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samedi 17 avril 2021
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Mines et développement communautaire: Kéniéba balise le terrain

Un atelier sur le développement des communautés vivantes dans la zone minière de Kéniéba s’est tenu, du 14 au 15 avril, dans la salle de conférence du Conseil de cercle de Kéniéba. La rencontre était placée sous la présidence du ministre des Mines, Cheikna Seydi Ahamadi DIAWARA. Elle a enregistré la présence de son homologue des Maliens de l’extérieur, le Dr Abdramane SYLLA ; de l’ambassadeur du Canada dans notre pays, Mark André FREDETTE ; de l’honorable Boubacar Sissoko, élu de Kéniéba et membre de la commission mines de l’Assemblée nationale.

Pas moins de 80 participants regroupant les autorités régionales et communales des différentes communes du cercle de Kéniéba, des représentants des sociétés minières, des partenaires techniques et financiers, de la société civile, des médias d’État et privés, des groupements associatifs, des chefs traditionnels ont pris part à cet important atelier.

Inadaptation des textes
Après ses mots de bienvenu aux participants, le maire de Kéniéba, Mamadou Salif DIALLO, a affirmé que les textes législatifs et règlementaires qui régissent l’exploitation minière dans notre pays sont confus et demandent à être relus. Selon lui, face à cette situation, les collectivités territoriales sont embarrassées et désemparées, ne sachant plus à quel saint se vouer. Alors que les communautés sont confinées entre la raison et les besoins, les sociétés minières, elles, se contentent de se cacher derrière la confusion des textes pour tirer le maximum de profits sur la misère des premiers.
Le maire de Kéniéba estime qu’il faudra un arbitrage pour rappeler les uns à l’ordre et les autres à la raison. Il a souligné avec regret que le développement communautaire est mitigé si bien qu’il est différemment interprété. Pour le maire DIALLO, c’est un développement assisté que les sociétés minières recherchent, ignorant les réelles aspirations des communautés qui sont leurs partenaires.
Le maire a toutefois soutenu que sa commune est résolument tournée vers le développement durable, à savoir celui de l’après-mine. Selon lui, pour atteindre cet objectif il faudrait assoir la confiance et fixer les responsabilités. C’est pourquoi il n’a pas manqué d’insister qu’il y a lieu de pousser la réflexion sur la gestion des fonds destinés à financer le développement communautaire.

Le Paradoxe
Le ministre des Mines, Cheikna Seydi Ahamadi DIAWARA, a insisté à dire que l’objectif de l’atelier était de créer un cadre de dialogue efficace entre les différents acteurs. Selon lui, la localité de Kéniéba a la panoplie de toutes les opportunités possibles et imaginables pour un développement harmonieux. Le ministre DIAWARA a indiqué que les trois mines de classe mondiale de Kéniéba affichaient des contributions qui s’élèvent à plus de 250 milliards de FCFA annuels, avec 50 tonnes d’or de production, depuis plus de 15 ans maintenant, 70 % des exportations, 15 à 20 % des recettes fiscales et 7 à 8 % du PIB.
« Au niveau local, nous avons des annonces tournant autour de 3 milliards de FCFA de flux financier annuel pour Kéniéba. Malgré cette contribution annuelle qui doit laisser des traces, il y a un paradoxe avec les difficultés en matière d’infrastructure, les sentiments d’abandon que les populations affichent à Kéniéba. C’est pourquoi cet atelier a été organisé pour chercher des explications à tout cela. Nous sommes venus pour entendre les problèmes qui se posent à Kéniéba, comment ils sont pris en charge par les acteurs, et voir les moyens que l’État aussi apporte pour le développement de la localité, parce qu’il en a grande responsabilité. Notre démarche vise à faire en sorte que les opérateurs miniers soient perçus désormais comme des partenaires et qu’une nouvelle page soit ouverte pour l’avenir des communautés de Kéniéba », a souligné le ministre DIAWARA.

