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vendredi 18 août 2017
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Massacre d’Aguelhoc du 24 janvier 2012: comment pardonner et oublier

À l’appel de plusieurs associations, trois ans après, le Peuple non officiel du Mali en communion se rassemblera, ce samedi, pour rester fidèle à la mémoire de 153 de ses dignes fils sommairement assassinés le 24 Janvier 2012 à Aguelhok. Jour de souvenir, de fidélité et de reconnaissance au sacrifice suprême du Capitaine Bad et de ses hommes… Leur lâche et ignominieuse exécution sommaire ne peuvent et ne doivent être pardonnée, même au nom de la réconciliation nationale et de la paix, a fortiori oubliée. Pardonner leurs bourreaux procédera d’un crime imprescriptible vis-à-vis de la patrie pour lequel ils sont morts, faute de munitions. Ils sont morts en martyrs pour la République, pour la Nation, pour l’exemple patriotique. Aussi, les oublier, quels que soient les impératifs, c’est les trahir. C’est trahir l’engagement et le sacrifice de chacun et de tous au service de la Nation et de la République.
C’est au nom de la reconnaissance et de la fidélité en la mémoire des martyrs d’Aguelhoc (et à celle de tous les dignes fils de notre pays mort en service commandé) que le Quotidien des sans voix revient sur le massacre à travers ses cahiers du souvenir et de la mémoire.
« Honni soit qui mal y pense » !

Aguel’hoc : l’histoire d’un tragédie

L’attaque traitresse d’Aguelhoc qui s’est soldée par le plus grand massacre de l’histoire contemporaine de notre pays se déroule au début de la rébellion MNLA. Avec une date désormais gravée dans la mémoire collective, un bilan désormais connu, des victimes connues, des auteurs désormais identifiés : 153 soldats maliens égorgés et/ou froidement exécutés par les criminels du MNLA et d’Ansardine appuyés puissamment par leurs alliés d’AQMI.

Le 17 janvier, la localité d’Aguel’hoc est attaquée par les rebelles du MNLA et d’Ansardine appuyés puissamment par leurs alliés d’AQMI. L’assaut débute à 3 heures 30 du matin. Les « bandits armés », rebelles qui ont repris les armes contre la Républiques, 5 jours plutôt, le 12 janvier, commencent par couper le réseau téléphonique, tandis qu’un groupe, dissimulé par les complices à l’intérieur de la localité, progresse vers le camp militaire sans être repéré. Ils trouvent une position favorable sur les toits d’où ils peuvent mitrailler le camp militaire.
À la lisière de la localité de Aguelhoc, les enseignants et étudiants de l’Institut de formation des maîtres (IFM), des civils sans défense, sont faits prisonniers pour être utilisés comme boucliers humains afin de se protéger d’éventuelles frappes aériennes de l’armée malienne.
Dignes descendants des bâtisseurs de l’armée malienne, le Capitaine Sékou TRAORE dit BAD et ses hommes repoussent le premier jour les éléments indépendantistes et islamistes après leur avoir infligé une véritable raclée. Selon le ministère de la Défense, ce premier combat a fait 35 morts chez les assaillants. Les pertes de l’armée malienne sont d’un mort et 7 blessés. C’est au regard de cette défaite que les assaillants commandés par le colonel déserteur Ibah ou M’Bam Ag Moussa, dit «Bamoussa» coté MNLA et coté Ansar Dine, par Abou Mohamed, dit Cheikh Aoussa, le commandant en second du mouvement dirigé par Iyad Ag Ghali font appel à leurs alliés d’AQMI.

