Marché des produits agroalimentaires: le ver qui ronge le tissu économique du Mali

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Malgré les nombreuses potentialités dont dispose notre pays en matière de disponibilité de terres arables, d’eau d’irrigation et les efforts louables des autorités en faveur du secteur de l’agriculture (15 % du budget national avec le président IBK), notre pays reste dépendant de l’importation de certains produits agro-alimentaires : pomme de terre, les patates, les oranges, carottes, oignons et d’autres fruits et légumes qui nous viennent particulièrement du Maroc. Face à ces importations qui prennent de plus en plus de l’ampleur et qui constituent un manque à gagner important pour notre économie et par conséquent notre développement, le Mouvement Vert-Jaune-Rouge, à travers son président Yagaré Baba Diakité interpelle les plus hautes autorités. Le fait que « le Malien ne consomme plus malien », pourrait expliquer la paupérisation généralisée de la population, est-il convaincu. Nous vous proposons l’intégralité de son interpellation.

Monsieur le Président,
Dans cette lettre ouverte, le Mouvement Vert-Jaune-Rouge voudrait attirer votre attention sur le fait que tant que le Mali n’engagera pas de véritables politiques permettant à son peuple d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, tout effort consenti pour le développement sera vain.
Comment expliquer le fait que malgré que le Mali soit irrigué sur 1700 km par l’un des plus grands fleuves de l’Afrique et par vos soins qui investit 15 % de son budget national dans l’agriculture, soit condamné à se faire nourrir par des camions marocains ?

Monsieur le Président,
Dans un passé récent, le phénomène humiliant des camions marocains ravitaillant le marché malien, en fruits comme les oranges et les melons, était à circonscrire sur une petite période de l’année. Aujourd’hui, force est de constater que ce phénomène a pris de l’ampleur. Mais surtout des proportions inquiétantes. Il s’étend désormais sur toute l’année et touche pratiquement toutes les spéculations agricoles qui constituent pour l’essentiel le panier de la ménagère malienne.

Monsieur le Président,
La pomme de terre, les patates, les oranges, les carottes, les oignons et tant d’autres fruits et légumes nous viennent aujourd’hui du Maroc. À croire que le Mali, un pays à fort potentiel Agro-sylvo-pastoral, a perdu toute capacité de production vivrière, pour son autosuffisance alimentaire ?
Si l’administration publique des douanes maliennes avait bien intégré, dans sa démarche, le respect de la loi n° 98-012 du 19 janvier 1998, régissant les relations entre l’Administration et les usagers des Services publics, nous serions aujourd’hui à mesure de vous donner des statistiques fiables. Mais hélas, l’article 12 de cette loi qui prescrit la liberté à l’accès aux documents administratifs de caractère non nominatif, notamment les rapports, études, comptes rendus, statistiques, directives, instructions ou circulaires, qui comportent une interprétation du droit positif ou une description des procédures administratives, doit attendre encore des décennies pour être appliqué par le service des douanes maliennes qui voient le secret d’État un peu partout.
En quoi la mise à disposition des statistiques des importations de fruits et légumes marocains qui envahissent nos marchés au détriment d’une production nationale pourrait violer le « secret en matière commerciale et industrielle » ?

Monsieur le Président,
Donc, à défaut de statistiques à mettre sur la place publique, nous constatons comme tous les Maliens que ce sont des centaines de camions marocains qui rentrent au Mali par mois avec des denrées alimentaires agricoles et ressortent avec des centaines de millions de FCFA.
En absence d’un véritable tissu industriel, condamnés à consommer les produits manufacturés qui nous viennent d’Asie, et aujourd’hui les produits agricoles du Maroc, les Maliens désœuvrés, dans leur grande majorité, n’ont d’autre choix que de devenir pauvres.
Nous pensons sincèrement que le fait que le Malien ne consomme plus malien, pourrait expliquer la paupérisation généralisée de la population.
Il n’y a aucun doute, les services économiques du Mali ne pourront pas dire le contraire, car pour satisfaire cette consommation de produits alimentaires qui nous viennent de l’extérieur, le Mali est obligé de mobiliser par an des milliards de francs CFA qui sont perdus pour son économie, donc pour son développement.

Monsieur le Président,
Le Mali, jadis grand producteur de pomme de terre (dans la région de Sikasso et dans le cercle de Kati) et qui produisait des tomates et toutes sortes de légumes de très bonne qualité à Baguinéda et ailleurs, est aujourd’hui devenu un grand importateur et consommateur de la pomme de terre et des légumes qui nous viennent du Maroc.
Tous ces produits agricoles qui nous viennent aujourd’hui du Maroc peuvent être produits sur place ici. Quelques paysans maliens engagés dans ces productions sont laissés à eux même. Sans véritable politique qui montre clairement la volonté du pays à s’engager à leurs côtés, ils sont souvent oubliés, négligés et confinés dans des secteurs qui n’ont jamais bénéficié de stratégies de développement de filière de la part de l’État.

Monsieur le Président,
Nous vous félicitons pour votre volonté de doter l’agriculture malienne de moyens conséquents par l’allocation de 15 % du budget national.
Le Mouvement vert jaune rouge vous demande de prendre des dispositions idoines pour que cette manne financière serve au développement équilibré de l’agriculture malienne. Qu’aucune filière agricole ne soit négligée.
Aujourd’hui, l’on a l’impression que quand on parle de développement agricole au Mali, c’est seulement pour la production du coton, du mil, du riz, du maïs, etc.
Vous convenez avec nous que même si le coton apporte des devises importantes au pays, le coton ne se mange pas. Et que si seulement l’on a décidé d’être malnutri, personne ne mange le riz, le mil et le maïs, sans l’accompagnement d’autres ingrédients dont la production doit être au centre de toutes nos préoccupations.

Monsieur le Président,
Donnez des instructions fermes à vos services en charge de l’agriculture de tout mettre en œuvre pour que le Mali soit autosuffisant dans la production de fruits et légumes, pour que rapidement ces camions marocains ravitaillant le Mali ne soient qu’un souvenir lointain.

Notre rêve est réalisable, parce que le Mali dispose de l’eau, de bras valides et de suffisamment de terres arables. Il faut simplement une politique cohérente de développement agricole pour mettre les Maliens au travail pour nourrir le pays.

Monsieur le Président,
C’est le lieu de saluer votre décision de motorisation de l’agriculture malienne par la facilitation accordée aux paysans pour obtenir des tracteurs.
Mais nous pensons que le couplage de cette initiative à celle des logements sociaux, dans un programme bien réfléchi de développement de villages agricoles à travers le pays, sera plus bénéfique pour le développement durable du Mali.
En même temps que l’approche assurera au pays, une bonne production agricole diversifiée, elle contribuera à la création d’emplois agricoles et mettra à la disposition des populations rurales des logements décents. En plus de la souveraineté alimentaire du pays, cette approche sera une solution contre la malnutrition généralisée au Mali.

Bamako, le 18 octobre 2016

Yagaré Baba Diakité
Président du Mouvement Vert-Jaune-Rouge

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