Manif des pros Ras Bath: les zones d’ombre

A l’appel lancé sur Facebook du très controversé activiste doublé de chroniqueur sur plusieurs radios de Bamako, Mohamed Youssouf BATHILY, plus connu sous le sobriquet de Ras Bath, interpellé lundi soir par les autorités judiciaires, plusieurs centaines de jeunes ont convergé de toute la ville.

Les manifestants se sont rassemblés hier mercredi matin devant le tribunal de la Commune IV où devait avoir lieu la première comparution de Ras Bath qui avait sollicité le soutien de ses fans, devant le Procureur.
Mal encadrée, la manifestation a très vite dégénéré en affrontement entre les partisans de l’animateur et les forces de l’ordre. S’en suivit une violente émeute au cours de laquelle des voitures ont été incendiées ; des barricades ont été dressées ; des pneus enflammés.
Pour ce qui est du bilan humain, après les folles rumeurs sur les réseaux sociaux, plusieurs sources s’accordent à dire que la manifestation violente d’hier s’est soldée par un mort et plusieurs blessés.
Au-delà des faits, la violente manifestation d’hier soulève de fortes interrogations.
En attendant la lumière sur la mort du manifestant d’hier (toute la lumière, parce qu’on ne peut pas toujours accepter comme une fatalité la mort des manifestants tout comme on ne peut continuer, sans investigations, imputer systématiquement la mort des manifestants aux forces de l’ordre), il se pose tout légitimement la question sur la responsabilité de la manifestation elle-même : qui en est responsable ?
Dans le principe, ceux qui organisent une manif sont responsables et de la sécurité des personnes qui y prennent part, mais aussi des éventuels débordements. Pour ce qui est du cas d’hier, il est clair qu’elle a lieu à l’appel du Rasta lui-même, ayant déjà maille à partir avec la justice, qui pourrait voir son dossier s’alourdir inutilement.
Ras Bath devrait-il être interpellé ?
Tous les citoyens sont égaux devant la loi et devant la justice.
Doit-il être libéré parce qu’il est Rasta ou animateur ? C’est là un bien mauvais service qu’on rend à l’animateur.
Dans un État de droit, on ne peut et ne doit soustraire un citoyen à la justice de son pays au moyen de la pression de la rue.
Est-ce que les fans de Ras Bath ont imaginé un seul instant ce qui va se dire ou penser s’il échappe à la loi ? Oui, c’est le fils d’un ministre ! Oui, c’est parce que c’est un animateur de radio ! Le fils d’un ministre ou animateur de radio ne devraient-il pas répondre devant la loi, se défendre et se blanchir des accusations portées contre eux ?
En tout cas, quand nous les fils de pauvres, avons été ignominieusement pris et jetés au bagne en 2007 (pour un crime de lèse-majesté imaginaire) la question ne s’est pas posée. On nous a dit force doit rester et force est restée à la loi. L’actuel Garde des Sceaux, au nombre de nos avocats, n’a pu rien faire.

Sommes-nous dans une République d’exception avec des droits d’exception pour des citoyens d’exception ? D’habitude, dans ce genre d’affaires, quand on est dans les mailles du filet, on te coupe le téléphone. Les temps changent, peut-être aussi les procédures avec une étonnante facilité pour les personnes interpellées de tweeter, de poster des messages d’appel à des fans pour manifester. Peut-être, nous des fils de personne, nous n’avions pas eu ce privilège-là. Et tant mieux pour Ras Bath.
L’arrestation de Ras Bath constitue-t-elle une violation de la liberté d’expression ?
Dans l’angélisme des principes, nul ne devrait être inquiété pour les opinions qu’il émet, d’une part, et d’autre part, chaque journaliste ou chaque animateur arrêté est un grave recul pour la liberté d’expression.
La liberté d’expression permet-elle tout et sans aucune limite ? Dans ses extrêmes, la garantie constitutionnelle se meut en liberté d’exception où chacun peut tout dire (le règne de la chienlit) ou ne rien dire (la dictature).
En démocratie, l’encadrement de la liberté d’expression est de principe parce qu’elle permet le commerce au sein de la société et sa transgression appelle à des sanctions. Pour avoir passé par deux fois l’épreuve qui est celle de Ras Bath aujourd’hui, dans l’usage de cette liberté d’expression, votre serviteur sait de quoi il parle. Un professionnel ne peut pas et ne doit pas tout dire ou écrire.

PAR SAMBI TOURE

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