En prévision d’une nouvelle attaque contre la ville, l’armée malienne dépêche le vendredi 20 janvier, un convoi en vue de renforcer et de ravitailler le capitaine BAD et ses hommes, de plus en plus isolés à Aguelhoc. Mais le convoi pour renforcer la garnison d’Aguel’hoc est repoussé lors de la bataille d’In Emsal.
Sûrs d’avoir enrayer toute possibilité de ravitaillement de la vaillante garnison, après plusieurs essais, les criminels séparatistes ont donné l’assaut à Aguelhoc à l’aube du 24 janvier, entre 3 heures et 5 heures du matin.
À court de munitions, les dignes soldats se rendirent à l’ennemi conformément à la Convention de Genève. Un ennemi qui n’en a cure, se livrera à une exécution sommaire systématique de tous les prisonniers de guerre. Le capitaine Sékou et ses hommes sont massacrés le même jour, certains sont tués d’une balle à la tête, d’autres sont égorgés.
Le lendemain, la caserne est bombardée par l’aviation malienne et, venue de Kidal une nouvelle troupe malienne commandée par le colonel Ag Gamou fait route sur Aguel’hoc, soutenue par des hélicoptères Mil Mi-24. Les rebelles préfèrent se retirer et abandonnent la ville qui est reprise sans combat par les soldats maliens, plusieurs dizaines corps de soldats sont retrouvés dans des fosses communes et abandonnés à même le sable…
Il ne s’agissait pas de combat mais de crime de guerre. Il ne s’agissait de guerre mais d’exécutions sommaires commises de sans froid. C’est pourquoi, nous pensons comme beaucoup que pardonner serait un crime, celui de l’éloge rendu à l’impunité contre le sacrifice suprême de dignes fils du Mali tombés en service commandé, faute de minutions.
À Aguelhoc, ce jour là, le Mali, des fils du Mali avaient rendez-vous avec le destin. Après les 153 assassinats de sang froid, vers 10 heures, les rescapés verront dans le ciel un hélicoptère ; comme le médecin après la mort !. Pire, croyant l’ennemi toujours retranché dans les locaux de l’IFM, fait un seul tir et disparaît.
Ce n’est qu’aux environs de 13 heures que les renforts, partis de Kidal et dirigés par le Colonel-Major El hadj Gamou, ancien Commandant de la première région militaire du Mali (Gao) arrivent à Aguelhoc pour être les premiers témoins du massacre dans une ville déserte désormais martyre.
En effet, au moment fort du combat, la population a pu s’enfuir pour se réfugier dans le village de Inanizille à 15 km d’Aguelhok. Les éléments dépêchés par l’Etat-Major n’ont pas rencontré les forces ennemies sur le champ de bataille, ils ont pu quand-même faire les funérailles, avec le concours des élève-maitres de l’IFM, des braves soldats loyalistes tombés sur le champ de l’honneur, en défendant la localité d’Aguelhok.
En quittant Aguelhoc, les criminels dont les Maliens attendent la traduction devant la CPI laissent le message de leur prochaine destination : Kidal ! Depuis ils y sont, sous la protection de la France et de la Communauté internationale, contre lesquels ils ongt commencé depuis la semaine dernière à retourner les armes.
Mais revenons à Aguelhoc. Comment oublier ? Comment pardonner ?

Bilan macabre
Le ministre français de la Coopération Henri de Raincourt déclare le 13 février 2012 sur RFI que « des violences absolument atroces et inadmissibles » ont été commises à Aguelhoc, avec des « exécutions sommaires, des soldats, des personnes – on parle d’une centaine – qui ont été capturées et ont été froidement exécutées ». Selon une source française proche du dossier interrogée à l’époque par l’Agence France-Presse, « au total, il y a eu 82 morts exactement, pas de civils » à Aguel’hoc le 24 janvier.
Le 1er février, le président malien Amadou Toumani Touré évoque 95 morts dans ce massacre. D’après Association malienne des droits de l’Homme (AMDH) : « il y a eu des exécutions sommaire sur 153 militaires du camp d’Aguelhoc, égorgés ou tués avec une balle dans la tête ». Le bilan de l’AMDH est repris par Human Right Watch. Cependant il est supérieur à celui donné par l’armée malienne pour l’ensemble des pertes de l’année 2012. Le 6 mai 2013, la Direction de l’information et des relations publiques de l’Armée malienne (DIRPA) affirme qu’au total 133 soldats maliens ont été tués dans l’ensemble des combat entre le 12 janvier 2012 et le 11 janvier 201314.
L’opinion malienne est sous le choc, la colère enfle, et la révolte profile.