Stratégies de développer, à travers les mines
Après la cérémonie d’ouverture, les spécialistes ont tour à tour exposé des thèmes en rapport avec les stratégies pour développer les localités à travers l’exploitation minière. Les thèmes exposés étaient entre autres : la synthèse du Programme de développement économique, social et culturel (PDESC) comme outil de planification dans les collectivités territoriales ; le Plan de développement communautaire et les dispositions pertinentes du Code minier ; les axes de développement communautaire, engagement sociétal et initiatives réalisées par la société Anglo Gold Ashanti dans la zone minière de Sadiola et Yatéla ; l’employabilité dans une mine en construction et opportunités de création d’emplois et de richesses dans la zone de Fadougou…
Aussi, les maires de Sitakily, de Sadiola et de Kéniéba se sont succédé au pupitre pour présenter les activités de développement communautaire dans leurs communes respectives.
Des exposés ont également porté sur les opportunités de développement socioéconomique et stratégies pour la mutualisation des initiatives sectorielles et la valorisation des revenus miniers dans la zone minière de Kéniéba ; la stratégie pour l’amélioration des infrastructures routières dans la zone minière de Kéniéba ; la stratégie pour l’amélioration des infrastructures électriques et d’adduction d’eau dans la zone minière de Kéniéba ; la stratégie pour l’amélioration de la filière agricole dans la zone minière de Kéniéba et le rôle, la vision et les actions des Partenaires techniques et financiers pour l’amélioration de la gouvernance minière et le renforcement des capacités dans la zone minière de Kéniéba.
L’on retient de l’exposé du responsable de l’Énergie régionale de Kayes que la puissance installée au niveau des quatre sociétés minières de Kéniéba est d’environ 63 MW pour une consommation en gasoil de plus de 100 000 000 de litres par an. Comme perspectives, M. SIDIBE a informé sur le projet de raccordement des sociétés minières et unités industrielles de Kayes au TRI (Très Imminent) qui permettra de raccorder l’ensemble des sociétés minières à partir de Manantali et le poste SOGEM de Médine.
Concernant la stratégie pour l’amélioration des infrastructures routières dans la zone minière de Kéniéba, l’on retient que des réflexions sont en cours pour mettre en œuvre le projet de construction et de bitumage de la route Kayes-Sadiola-Djibrouya-Kéniéba longue de 226,7 Km et qui traverse quatre mines en cours d’exploitation.
Le responsable du département de l’Équipement et des transports a souligné que le département compte beaucoup sur la contribution des sociétés minières et des collectivités pour la réalisation des infrastructures routières, notamment la liaison Kayes-Sadiola-Kéniéba celle des zones minières aux routes nationales.
Il a affirmé qu’en 2015 le linéaire total entretenu pour le désenclavement de la zone minière de Kéniéba est de 679 Km dont 245 Km de routes revêtues pour un coût total de 284 259 757 FCFA. Pour 2016, le total linéaire prévu pour le désenclavement de la zone minière de Kéniéba est de 366 Km, dont 245 Km de routes revêtues pour un coût total de 628 770 275 FCFA.

Le cri de cœur des populations
Durant les débats des deux jours de l’atelier, les préoccupations exprimées par les représentants des collectivités ont porté sur les problèmes d’électrification de la ville de Kéniéba, celui crucial d’eau potable dans la localité, l’enclavement du cercle, la détérioration de l’environnement. Aussi, les intervenants ont-ils évoqué l’insuffisance des services sociaux de base, à savoir des centres de santé adéquats et des écoles dignes de ce nom.
Les constats et les solutions pour donner espoir aux communautés locales
Après deux jours de débats très engagés sur deux thèmes centraux traités sous 14 communications, les spécialistes ont dégagé des constats qui méritent d’être analysés en vue de trouver des solutions.
Ils ont évoqué le manque de coordination des actions des sociétés minières opérant dans la même zone géographique de Kéniéba ; la faiblesse de la mutualisation des efforts de développement des différentes sociétés ; l’absence d’un cadre de concertation entre les sociétés minières en ce qui concerne leur contribution au développement local et régional ; la faiblesse de dialogue entre les communautés locales et sociétés minières ; le manque de dialogue entre les différentes communes ; la faible capacité des communautés à gérer de façon efficiente les patentes versées par mines ; le manque de transparence dans la gestion des fonds reçus par les collectivités territoriales.
À la lumière des constats soulevés, les participants ont formulé des recommandations dans le souci de remédier aux problèmes qui freinent le développement des communautés locales.
Sur le premier thème central portant sur ‘’l’industrie minière et les opportunités de développement de la zone de Kéniéba’’, les participants recommandent de mettre en lien les activités initiées par les compagnies minières avec le PDESC ; de veuillez au respect de la règlementation en ce qui concerne les domaines prioritaires à prendre en compte dans le domaine du développement communautaire ; d’impliquer les services techniques pour assurer la durabilité des programmes d’agro-business initiés par les sociétés minières.
Par rapport au second thème central relatif à ‘’la stratégie par la mutualisation des actions et la valorisation des revenus générés par les mines’’, les participants ont proposé de renforcer les capacités des collectivités territoriales et d’encourager les initiatives en matière d’intercommunalité ; de favoriser la mise en réseau des collectivités de la région de Kayes pour mieux partager les stratégies de développement communautaire ; de soutenir l’entrepreneuriat des jeunes de Kéniéba ; de capitaliser les revenus générés par les mines et les investissements dans les programmes sectoriels d’infrastructures routières de santé, d’adduction d’eau et d’électricité ; de déterminer les modalités d’adaptation de la main-d’œuvre locale au besoin des sociétés minières ; de mettre en place un mécanisme d’information, d’éducation et de sensibilisation des collectivités territoriales ; d’impliquer les acteurs locaux dans la gestion de leur sécurité et le renforcement du contrôle des flux migratoires dans les sites miniers de la zone de Kéniéba.
Pour le suivi de la mise en œuvre des recommandations de l’atelier, les participants ont suggéré la mise en place d’un comité de pilotage de suivi et de la mise en œuvre des recommandations formulées et la tenue de rencontres d’échanges et d’évaluation régulières entre le comité de pilotage, les collectivités territoriales, les sociétés minières et les partenaires au développement.

PAR MODIBO KONE, envoyé spécial à Kéniéba




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