Search
samedi 17 avril 2021
  • :
  • :

Mali : l’ethnographie de la paix

Cinq ans après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, quelle évaluation faut-il faire du processus de paix ? Si officiellement on s’accorde volontiers à conjuguer au passé l’état de belligérance, toutes les hypothèques vers la paix de la paix sont-elles pourtant levées ? L’entrée dans le Gouvernement des mouvements signataires, notamment de l’ex-rébellion séparatiste consacre-t-elle la paix définitive dans notre pays ? Face aux pessimismes ambiants et aux voix sincères qui, de plus en plus, s’élèvent pour prôner plus d’appropriation, de partage et d’inclusivité, ne faudrait-il hâter le processus de relecture de l’Accord, sinon sa dénonciation pure et simple si tant est qu’il est en contradiction flagrante avec la Constitution et en total déphasage avec les attentes de toutes populations du Nord comme du Sud.

Pour faire le point des pérégrinations d’un Accord que très peu de Maliens ont lu et que très peu de Maliens partagent, notre confrère Africable a invité ce vendredi 26 février 2021 quatre (4) personnalités aux parcours et profils si différents, pour ne pas dire venant d’horizons, de localités et de communautés différents. Il y avait ce soir-là sur le plateau : Attaye Ag MOHAMED représentant de la CMA au Comité de suivi de l’Accord (CSA), Abdel Kader MAIGA, Président de Gao Lama, et président de la Coalition contre la partition du Mali (Igda Malitè Tila), Checkna BATHILY, Président du Mouvement 7 étoiles et Messaoud Ould BRAIKA, président de l’Assemblée nationale convergente des jeunes du Mali.

Dans la trame de la passion constante autour de cette question très épineuse de l’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger et sa mise en œuvre, le débat a tenu toutes ses promesses : la déchirure et la fracture entre les Maliens sur le sujet pour ne pas dire l’inconciliabilité de nos compatriotes suivant qui nous sommes et d’où nous venons. Il y a, et c’est clair, d’abord la fracture traditionnelle qui reste béante entre ‘’Nordistes’’ et ‘’Sudistes’’ qui alimente et renforce certains lobbys qui ne nous veulent pas que du bien dans leur immixtion intempestive dans cette question existentielle pour notre pays. Il faut bien reconnaître, hélas, que ‘’Nordistes’’ et ‘’Sudistes’’ ont longtemps vu les choses différemment, notamment les causes de la crise et surtout les solutions pour recoudre le tissu social. Les raisons maladroites avancées pour la priorisation du Nord dans les actions de développement étaient et sont encore ressenties comme une injure, une écharde dans la blessure, l’institutionnalisation d’une servitude (30% du budget), pour ne pas dire d’un assujettissement voire d’un esclavage déguisé du Sud à l’égard du Nord.
Au Nord, la stigmatisation systématique voire la suspicion outrageuse de rébellion ou de complicité de rébellion sinon de terrorisme est durement vécue par beaucoup de nos frères et sœurs qui n’ont sûrement pas de leçons de patriotisme à recevoir de quelqu’un du Sud.
Attaye Ag Mohamed a parfaitement raison quand il dit : «dans le subconscient de certains Maliens, pas la majorité et qui osent mêmes s’estimer être les seuls fameux «bons Maliens», dès que tu expliques la réalité et t’engages dans une perspective strictement politique du conflit; cette catégorie de citoyens vous traites de terroristes, narco-terroristes et semblables. Par contre et c’est le plus grand paradoxe, dès que tu évoques « la réalité du terrain qui commande», ils te diront plutôt que ce terrain est contrôlé par « les terroristes et autres» et non toi. Ils se permettent même sur un plateau télévisé de se glorifier du MUJAO et corollaire qui ont décapité et amputé des jeunes biens portants. Toute cette posture de leur part est essentiellement et profondément menée au nom de la haine, du déni, du mépris et simplement du populisme. »
La fausse opinion qui catalogue suivant la provenance doit, si on veut aller de l’avant, évoluer. Tout comme les accusations légères et fallacieuses d’intelligence avec l’ennemi ou de connivence avec une puissance étrangère voire la communauté internationale contre l’unité et l’indivisibilité du Mali. Bon sang, la planète entière ne peut rouler pour la France pour contre nous !
La politique du bouc émissaire a compliqué et continue de peser lourdement sur l’évolution du processus de paix. Que point de velléités de désintégration de notre Maliba n’ait jamais existé, personne n’est dupe pour le croire. Mais, cinq ans après la signature de l’Accord, il est temps d’oser regarder la vérité en face, d’oser dire la vérité des choses telles qu’elles existent et telles qu’elles sont vues et ressenties, et d’oser reconnaître les avancées s’il y en a et les indispensables recadrages.