Responsabilités du massacre
La France se refusant d’indexer comme responsable du massacre le MNLA qui a pourtant revendiqué la victoire de Aguelhoc se contente de condamner avant d’affirmer que « certains prétendent que la méthode utilisée pour l’exécution s’apparente à celle utilisée par Al-Qaida », les victimes ayant été égorgées ou tuées d’une balle dans la tête.

Soumeylou Boubèye Maïga, alors ministre des affaires étrangères, a déclaré dans une interview à Radio France internationale que les massacres de soldats à Aguel’hoc le 24 janvier portaient « clairement, la signature des groupes salafistes qui se trouvaient donc impliqués aux côtés du mouvement qui prétend se battre pour l’indépendance de l’Azawad ».
Notre confrère Serge Daniel, correspondant de Radio France internationale et l’Agence France-Presse à Bamako, quant à lui, déclare le 16 février au quotidien français Libération, qu’il était convaincu que le MNLA et des membres d’AQMI « ont combattu côte à côte à Aguelhoc, où des exécutions sommaires de soldats ont eu lieu fin janvier ».
Le 17 février, Amnesty International demande que soit menée « une enquête indépendante et impartiale sur ces faits ».
Le 21 février 2012, la commission spéciale chargée d’enquêter sur les exécutions sommaires commises à Aguelhoc, composée de 7 membres, tous officiers supérieurs des forces armées et de sécurité, et présidée par Alioune Badara Diamouténé, Inspecteur général de police, a remis au président Amadou Toumani Touré son rapport après avoir passé 10 jours à Aguelhoc et rencontré des témoins des évènements. D’après les conclusions de ce rapport :
1. des éléments d’AQMI alliés au MNLA ont participé aux attaques du 18 au 24 janvier
2. des exécutions sommaires ont bel et bien été commises sur nos soldats
3. « des preuves et témoignages des rescapés militaires et civils soutenus par des images qui attestent que des combattants de l’armée malienne désarmés ont été bien arrêtés, ligotés les mains au dos avant d’être abattus ».
4. « des élèves et enseignants de l’Institut de formation des maîtres (IFM) d’Aguelhoc ont été utilisés comme boucliers humains par les assaillants en difficulté lors de l’attaque du 18 janvier 2012 ».

Parti pris contre le Mali ?
Le 28 février, Maharafa Traoré, à l’époque ministre de la Justice, intervient à la tribune du Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève pour dénoncer l’attaque par le MNLA allié à AQMI du camp d’Aguel’hoc où « les soldats de l’armée malienne désarmés ont été poursuivis, arrêtés, les mains liées au dos et froidement exécutés au mépris des dispositions des Conventions de Genève relatives au droit international humanitaire » et solliciter, au nom du gouvernement malien, « de la Communauté Internationale, une condamnation ferme des crimes commis par le Mouvement dit de Libération de l’Azawad et AQMI et demande un soutien pour assurer le rétablissement de la paix, de la sécurité et le développement de l’ensemble de ses régions ».
Dans la même veine, dans une interview au quotidien français Le Figaro le 15 mars 2012, le président ATT confirme les accusations de crime de guerre portées contre le MNLA allié à AQMI lors de l’attaque d’Aguelhoc :
« La garnison n’avait plus de munitions et il était impossible d’acheminer des renforts. Les soldats qui se sont battus vaillamment ont été faits prisonniers. Lorsque le MNLA a quitté les lieux nous avons découvert une tragédie. 70 de nos jeunes étaient alignés sur le sol. Les Noirs avaient les poignets ligotés dans le dos. Ils ont été abattus par des balles tirées à bout portant dans la tête. Ceux qui avaient la peau blanche, les Arabes et les Touaregs, ont été égorgés et souvent éventrés. C’est un crime de guerre. Je suis étonné par le silence des organisations internationales sur ces atrocités. Que dit la Cour pénale internationale? Rien. Une commission d’enquête a été chargée de remettre un dossier à la justice malienne. Le MNLA qui a revendiqué la victoire porte une lourde responsabilité, mais nous savons que le contingent le plus important du groupe était composé essentiellement de gens d’Aqmi. »
Dès lors comment oublier fut-il au nom de la réconciliation ? Comment pardonner fut-il au nom de la paix ?

Rassemblés par Sambi TOURÉ




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