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dimanche 9 août 2020
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Malick Coulibaly: divagation et égarement

Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me Malick COULIBALY était la semaine dernière l’invité de notre confrère Sidiki KONATE sur l’ORTM1. Actualité oblige, le journaliste, dans son rôle, a évoqué avec le ministre de la Justice tous les sujets brûlants pour ne pas dire très sensibles comme la lutte contre la corruption et l’affaire dite de Amadou Haya SANOGO.

Pour une communication gouvernementale qui se voulait édifiante, ce fut une véritable catastrophe, en tout cas, un règlement de compte en direct. On a vu un  Garde des sceaux dans un one man show téléphoné tantôt se défouler sur son collègue Garde de la communication, tantôt se faire passer pour Rambo, tantôt mettre sur la place publique des choses qui auraient toutes les pertinences dans la raison la d’Etat. Sous d’autres cieux, le Ministre aurait donné sa démission en direct sur l’ORTM. Mais n’est pas Nicolas Hulot qui le veut.

Sur la stratégie de lutte contre la corruption

C’est un Malick COULIBALY, dans une imposture insupportable, sur la question de la lutte contre la corruption, veut d’emblée faire avaler aux Maliens que tout ce qui est en cours actuellement est le résultat de sa stratégie. En s’appropriant l’initiative et la stratégie de lutte contre la corruption (« quand nous avons commencé à dérouler notre stratégie (…)»), le ministre  COULIBALY est non seulement dans l’imposture, mais dans l’usurpation, pour ne pas dire dans la soustraction frauduleuse de la chose d’autrui.

De Modibo à Ibrahim Boubacar KEITA, chaque Président du Mali a inscrit la lutte contre la Corruption en objectif stratégique et prioritaire. Pour ce qui est de l’actuel Chef de l’Etat, de 2013 à nos jours, il fait de la lutte contre la corruption une constante, voire une prolixe de son programme et de son engagement envers les Maliens.

Après avoir décrété l’année 2014, année de lutte contre la corruption, organisé les assises de la lutte contre la corruption, remis au travail les trois (3) Pôles économiques et financiers de Bamako, Kayes et Mopti (le Président de la République, via le Gouvernement, a transmis systématiquement tous les rapports sans exception), adopté la loi n°2014-015 du 27 mai 2014 portant prévention et répression de l’enrichissement illicite, créé l’Office Central de Lutte contre l’Enrichissement Illicite (OCLEI)…, le Président IBK va-t-il être spolié par Malick des maigres résultats de la lutte implacable qu’il a promis d’engager pour restaurer l’État de probité et de redevabilité ?

Malick COULIBALY n’est ni le maître d’œuvre, encore moins le maitre d’ouvrage. De stratégie, il n’en a point. Il a juste été appelé à la tâche à un moment où tous les mécanismes avaient été mis en place pour que la lutte soit organisée sur la base d’un principe clair, la ‘’Tolérance zéro’’. La stratégie qu’il évoque dans son interview s’articule autour des dix mesures clairement édictées dans le Programme présidentiel « Notre grand Mali avance ».

Contrairement à ce que Malick COULIBALY, dans son populisme et dans sa récupération politicienne, veut faire croire, la lutte contre la corruption et la délinquance financière en vue de l’amélioration de la gouvernance a été, est et reste non seulement un engagement pris envers le peuple malien, mais une priorité constante pour le Président IBK.

Son amplification récente n’est que la traduction concrète la promesse et de la volonté politique du chef de l’État d’enrayer le fléau et d’en finir avec l’impunité conformément à son programme.

Sur le dossier des avions et de l’équipement militaire

Le Garde des sceaux, chef hiérarchique du Ministère public, partie au procès, est dans son rôle. Nul ne peut lui reprocher la violation du secret de l’instruction qui est devenue du reste au Mali secret de polichinelle qui se balade sur tous les réseaux sociaux. Alors point de transparence à demi-mot. Malick COULIBALY aurait dû avoir le courage de dire que des hauts gradés ont été cuisinés, que certains sont passés à table, que dans les jours à venir « un gros poisson » sera chopé ! Donc, point de devinette, là où il ne peut y avoir.

Pour ce qui est de l’affaire de  l’avion présidentiel et des équipements de l’Armée qui avait été classée sans suite, le ministre de la Justice qui se gargarise d’être respectueux de l’indépendance de la Justice, a omis d’édifier les Maliens sur les mécanismes juridiques et judiciaires qu’il compte utiliser pour faire passer à la moulinette la décision du Pôle économique et financier de Bamako en date du 18 avril 2017 qui classe sans suite cette affaire.

Sur l’affaire Amadou Haya SANOGO

Elle est visiblement un cas de conscience et/ou une opportunité de règlement de compte pour le ministre de la Justice. Malick COULIBALY qui a été ministre de la Justice, garde des sceaux dans le gouvernement de la junte de Kati (et commet !) veut apparemment déchirer les pages de l’histoire, en finir avec certains de ses collègues du CNRDRE. Les préoccupations « droit de l’hommistes » sont une parade où les desseins ont du mal à s’afficher au grand jour. Sinon, comment expliquer son empressement à vouloir tenir coûte que coûte une cour martiale, pardon un procès criminel intenté à des militaires dont certains sur le théâtre d’opération en pleine guerre ? Sinon, comment un ministre de la Justice, conscient de la gravité de la situation opérationnelle qui voit un ministre de la Défense à la tête des hommes aller à l’abordage de l’ennemi peut-il laisser le Parquet le convoquer pour comparaître dans un procès criminel comme complice !