Ce qui a fait le charme de ce débat, c’est d’avoir dit clairement et sans langue de bois et sans passion excessive que l’Accord ne reflète pas la réalité socio-économique, politique et culturelle du Mali, qu’il n’a jamais été soumis aux Maliens à travers leurs élus ni leurs légitimités traditionnelles, qu’il n’est pas conforme à la Constitution du Mali, qu’il ne devrait donc pas être signé… À travers le prisme d’un ‘’Nordiste’’, pardon d’un frère de la CMA, « ce serait trop réducteur que de résumer le processus de paix à un verbiage judirido-populiste ». Les critiques ne pouvant remplacer la réalité du terrain, point ce n’est une injure que de rappeler à ces piailleurs et pagailleurs de Bamako que «nulle part au monde tu n’as jamais vu un groupe armé, désarmé sans l’une des deux options, où tu le bats militairement ou vous vous retrouvez sur la table de négociation».
C’est là où est pointé sur le MNLA un gros doigt accusateur. En effet, c’est le MNLA qui ouvert les portes de l’enfer sur le Mali en fricotant avec les terroristes et les narcotrafiquants et jusque-là ça continue de plus belle avec la version MNLA renforcée CMA abritant le HCUA, un groupe reconnu terroriste et narcotrafiquant. Et c’est là où l’envolée lyrique du président MAIGA a été fortement applaudie quand il appelle le chat par son nom et quand il dit que le populisme réside à crier à la victime pendant qu’on est bourreau !

Jusqu’ici chacun voit à travers ses propres lunettes pour ne pas dire à travers le prisme de sa communauté, sinon en fonction des intérêts de celle-ci. Après cinq ans de tournement statique, d’accusations mutuelles, n’est-il pas venu le temps de s’écouter et de s’entendre dans l’intérêt de notre communauté de destin. Prenons le courage et le risque de sortir de nos communautés, de nos ethnies, de nos positions géographiques pour appréhender les réalités plurielles qui s’imposent à chacun d’entre nous. Prenons le pari de nous faire confiance, de se donner la main loin, de tourner le dos à nos clivages, en dehors de toute ethnographie du processus de paix pour prendre le temps de trouver ensemble la solution la mieux partagée par notre pays. Faisons l’effort de nous élever au-dessus de nos pancartes et de nos préjugés pour bâtir ensemble la paix, par nous-mêmes et pour nous-mêmes.

M. Attaye, pouvez-vous nous rappeler les grandes lignes de l’Accord ; le contexte dans lequel cet Accord a vu le jour, en mettant aussi l’accent sur les objectifs escomptés ?

