Mariage précoce des filles: le cri de cœur des autorités

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La salle de conférence du Grand hôtel de Bamako a abrité, hier mardi, la cérémonie commémorative de la Journée internationale de la fille. C’était sous la présidence de Mme le ministre de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, Sangaré Oumou Ba, avec comme marraine, la Première Dame, Mme Keïta Aminata Maïga.

La journée a aussi enregistré la présence de plusieurs membres du Gouvernement, des responsables des structures administratives et techniques, des représentants des partenaires techniques et financiers, des ONG nationales et internationales, des organisations et structures d’enfants et autres organisations de défenses des droits des enfants, dont l’ONG « Save the children » et l’Unicef.
Le thème de cette journée était : « le mariage des enfants, facteur de risque à la santé de la reproduction et à l’épanouissement de la jeune fille », cette journée a été une véritable alerte sur le phénomène qui prend de l’empileur au jour les jours. Et pour cause ? Les dernières statistiques révèlent qu’une fille de 15 ans est mariée chaque sept secondes dans le monde. Un chiffre accablant qui a poussé les décideurs à rompre le silence avec ce phénomène qui entrave d’une manière très fatale l’éducation de la petite fille. C’est pourquoi les enfants se sont mobilisés fortement avec à leur tête ?
Melle Banstan Touré, Vice-présidente du parlement des enfants du Mali, dans son allocution, a remercié les autorités du Mali et leurs partenaires pour leur attention particulière pour le bien-être particulier et le choix du thème de cette édition en particulier. Selon elle, cette pratique est un véritable désastre pour la vie de la fille.
« Les filles qui sont mariées précocement sont victimes de maladies sexuellement transmissibles, de frigidités de grossesses prématurées et des accouchements qui peuvent porter atteinte à leur vie. Pire, elle n’aura plus cette chance d’aboutir ses études et se garantir un avenir radieux. Et l’enfant qu’elle aura sera élevé par une autre enfant », a-t-elle déploré.

Des chiffres accablants
Leila BOURAHCA, directrice pays de l’ONG « Save the children » a révélé que son institution s’inscrivait dans l’engament de la communauté internationale à mettre fin aux mariages d’enfants, d’ici à 2030. Car selon elle, si les tendances se maintiennent, le nombre total des femmes mariées pendant l’enfance passera de plus 700 millions à 950 millions en 2030 pour atteindre 1,2 milliard en 2050. Elle a, par ailleurs, révélé que « Save the children » Mali venait d’initier un projet en faveur de la lutte contre le mariage précoce à l’intérieur du pays. Elle a ensuite remercié les autorités maliennes, notamment la Première dame et la ministre de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille pour leur disponibilité aux côtés des ONG en faveur de la protection de la fille.
Quant à Franc EQUIZA, le représentant résident de l’Unicef au Mali, il a rassuré que l’épanouissement des jeunes filles s’inscrivait dans la vision des objectifs de développement durable (ODD) qui visent à permettre à tous de vivre en bonne santé, à assurer l’égalité des sexes et l’autonomisation de toutes les femmes et les filles, notamment à travers l’élimination du mariage des enfants. Il a par ailleurs déploré le fait qu’en matière de mariage d’enfant, le Mali se classe tristement au 4e rang mondial.
« Selon les statiques de 2015, 16 % des filles sont mariées avant 15 ans et 49 % des femmes de 19 à 49 ans l’ont été avant 18 ans. Par ce pourcentage, nous avons des filles dont les droits sont violés. Ainsi, elles sont très souvent privées de l’école et font face à des risques accrus de violences conjugales et de grossesses précoces », a-t-il dénoncé
Mme Sangaré Oumou Ba a profité de la tribune de cette cérémonie pour lancer un véritable cri de cœur. En effet, elle affirme que selon des statistiques récentes de l’enquête démographique et de la santé du Mali (EDSM-V), les femmes maliennes entrent en union à un âge très précoce. Elle affirme que deux tiers des femmes maliennes (66 %) étaient en union avant l’âge de 18 ans. Pire, poursuit-elle, plus de la moitié des femmes au Mali sont touchées par un mariage précoce, un taux parmi les plus élevés au monde et en Afrique. Pourtant : « le Mali a ratifié les deux conventions clés qui protègent les droits des enfants et des femmes. Il s’agit de la Convention relative au Droit de l’Enfant (CDE) en septembre 1990 et la Convention sur l’Élimination de toutes les formes de Discriminations à l’Égard des Femmes (CEDEF) en septembre 1985 », a-t-elle rappelé. Elle a par ailleurs dénoncé l’attitude certains parents qui, selon elle, en donnant leurs filles en mariage, pensent les préserver de la transmission des IST et du VIH : « au contraire, ils leur font courir plus de risque, car elles ne sont pas informées sur les aspects de la santé de la reproduction, passage obligé pour une adolescente pour mener une vie d’adulte décente », a-t-elle averti. Mme Sangaré a aussi insisté sur la partition des leaders d’opinion pour éradiquer ce fléau : « la mobilisation sociale au niveau local nécessite l’implication d’un large panel d’acteurs. Il s’agit, entre autres, des maires, des chefs de quartiers et fractions des chefs religieux qui célèbrent les mariages, des associations de femmes, de jeunes et toutes les personnes influentes au niveau des communautés », a-t-elle dit avant de lancer un cri de cœur : « je profite de cette tribune pour lancer un véritable appel auprès des décideurs ici présents et prenant à témoin madame la Première Dame en vue d’actions concertées et durables pour l’éradication des mariages d’enfants et un sursaut national pour la santé de la reproduction au Mali. J’ose espérer que ce cri de cœur aura des échos favorables pour un meilleur respect des droits des enfants en général et des adolescentes en particulier », a-t-elle dit.
La cérémonie était agrémentée par le ballet des enfants du village SOS de Sanakoroba qui a émerveillé l’assistance par une chorégraphie thématique condamnant le mariage précoce des filles.

Par Christelle KONE

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