Mesures de prévention et lutte contre le terrorisme: les raisons du satisfecit de l’ONU

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À l’occasion de la Semaine de la Police des Nations Unies, le Conseil de sécurité a organisé, la semaine dernière, un débat interactif avec les chefs des composantes police de quatre opérations de maintien de la paix, qui ont présenté les défis auxquels ils sont confrontés en s’acquittant de leur mandat dans des environnements sécuritaires de plus en plus complexes. Au cours de la rencontre, l’Inspecteur général de police de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) a salué les efforts louables du gouvernement dans la prévention et la lutte contre le terrorisme, à travers la création d’un centre national d’études stratégiques et l’élaboration en cours d’une stratégie nationale dans ce domaine.

Les responsables des composantes de la police des missions de maintien de la paix et des missions politiques spéciales, à travers le monde, se réunissent chaque année pour échanger leurs meilleures pratiques, rencontrer leurs homologues au Siège et discuter des besoins opérationnels et des priorités des 13 000 officiers de 86 pays sous leur commandement.

État de la situation
L’année 2016 a déjà été particulièrement passionnante pour la Police des Nations Unies qui est devenue de plus en plus utile à l’efficacité des opérations de paix, faisant le pont entre les interventions de paix et la stabilité après les conflits en développant des institutions efficaces, responsables et transparentes dans le cadre de l’état de droit.
Les discussions entre les chefs des composantes de la Police des Nations Unies porteront sur un certain nombre d’aspects, comme l’examen indépendant externe de la Division de la Police et de ses vastes recommandations, les résultats du Sommet historique des chefs de la police des Nations Unies qui a eu lieu en juin 2016 ainsi que le rapport du Secrétaire général au Conseil de sécurité sur le maintien de l’ordre des Nations Unies.
À l’occasion donc de cette semaine de la Police des Nations Unies, le Conseil de sécurité a organisé, la semaine dernière, un débat interactif avec les chefs des composantes police de quatre opérations de maintien de la paix, qui ont présenté les défis auxquels ils sont confrontés en s’acquittant de leur mandat dans des environnements sécuritaires de plus en plus complexes.
L’Inspecteur général de police de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), M. Issoufou Yacouba, a fait état d’une situation tout aussi préoccupante dans notre pays, où les personnels en tenue sont visés par des « attaques systématiques », et parfois meurtrières, plus d’un millier en moins de deux ans.
Malgré les efforts déployés par sa composante, M. Yacouba a reconnu que la mise en œuvre du mandat de la MINUSMA était jalonnée de défis relatifs à la réforme du secteur de la sécurité au Mali. Un des principaux défis reste le déploiement, hors unités constituées, de policiers spécialisés et francophones.

Des chiffres inquiétants
Pour cela, a-t-il souligné, il est indispensable de pouvoir compter sur les pays contributeurs de troupes, dont plusieurs sont intervenus aujourd’hui, notamment la Chine, qui s’est présentée comme étant le « principal pays fournisseur de contingents parmi les membres du Conseil », et le Sénégal, le plus important pour ce qui est des effectifs de police.
Le patron de la composante police de la Minusma a déclaré que, pour des raisons tenant à la fois à la complexité et au caractère multidimensionnel de la crise malienne, le processus de mise en œuvre de l’accord de paix et de réconciliation fait face à de sérieux défis.
« Les alliances entre groupes armés signataires de l’accord et/ou entre les groupes signataires, les réseaux terroristes et criminels se font et se défont au gré des intérêts et des humeurs des uns et des autres », a-t-il constaté. Il en résulte, a-t-il stigmatisé, des attaques systématiques, en particulier dans le nord du pays, à l’encontre des forces armées maliennes, de la MINUSMA et de Barkhane, traduisant la détermination de ces groupes à entraver la mise en œuvre de l’accord de paix.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes, a-t-il dit, en précisant que de janvier 2014 à octobre 2016, 1 013 attaques avaient été recensées à l’encontre de la MINUSMA, des ONG, des Forces de défense et de sécurité du Mali et de la population. À cela s’ajoutent, a détaillé M. Yacouba, 227 attaques par mines et engins explosifs improvisés, qui ont provoqué la mort de 214 personnes, et 201 tirs de mortiers ou de roquettes contre la MINUSMA et les forces maliennes. Rien qu’au cours du mois écoulé, 66 attaques ont été perpétrées contre la MINUSMA, les forces maliennes et les populations civiles dans les régions de Gao, Mopti, Ménaka, Tombouctou et Kidal.

Le satisfecit
Malgré ces chiffres quelques peu alarmants, l’Inspecteur général s’est félicité du fait, qu’avec le concours de l’ONU, une stratégie nationale en matière de prévention du radicalisme violent, de la lutte contre la criminalité organisée et le terrorisme est en cours d’élaboration par les autorités du pays. Un atelier de consultation nationale a d’ailleurs été organisé dans ce sens au cours duquel les participants composés des forces vives de la nation ont fait des propositions d’éléments pour la rédaction de la stratégie nationale de lutte antiterroriste et de prévention de l’extrémisme violent. Ils ont également proposé un dispositif unique de coordination des actions de l’État, proposer les activités concrètes pour le plan d’action de la stratégie et les mesures d’accompagnement pour la mise en œuvre de la stratégie et des propositions approuvées.
Outre la stratégie nationale, les autorités ont par ailleurs créé un centre national d’études stratégiques dans ce domaine. La création de ce centre, qui intervient dans un contexte particulier avec la récurrence des attaques dans Nord et le sud du pays, est un outil d’aide à la décision, rattaché à la Présidence de la République qui permet à notre pays de disposer d’un cadre de réflexion, d’analyse et de production autonome de connaissance pour mieux accompagner l’action publique.
Par cette décision, le pays veut, ce faisant allier intelligence et force pour faire face aux menaces terroristes auxquelles aucun pays ni aucune région n’est à l’abri de ses effets.
En attendant, a relevé M. Issoufou Yacouba, la MINUSMA a pris des mesures « palliatives », notamment la création d’une cellule de lutte contre la criminalité transnationale organisée, et d’un groupe de travail sur le terrorisme en vue de développer une synergie entre toutes les composantes des Nations Unies.

Des défis à relever
Le Chef de la police de la MINUSMA a également cité la formation d’une équipe spécialisée dans les engins explosifs improvisés et la création d’un laboratoire de police technique et scientifique. Il a, cependant regretté que l’opérationnalisation, par le Mali, de la Brigade d’investigation du pole judiciaire spécialisé continue de se faire attendre. D’une manière plus générale, la mise en œuvre du mandat de la résolution 2295 (2016) est jalonnée de défis relatifs à la réforme du secteur de la sécurité.
« Le concept de police territoriale est trop controversé et nécessite une clarification. En attendant, l’introduction d’une approche de police de proximité impliquant les communautés devrait permettre d’améliorer la confiance entre les Forces de sécurité maliennes et la population », a souligné M. Yacouba. Un des principaux défis à la mise en œuvre de la résolution 2295 (2016), a-t-il expliqué, reste le déploiement de policiers hors unités constituées spécialisés et francophones, qui requiert le soutien des pays contributeurs, alors qu’un engagement avait été pris par les États ayant participé au Sommet des chefs de police. Ces unités jouent un rôle important pour protéger les populations, les personnels et installations de l’ONU en effectuant des patrouilles et en menant diverses activités opérationnelles, a ajouté l’Inspecteur général.

Par Mohamed D. DIAWARA

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