Attaye Ag Mohamed: l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issue du processus d’Alger(APR) est un document public, il n’est pas caché, qui été signé en mai et juin 2015 à Bamako. Ce, dans un contexte particulier qu’il faut aussi peut-être rappeler, parce qu’on est venu de loin. Il s’agissait des parties diverses : d’un côté le Gouvernement du Mali, souvent un gouvernement de transition, souvent un gouvernement ordinaire. De l’autre côté, des mouvements politico-militaires s’identifiant à l’Azawad ou des régions du nord du Mali, qui ont eu, à un moment donné, des positions à défendre très difficiles.
Souvent, ce sont des questions de partition, des questions de toucher la loi fondamentale qu’est la Constitution.
A l’époque, on parlait de la Charia, on parlait de beaucoup d’aspects. Il a été signé dans un contexte où le climat était tendu, où il fallait ramener l’ordre constitutionnel, parce qu’il y avait eu un coup d’État.
Juste après, il y avait un président élu, après un Accord préliminaire de Ouagadougou en juin 2013. Un accord qui a permis d’ailleurs d’organiser ces élections.
Après il y a eu la situation de Kidal en mai 2014. Cette situation malheureuse qui a conduit encore à des choses où il y a eu beaucoup de violences, beaucoup de morts.
Et on est repartie à un nouveau processus qui s’appelait le processus d’Alger.
L’APR est un document politico-juridique, de 7 titres et 20 chapitres, 68 articles, et 3 documents annexes.
Il traite 4 dimensions : les questions politico-institutionnelles ; les questions de défense et de sécurité ; les questions de développement économique et socioculturel ; les questions de justice et de réconciliation.
Cet Accord vient dans un contexte où le Nord était le sujet de la plupart des choses. Vous allez voir que c’est le Nord.
Mais il y a un article, l’Article 4 : ‘’les dispositions de portée nationale arrêtées dans le présent Accord seront mises en œuvre prioritairement dans les régions du Nord du Mali, sans préjudice des mesures spécifiques convenues pour cette partie du pays. Ces dispositions sont applicables aux autres régions du pays’’.
Et aussi Article 51 : ‘’les Parties demandent à la classe politique ainsi qu’à la société civile, notamment les organisations de femmes et de jeunes, les médias, les communicateurs traditionnels et les autorités traditionnelles et religieuses, d’apporter leur plein concours à la réalisation des objectifs de l’Accord’’.
La communauté internationale n’est pas la garantie, elle assure un accompagnement.
Et enfin, ça s’appelle l’Accord pour la paix et la réconciliation, ce n’est pas un Accord de paix. C’est-à-dire que c’est dans sa mise en œuvre, dans sa pratique qu’on crée les conditions d’une paix durable pour tous les citoyens du pays.

M. BRAIKA, Monsieur Bathily disait tout à l’heure que nulle part, il n’est écrit dans l’Accord la partition du Mali. Est-ce que, ce que les Maliens craignent par rapport à cette partition du Mali est textuellement fondé. C’est-à-dire quand on lit l’Accord, ou c’est, peut-être, que les Maliens ont peur de voir une nouvelle organisation territoriale qu’on ne connaît pas encore ?

Messaoud Ould BRAIKA: Je vais faire un récapitulatif des différentes interventions qui ont été faites pour laisser d’abord de côté l’APR et voir les raisons pour lesquelles les Maliens craignent.
Les Maliens ne craignent pas de façon infondée. Dans l’intervention de mon grand frère Attaye, il a eu à revenir à deux reprises sur le mot l’Accord de paix n’est pas secret, il est public. Pourquoi dit-il qu’il n’est pas secret ?
Le grand-frère a expliqué que l’APR va aux avantages de deux régions, en plus de Kidal. Le Mali se résume-t-il à deux régions plus Kidal ?
Maintenant, venons au contenu de l’APR. Avant de venir au contenu, je voudrais d’abord souligner la forme et le contexte de signature de l’APR.
Avant la signature de l’APR de 2015 à Alger, le Mali a connu deux fois Alger.
D’abord, l’Accord de cessation de feu de 1991 qui a été suivi par le pacte national qui été signé à Bamako.
Ensuite, en 2006, l’Accord de Tamanrasset. L’Accord de 2015 à Alger est une troisième échéance que le Mali a vécue.
Les deux Accords précédant le cessez de feu et le Pacte national, ainsi que l’Accord de Paix de Tamanrasset de 2006, dans leurs formes et le contenu sont totalement différents de l’APR signé à Alger.
L’APR signé à Alger vaut une révision constitutionnelle, et ça renvoie à une problématique de politique et de droit.
Le droit statue sur les pouvoirs et les habilitations de la politique, pour que la politique s’arrête aux limites fixées par le droit. Et à la signature de l’APR en 2015, les personnes mandatées par le Mali doivent être des personnes qui jurent par la Constitution du Mali. Ce qui fait qu’ils n’ont pas le droit de signer quelque chose qui soit contradictoire avec la Constitution du Mali.

