Menaces sur la station agronomique de Sotuba: le cri de cœur des chercheurs

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Après toutes les tentatives vaines de préservation de la Station de recherche agronomique de Sotuba (SRA), ses responsables sont désormais dans la logique d’inscrire ce patrimoine dans le domaine public de l’État. Aujourd’hui, les chercheurs de la SRA comptent beaucoup sur l’engagement de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique pour boucler le dossier avec son homologue des Domaines de l’État et des affaires foncières, afin de sauver le peu qui reste de cette station qui reste un modèle dans la sous-région et même sur le continent.

Il y a quelque temps, Mme la ministre de la Recherche scientifique a effectué une visite à la SRA. Ce jour-là, elle s’est surtout indignée des problèmes fonciers auxquels sont confrontés les experts du site. Pourtant, selon elle, la station est unique en son genre dans toute l’Afrique de l’Ouest. À l’issue de cette visite, Mm Migan Assétou Founé Samaké a rassuré s’est surtout réjouie du travail abattu par les chercheurs de la station. Cependant, elle a été désagréablement surprise d’apprendre de degré de convoitise des terres de la station par les prédateurs fonciers. Informée de la grande menace qui pèse sur ce patrimoine par la seule volonté de spéculateurs fonciers, la ministre a promis de s’investir.
« Nous allons conjuguer nos efforts pour préserver cet espace. Cette infrastructure est aujourd’hui suffisamment menacée. Je pense qu’avec la création du ministère de la Recherche scientifique, les choses vont changer et les choses devront changer, car c’est la volonté du président de la République. Nous allons remonter l’information à qui de droit, pour qu’on arrête de menacer cet espace », a-t-elle dit. Cette promesse a suscité de l’espoir chez les responsables de l’IER. Découragés à un certain moment par le comportement de nos responsables face à ce problème, ils ont décidé de reprendre force pour poursuivre leur lutte.
M. Ousmane Sanogo, Directeur du service appui technique de l’IER nous a retracé ce que les chercheurs souhaitent pour le patrimoine de leur station.
« La première chose que nous cherchons, c’est vraiment d’avoir notre titre d’espace d’utilité publique. Avec ce titre, toutes les luttes sont possibles. Nous comptons beaucoup sur Mme la ministre, car elle est professeure et chercheuse et sait les tenants et les aboutissants de notre travail. Si elle ajoute sa voix à la nôtre, le processus sera court, nous imaginons », nous a-t-il confié.
D’une superficie initiale de 1100 hectares, le domaine de l’IER de Sotuba a été touché pour la première fois en 1998 par le gouvernement même, suite à une redistribution des terres, dans le cadre du projet ACI-Sotuba, par le décret présidentiel. Elle est ainsi passée de 1 100 hectares à seulement 267.
Dans leurs mesures de protection, les responsables de l’IER ont pensé qu’une clôture de la station offrait un début de solution à la préoccupation.
« Nous avons vu nécessaire de clôturer le peu de terre qui nous reste, cela a été encore pire. Ces murs sont cassés par les habitants pour créer des raccourcis de chemins. Si vous allez à la SRA maintenant, vous allez voir des parties où les murs se sont écroulés, à cause de l’incivisme de certaines personnes », a-t-il regretté.
Selon M. Sanogo, depuis 2005, la SRA fait l’objet de toutes les convoitises. À ses dires, ce sont des ouvriers de la station et non moins habitants du village de Sotuba qui avaient commencé à s’y installer, sans l’avis des responsables de la station. Ainsi, quelques années plus tard, la station commençait à être la proie des sociétés privées et des individus qualifiés de bras longs, comme on le dit dans notre jargon, selon le responsable.
Pire, a noté avec beaucoup de regret que le gouvernement n’avait pris aucune mesure idoine pour protéger après l’expérience malheureuse de 1998 avec l’ACI. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs, en 2012, la mairie du district de Bamako et le ministère des Domaines et des affaires fonciers de l’époque avaient donné une grande partie des terres de la station à l’entreprise Bagan et Komé. Cette affaire a fait l’objet d’une grande mobilisation de tous les acteurs de la recherche agricole, à travers le syndicat des chercheurs agricoles de l’IER, nous a expliqué Ousmane Sanogo. À monsieur Sanogo de révéler que c’est grâce à une lutte commune que cette attribution a été annulée au grand soulagement du monde de la recherche de cette station. Cependant, ‘’si rien n’est fait, SRA survivra difficilement des prédateurs fonciers’’, est convaincu Ousmane Sanogo.
Rappelons que la SRA dispose d’une diversité de 17 types de sols et constitue la base d’une série de données agro-climatiques mise en place, depuis 1927. Plus de 100 chercheurs expérimentés et près de 400 agents et des stagiaires sont en connexion avec les instituts et facultés d’enseignement et de recherche agricoles du Mali et de la sous-région. En plus des expérimentations des semences, le centre dispose des parcs d’insémination des vaches, d’un laboratoire de nutrition animale des stations de production et de diffusion de volailles améliorées et autres centres de recherche prêts à être utilisé par les acteurs des différentes chaines de valeurs.

Par Christelle KONE

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