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mardi 20 avril 2021
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Manif contre les forces internationales à Kidal: le jeu trouble de la CMA

Manipulation des populations contre les forces étrangères pour « protester contre les arrestations arbitraires » dans ses rangs, fuite en avant, dans une perspective de se dérober de ses engagements, pris pour la mise en œuvre de l’Accord de paix ; voilà la nouvelle équation à laquelle font face des responsables de la CMA dont plusieurs indicent corroborent le fait qu’ils ne sont pas étrangers à cette nouvelle ébullition dans la ville, ayant fait au moins deux morts, parmi les manifestants. Décryptage !

Deux civils tués et de nombreux autres blessés. C’est le triste bilan provisoire de la manifestation contre les forces militaires étrangères, notamment celles de l’ONU et la force française Barkhane, qui a eu lieu, avant-hier, 18 avril 2016, à Kidal. Cette montée d’adrénaline, dans la cité rebelle en 8è région du pays, fait suite à l’arrestation de certains responsables, appartenant aux groupes armés de la CMA, par les soldats de l’opération Barkhane, lesquels sont soupçonnés d’être des trafiquants d’armes, pire d’être en collision avec les terroristes qui ont récemment posé des mines, ayant coûté la vie à trois militaires français, le 12 avril dernier, aux environs de Tessalit.
Très remontés contre « le mode opératoire et les interpellations faites par l’opération française Barkhane dans les zones de Boghassa, Abeibara et Aguelhoc (Kidal) » qui méritent, selon une publication sur le compte twitter du chargé des droits de l’Homme, au sein de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA), Attaye Ag Mohamed, « une attention de la part des Organisations internationales des Droits de L’Homme », les manifestants ont pris d’assaut l’aéroport de Kidal et vandalisé les installations de la MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), tout en brûlant les groupes électrogènes. En représailles, les soldats de la MINUSMA ont ouvert le feu de la sommation, faisant de nombreuses victimes.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Kidal, malgré la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale, est une zone de turbulence qui amorce difficilement sa pacification vers le giron national. Et Dieu seul sait s’ils sont nombreux ces pêcheurs en eaux troubles, nonobstant un appel immédiat au calme et à la retenue, qui ne veulent pas d’un retour à la paix dans cette partie du pays et qui le font d’ailleurs savoir de la pure des manières. De ce fait, ils usent de tous les stratagèmes et artifices pour que perdure cette situation de ni paix, ni guerre dans cette localité; histoire de pouvoir continuer à y exercer leur mainmise. Voilà pourquoi aucune provocation n’est de trop pour les enfants gâtés de Kidal en vue de mettre mal ce processus de paix qui a mobilisé tant d’énergies et de temps, impliquant tous les acteurs concernés, y compris ceux de la communauté internationale et pour lequel les populations attendent les retombées, depuis un bout de temps.
L’un des faits illustratifs de cette défiance de trop, aura été la célébration, émaillée de manifestations, au début de ce mois, du quatrième anniversaire de la fantomatique indépendance de l’Azawad, proclamée le 6 avril 2012, dans cette même ville de Kidal. Et ce, au moment même où les autorités du pays continuent à s’accrocher à l’accord de paix tout en mobilisant les fonds et les partenaires pour financer les projets prioritaires nécessaires au développement de ces régions.
C’est d’ailleurs, pour toutes ces raisons, et bien d’autres, que d’aucuns mettent en doute la bonne foi les caïds de certains des groupes armés, regroupés au sein de la Coordination des mouvements armés de Kidal, quand ils se disent disposer à engager un dialogue fructueux avec le gouvernement en vue d’une solution au problème du septentrion. D’autant plus que jusque-là, les faits et gestes laissent croire que ces groupes sont toujours dans leur logique sécessionniste.
Car, ne l’oublions pas, certains de ces groupuscules, plus particulièrement le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), qui constitue la colonne vertébrale de la CMA, sont allés trop loin dans leurs promesses d’indépendance, faites aux populations locales qu’il leur est aujourd’hui difficile de rétropédaler aussi facilement sans perdre la face.
Pourtant, ces indépendantistes sont bien obligés aujourd’hui de se rendre à l’évidence ; ce projet est chimérique et utopique à proportions égales, au regard du rapport de force militaire qui leur est largement défavorable, de la situation économique de plus en plus intenable dans leur fief et des pressions tous azimuts afin qu’ils acceptent l’idée d’un Mali « un et indivisible ». En clair, la question n’est plus de savoir si ces groupuscules séparatistes, à eux seuls, peuvent continuer à entretenir des velléités sécessionnistes, mais plutôt comment sortir de cet engrenage sans trop de casse. Les leaders de ces groupes armés sont bien conscients, en effet, que sans la solution endogène, ils se retrouveraient très vite entre le marteau de l’armée malienne, en appui des forces internationales, et l’enclume de leurs propres populations qui se sentiraient dupées et trahies.
Du reste, si le fameux forum de Kidal pour la paix et la réconciliation nationale a accouché d’une souris, c’est, du fait des bouffonneries des rebelles qui, champions dans la manipulation, ont tout orchestré pour que le gouvernement ne participe pas à ce rendez-vous, fort attendu, qu’il a d’ailleurs financé et censé parachever le processus.
En instiguant cette manifestation, pour dit-on protester contre les « arrestations arbitraires », c’est à se demander si certains commanditaires, tapis dans l’ombre, ne sont pas en intelligence avec les organisations terroristes qui sévissent dans le Nord, lesquelles ont annoncé officiellement de s’en prendre aux intérêts et aux ressortissants occidentaux. Sinon comment comprendre que des populations innocentes puissent se lever d’elles-mêmes et manifester pour exiger la libération de présumés trafiquants d’armes, de surcroit complices de djihadistes ? Pour autant que les personnes interpellées n’aient rien à se reprocher, pourquoi ne pas laisser les enquêtes suivre leur cours normal, quitte à être blanchies plus tard, pour ces personnes indexées, des accusations portées sur elles. Dans le cas contraire, toute autre action de protestation, comme celle qui a occasionné malheureusement la mort de deux manifestants, à Kidal, ce lundi 18 avril, ne fera que renforcer le sentiment de suspicion contre ces personnes arrêtées et leurs possibles commanditaires, tapis dans l’ombre, dans le but d’instrumentaliser les populations innocentes.

PAR MOHAMED D. DIAWARA




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