Et si vous essayez de voir l’APR dans son contenu, principalement aux dispositions du titre II relevant du TITRE II : QUESTIONS POLITIQUES ET INSTITUTIONNELLES, vous allez voir que l’APR parle d’une nouvelle forme d’administration des collectivités territoriales du Mali qui n’est pas stipulée dans la Constitution.
Pour être clair, c’est une forme de fédéralisme caché. D’où les mots secrets de Monsieur Attaye. Il dit qu’il n’aime pas le mot secret. L’APR n’est pas secret, mais il est ambigu pour les Maliens. Vous pensez que tous les Maliens sont dans l’erreur ? C’est une grave erreur. Les Maliens comprennent. Et ce que lui il a qualifié de mauvaise foi, moi je pense que c’est une réticence stratégique que les pouvoirs précédents ont eue. Au lieu de s’engager dans l’application de l’APR, il faut faire un retour sur les tables de négociation et adopter les résolutions du dialogue national inclusif et des concertations nationales organisées par le CNSP qui demandent la révision de l’APR.
Si vous essayez de voir, quand les gens tirent la sonnette d’alarme, pour dire que c’est la partition du pays, ils le disent sur le long terme. Il ne faut pas seulement se fier aux textes d’aujourd’hui, il faut imaginer l’application dans la durée. Imaginez par exemple, les pouvoirs qui sont donnés à la région, vous allez voir que nous sommes passés du système unitaire à un système fédéral sous-entendu. Les habilitations données à la région valent les habilitations et les compétences qui sont données à un État unitaire, tel que le Mali que nous connaissions actuellement.

Ils parlent par exemple au niveau des dispositions, du TITRE III : QUESTIONS DE DEFENSE ET DE SECURITE, en son Chapitre 7 : Principes directeurs, Article 17 : ‘’les questions de défense et de sécurité ci-après sont régies par les principes suivants : l’Unicité des forces armées et de sécurité du Mali, relevant organiquement et hiérarchiquement de l’État central’’.
Donc, si on dit l’État central, ça veut dire que nous sommes dans un État décentralisé. Donc, c’est un fédéralisme qui ne dit pas son nom que les Maliens craignent aujourd’hui. Et la plus grande crainte, c’est comment le Mali, avec ses moyens actuels qui a peiné à pouvoir gérer un Etat unitaire, va-t-il pouvoir cadrer un État fédéral.
Et le système universel direct dit qu’ils doivent élire le président de l’Assemblée régionale. C’est quelque chose qui fait craindre beaucoup de choses à l’avenir. Parce que, si nous partons aux élections, le conflit d’intérêts qui est connu aujourd’hui opposant la partie septentrionale et la partie sud du pays risque de se révéler sous une forme beaucoup plus dangereuse que la forme régionale que nous connaissons actuellement.
A prendre par exemple Taoudénit, Kidal, Ménaka ; imaginez une crise des élections à Kidal, comment les élections vont-elles se passer ?
Il faut reconnaître l’entité du Nord, les régions du nord dans leur composante éthique et démographique pour savoir quelle politique d’administration territoriale choisir…
Vous partez dans un système de suffrage universel à Kidal, vous allez directement dans une guerre civile. Parce que le tribalisme mine ces régions. Et ne pas reconnaître ces faits et vouloir s’entêter à appliquer les textes vont nous conduire à des conflits d’intérêts tribaux, à une crise gravissime que celle qui a conduit à la signature de l’APR.
Et je pense que c’est l’embryon des soucis que les Maliens se font par rapport à l’APR.

MAIGA, président de la coalition contre la partition du Mali, une coalition qui est née d’ailleurs en réaction contre certaines dispositions de l’APR. Alors, pourquoi pensez-vous que l’application de cet Accord nous conduit directement à la partition du pays ?

M. MAIGA: Je commence par m’incliner devant l’âme des disparus de ce conflit depuis 2012.
Je suis obligé de répondre d’abord à votre 1re question qui d’ailleurs le contexte dans lequel l’APR a été signé.
Je suis bien d’accord avec ce que Attaye a dit que de OUAGA jusqu’à la signature de l’Accord, les étapes les plus importantes, je lui concède cela.
Mais, il ne faut pas oublier un détail très important. C’est en 2011, lorsque les Français ont bombardé la Libye, sachant le danger que cela va allait représenter pour le Mali, pour le Sahel, pour l’Afrique, de façon générale. Et ce sont ces Français qui ont armé ces mouvements contre M. KADHAFI.
Et finalement, quand Kadhafi est mort, ils sont revenus au Mali avec armes et bagages. Et en plus, ce sont les médias français comme France24 et RFI qui faisaient leur propagande. C’est eux qui leur ont donné cette force. Et plus tard, ils ont embarqué avec eux tous les terroristes, tous ceux que se disent djihadistes ou islamistes à l’intérieur du Mali, saccager la principale ville du nord qui est Gao.
Ils ont arraché les matelas sur lesquels étaient couchés les malades à l’hôpital de Gao. N’eut été l’intervention du MUJAO qui les a chassés de Gao et du Nord tout entier, c’était fini pour le Nord.
Alors, c’est après ces contextes-là qu’on s’est retrouvé avec la signature de l’APR de 2015.

