentant résidentiel du FMI au Mali.

Il en est ainsi de l’acte de ce représentant d’autant qu’il a osé publiquement évoquer des dossiers, en l’occurrence l’achat de l’avion présidentiel et du contrat militaire, qui sont pendants devant la justice. Dès lors qu’un dossier est transmis à la justice, les règles de procédures judicaires, unanimes dans tous les pays, impose la stricte retenue publique, en la matière.

Le contraire, comme l’a fait, le weekend dernier, Anton, le représentant du FMI, devant un public réuni à cet effet, sous les couleurs d’un observatoire totalement partisan et qui n’a de cesse tenté de conditionner les esprits dans la salle, relève de la défiance pure et simple de l’institution judiciaire qui ne saurait être tolérée, nulle part dans ce monde moderne.

On a profité de cet homme, et de sa méconnaissance de la langue locale, pour arranger, en bambara, le public, en lui prêtant des propos qu’il a auparavant tenus en français, lors de son intervention, au sujet des  rapports d’audit du Végal et de la Cour suprême sur ces deux opérations, sur des supposés actes de détournement de fonds publics dont certains se seraient rendus coupables, dans le cadre de cette gestion publique.

A y regarder de près, on se rend compte que la présence du représentant du FMI à Bamako, qui n’a émis la moindre réserve pour étaler sur la place publique des dossiers hautement sensibles, qui relèvent désormais de la justice, a littéralement donné l’opportunité à ces activistes de la société de verser complètement dans les accusations gratuites et maladroites à l’encontre de gestionnaires publics. On le voit, ce qui a débuté, comme une séance d’explication de la mission du FMI, pour Anton OP de Beke, a tourné à un exercice de dénigrement nourri, sur fond d’insinuations malveillantes, qui a rapidement pris les allures d’une déviance en règle contre l’institution judiciaire. Anton, le représentant du FMI, contrairement à ce qu’il a dit, n’a pas parlé de la mission de l’institution financière internationale, au Mali, mais il a complètement versé dans un exercice fondé sur une rhétorique d’accusations et de commentaires liés à des actes de gestion publique. Non content de désigner des coupables de cette gestion qu’il a décriées, en se servant des interprétations extensives sur le rapport d’audit du Végal(il n’a presque pas évoqué le rapport de la Cour suprême), Anton OP de Beke a également tenté de mettre la pression sur les autorités du pays qui ont été appelées à se prononcer plus rapidement sur des sanctions à l’encontre des supposés coupables de ces mauvais faits de gestion, si le pays veut voir son dossier examiné en conseil d’administration du FMI, en décembre prochain.

Comment peut-on pointer du doigt sur des supposés coupables, concernant des dossiers transmis à la justice, pendant que celle-ci n’a pas encore vidé son verdict. Certes, la sanction n’est pas que judiciaire, elle est aussi administrative ou autre, mais, en tout lieu, et en toutes circonstances, en dehors de l’aspect judiciaire, elle émane du pouvoir discrétionnaire de l’autorité compétente qui n’agit que dans le sens de l’intérêt public.

La volonté de transparence du gouvernement, dans cette affaire d’achat de l’avion présidentiel et du contrat militaire, est nette, en ce sens que c’est lui-même qui a commandité ces rapports d’audits, et ne saurait être travestie par une quelconque opération machiavélique que ce soit, vivant l’activisme débridé de certains membres de la société civile à desseins inavoués.

Il est de bon de valoriser l’engagement citoyen, dans divers domaines de l’activité publique, mais en profiter, pour défier les institutions du pays, il y a un pari insensé que certains membres de la société civile n’hésitent pas à prendre. Le FMI, certes, est une institution crédible qui évolue au Mali, depuis belle lurette, avec des hauts et des bas, comme c’est le cas dans bon nombre de pays où il se trouve,  mais l’institution financière, pour le sens de la mission, ne doit pas constituer un tremplin pour des acteurs de la société civile en mal de publicité et de légitimité pour déstabiliser leur pays.

Comment peut-on ramener le défi de la gouvernance publique, dans un pays, en deux opérations effectuées par le gouvernement sur lesquelles on va et revient, comme si la vie publique se limitait à cela ? Le Mali n’est pas le seul pays dont les autorités ont agi dans l’urgence et dans la nécessité du contexte : il y a quelques années,  on s’en souvient, la grande Amérique du président Bush a été contrainte d’envahir l’Irak, pour combattre les terroristes, après le traumatisme du 11 septembre. Le prétexte à cette invasion, pour anéantir Saddam Hussein,  l’existence des armes de destruction massive. Si , dans le feu de l’action, le congrès américain avait ordonné un audit de cette affaire, on aurait pu déboucher sur pas mal d’inconvénients. D’autant que cette invasion militaire américaine a engendré, selon les spécialistes, plusieurs dizaines de millions de dollars. Et cela, au détriment du contribuable américain.

Comme quoi, au Mali, comme dans tous les pays du monde, la raison d’Etat commande, à tous les niveaux, un sens très élevé de la citoyenneté. Au lieu de la démesure et l’insolence sur des dossiers dont tout le monde, au-delà de la polémique stérile, s’accorde à dire d’eux qu’ils sont proprement teintés du sceau du secret-défense.

Par Mohamed D. DIAWARA

 




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