Ce n’est pas un scoop que de dire que le Général Ibrahima Dahirou DEMBELE a démissionné. Quelle alternative la Justice, sous Malick COULIBALY, a-t-elle laissé à cet officier d’honneur et de dignité, « soldat valeureux et républicain » si ce n’est un jet d’éponge en pleine guerre avec tout le déshonneur pour un officier de son rang ?

Dans un pays où les ‘’(…) membres du Gouvernement en fonction, ne peuvent comparaître (même) comme témoins qu’après autorisation du Conseil des ministres, sur le rapport du ministre de la Justice’’ (article 604 du Code de la procédure pénale), le ministre Malick COULIBALY peut difficilement alléguer la bonne foi et surtout tenter de distraire l’opinion avertie sur la sacro-sainte solidarité gouvernementale. En laissant le Parquet enrôler l’affaire dite Amadou Haya SANOGO et convoquer le ministre de la Défense, comme un vulgaire malfrat, l’intention était claire. Il s’agissait de l’humilier, de le jeter en pâture et porter atteinte au moral et à la cohésion des troupes.

Sur la sortie de Yaya SANGARE

Quel Gouvernement avons-nous ? Des gens appelés de n’importe où, sans aucune cohésion et sans aucune coordination et qui se tirent dans les pattes pour ne pas dire dans le dos tous les jours ? Est-il du rôle du ministre de la Justice de crucifier et jeter son collègue de la Communication à clameur et à la vindicte populaire ? Pour la gouverne du Garde des sceaux, les journalistes maliens dans leur quête d’info savent faire usage de Mathieu 7-7, ils savent à quelle porte taper et à qui demander. En vertu de la séparation des pouvoirs, ils savent que ce n’est pas au ministre de la Communication qu’il faut demander si un procès se tiendra ou pas. Donc, l’affirmation selon laquelle le ministre Yaya SANGARE, pressé par des sollicitations, a twitté à titre personnel et n’engagerait pas le Gouvernement n’est pas opérante. Le Compte Twitter sur lequel l’information du report est donnée est bien signé Yaya SANGARE, Ministre de la Communication, Chargé des Relations avec les Institutions & Porte-Parole du Gouvernement de la République du Mali. Tout comme lui, Malick COULIBALY a parlé sur l’ORTM en tant que ministre de la Justice du Mali.

Le ministre Yaya SANGAGRE n’a jamais dit ou écrit que le Gouvernement avait reporté le procès. Mais au final, c’est le ministre de la Justice qui confirme bien que c’est le Gouvernement qui l’a fait en sollicitant le Parquet général qui est sous le contrôle du Garde des sceaux et « qui est tenu de prendre des réquisitions écrites conformes aux instructions qui lui sont données » (article 47 du Code de la procédure pénale).

Que veut Malick ?

Malick COULIBALY qui se délecte de faire passer son collègue comme un irresponsable ne dit pas autre chose que le tweet de Yaya SANGARE. Au contraire, en essayant dans cette affaire de couvrir ses divagations judiciaires et de se blanchir envers le Général Dahirou, il ouvre la boîte à pandore et fragilise l’institution judiciaire. Parce qu’il affirme in fine que c’est pour sauver le ministre de la Défense que le procès a été ajourné. ‘’Périssent les principes plutôt que périsse l’État ?’’ Le ministre respectueux des droits de l’homme a certainement raison : que ne ferait Paris pour les beaux yeux de la belle Helene ? Mais, comment cela va-t-il être ressenti par tous les autres gros poissons et notamment d’autres officiers de valeur et républicains qui se trouveraient dans la même situation que le Général Dahirou ? Et c’est ce grand juriste et champion des droits de l’homme qui nous s’offusque des immunités et des privilèges de juridiction ?

En attendant, puisque le ministre de la Communication, porte-parole du Gouvernement est désormais disqualifié pour porter la parole du Gouvernement, que devrait comprendre les Maliens par « nous sommes entrés dans un processus d’indemnisation » ? Au nom de ce même principe inventé selon lequel périssent les principes plutôt que l’État, Malick COULIBALY crédite-t-il les informations  sur les réseaux sociaux selon lesquelles l’État a négocié avec les victimes en vue de les indemniser ? Pourquoi s’arrêter en si bon chemin et ne pas tout déballer, puisque le ministre Yaya SANGARE, un professionnel de la communication, ne dit pas les choses comme cela se doit au goût de Malick ? Enfin, les Maliens prendront acte avec Malick COULIBALY que nous sommes dans un État déliquescent… Et dire qu’il veut quand même qu’on lui fasse confiance !

LA RÉDACTION




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