Vous pensez que la bonne foi des parties signataires de l’APR est quelque chose de garanti ?
L’APR a été signé, pour vous, l’Article 50 dit la bonne foi des parties ; mais l’APR a des problèmes aujourd’hui, c’est parce que dans l’esprit de l’Accord, et dans la lettre de l’APR. Il y a un sérieux problème.
Il faut le dire, l’APR n’a pas été rédigé par les Maliens, ni par le Gouvernement ni par les belligérants. Ça, c’est l’esprit.
L’APR dans sa lettre n’a pas été rédigé par ces deux parties également. L’APR a été rédigé par des complices à ces belligérants, notamment la France. En plus de cela, l’Algérie a fermé les yeux dessus et les États-Unis ont tout simplement entériné.
Que ça soit dans la lettre, que ça soit dans l’esprit, l’APR ne peut pas répondre aux aspirations des Maliens parce que ça ne vient pas des Maliens. Ça garantit les principes de laïcité, de démocratie, l’intégrité territoriale, mais je suis parfaitement d’accord avec ce que mon frère Messaoud vient de dire. Mais vous regardez le type de fédéralisme qu’ils veulent apporter, vous vous rendez compte qu’au finish, qu’on le veuille ou pas, des gens qui n’ont jamais cessé de dire que le Nord du Mali s’appelle Azawad, un mensonge grotesque, s’ils étaient de bonne foi, du moment où ils ont accepté de signer, la première des choses c’était de s’en tenir à l’appellation normale de ces régions. Pourquoi vouloir occulter la réalité historique, géographique, culturelle, sociopolitique de l’ensemble des régions du nord ?
Le Tombeau des Askias, la Cité des 333 Saints ont existé avant Kidal…
Alors, l’histoire de ces régions va-t-elle se diluer dans l’histoire d’une cuvette ?
Donc, ça veut dire déjà qu’à la signature, il n’y avait pas cette bonne foi.
Mais, l’APR a également un sérieux problème, il l’a dit, dans sa mise en application. Au niveau du chronogramme, tu te rends compte qu’il y a un problème majeur. Il y a un chevauchement entre les délais.
On dit qu’il faut un cantonnement 30 jours après la signature l’APR. Le préalable à ce cantonnement, ce sont les listes de ces combattants. C’est la première des choses que la CMA a refusé de fournir. La liste certifiée des combattants, ils n’ont pas voulu donner ça. Alors, où est la bonne foi dans ce cas ?
Quand on me dit qu’on peut réviser la Constitution facilement sur la base de la laïcité, c’est si déjà les principes étaient respectés. Mais les principes ne sont pas respectés, c’est à cause de votre action qu’aujourd’hui le Mali a perdu les 2/3 de son territoire. La Constitution dit effectivement à l’article 118 que tant qu’il est porté atteinte à l’intégrité territoriale on ne peut pas réviser la Constitution. Donc je suis désolé, c’est vous qui avez amené ce problème-là. Ça suffit pour qu’on ne révise pas la Constitution. Vous voulez réviser la Constitution pourquoi ? Pour qu’on amène le Sénat ? Mais on a le Haut conseil des collectivités. L’Accord n’a pas dit obligatoirement qu’il faut amener le Sénat. Pourquoi vous voulez réviser la Constitution ? Parce que vous avez demandé à ce qu’on mette les populations du Nord dans l’Accord. C’est ce que vous avez dit. Malheureusement, les populations du Nord, ce ne sont pas les sédentaires. Les populations du Nord, ce ne sont pas les nomades authentiques du Nord. Les populations du Nord c’est vous, uniquement vous.

Je prends le cas du CSA. Dans le CSA il n’y a que les trois parties qui sont dedans (Plateforme comme il a dit qu’il n’a jamais été mandaté par les sédentaires du Nord ni par le Mali). Aujourd’hui d’ailleurs cette plateforme se trouve divisée. Il y a une grande partie, à part le GATIA, le Groupe d’autodéfense Touareg Imgad et Alliés, dont les membres sont aujourd’hui les vrais Maliens qui se battent pour le Mali. Les autres, les narcotrafiquants qui sont cités dans les résolutions des Nations-Unies sont de votre côté. Ceux que les experts des Nations-Unies ont indexé comme étant des terroristes sont de votre côté. N’oubliez pas cela. Pour toutes ces raisons, vous ne pouvez pas nous demander aujourd’hui qu’avec cet Accord on fait du populisme, on fait ceci on fait cela. On va refuser l’Accord si vous demandez à ce que toutes les populations du Nord rentrent dedans. Pourquoi vous n’avez pas pensé à ça dans la composition du dernier organe qui a été créé ? La zone de développement du Nord, l’organe consultatif que vous avez fait, sur 26 personnes il n y a que 5 sédentaires. Vous avez mis les autorités intérimaires à Gao, sur 11 personnes il n’y a que 2 qui sont de Gao. Et ça vous appelez de l’inclusion ou bien de l’inclusivité?
Aujourd’hui même les femmes que vous avez mises dans le CSA au nom de l’inclusivité, ces femmes-là sont qui ? Ce sont vos sœurs, vos cousines. C’est qui d’autre ? Ce sont des gens que quelqu’un de la plateforme bien placé a appelé et les a mis dedans. Ils n’ont pas été décidés dans une assemblée générale au Nord du Mali pour être dedans.
Venons-en au découpage territorial. Le découpage territorial que vous clamez tant, pour lequel vous voulez qu’on modifie notre Constitution, vous avez vu la tentative. Vous étiez où, de bonne foi vous étiez où lorsqu’on dit d’augmenter la représentativité des populations du Nord dans les institutions, dans les services (…) ? Je vous en prie sincèrement réfléchissez, est-ce qu’il y a un endroit, un service au Mali où il n y a pas les gens du Nord ? C’est parce que vous pensez à vous. C’est pourquoi Kidal va se retrouver avec 8 cercles. Je suis certain que c’est une statistique erronée. En 2017, avec la crise, Kidal n’avait pas 85 000 habitants. Comment Kidal peut avoir 8 cercles alors que Tombouctou qui fait 800 000 habitants n’a pas 6 cercles ? Je vous en prie, où est la sincérité, où est la transparence ?
Vous parlez de la communauté internationale, venons maintenant à cette communauté internationale. Je vous le dis, la communauté internationale est complice de tout ce que vous êtes en train de faire. Je prends la première des choses, lorsque cette communauté internationale vous a vu tout récemment déclarer que vous avez une zone de défense dans le Gourma. Pourquoi la communauté internationale n’a pas dit un seul mot ? Pourquoi chaque année vous êtes en train de fêter l’indépendance de votre fameux Azawad à Kidal ? Pourquoi chaque année, quand vous le faites cette communauté internationale est là ? Moi je vais dire à M. BATHILY, je ne sais pas là où il est quand il parle de cette façon ; il faut appliquer et il faut que le Mali ait la paix. Est-ce qu’aujourd’hui quand on regarde la masse écrasante des Maliens qui se soucient de cet Accord-là ? Vous pensez que c’est parce qu’on n’aime pas les Accords ? Ou on n’aime pas nos frères Touareg ?

Je vais simplement dire une chose, vous savez leur mauvaise foi est criante. Ils savent manipuler l’opinion nationale et internationale. Mon Professeur d’informatique avec lequel j’ai créé ma première société s’appelle Ousmane Ag Dalla, c’est un Touareg. J’ai des nièces, ma petite sœur est mariée à un Arabe. Donc, arrêtez de raconter des bla-bla aux gens.
Le Centre carter a sorti dans son dernier rapport concernant l’Accord, que l’Accord est en retard principalement à cause du Mali et de la CMA qui refuse de déposer les armes lourdes qu’elle a en sa possession. Alors où est votre bonne foi ? Vous êtes aujourd’hui au nombre de combien dans le gouvernement ? Si la bonne foi dont vous parlez, la paix dont vous parlez, si réellement c’était votre ambition, le minimum que vous pouviez faire, c’était de demander pardon au peuple malien pour les 5 000 morts après la signature de l’Accord. Plus de 400 villages supprimés de la carte du Mali. C’est vous, parce que c’est vous qui avez commencé cette crise. Si vous n’aviez pas amené votre horde de terroristes au Mali, cela ne se serait pas passé. Et c’est vous qui avez mis le Mali dans cette situation…

Transcription libre
Info-Matin




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *