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vendredi 23 octobre 2020
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Le ministre Bill sur le faible taux d’enlèvement des cartes: ‘‘si les gens de Bamako ne veulent pas voter, c’est tant pis pour eux’’

Le ministre de l’Administration territorial et de la décentralisation, était en visite, ce jeudi 19 mars, au Centre d’information électorale sis à l’hôtel Azalai Amitié de Bamako. Sur place, le ministre Boubacar Alpha BAH a eu des échanges avec les membres des organisations de la société civile engagés dans la campagne de sensibilisation des citoyens pour le retrait de cartes d’électeurs et le relèvement du taux de participation.

A l’issue de cette visite, Boubacar Alpha BAH dit Bill a confié à la presse que malgré la menace de la pandémie du COVID-19, le Gouvernement va maintenir la date du 29 mars 2020 pour le premier tour de l’élection des députés à l’Assemblée nationale.

Un atout

La mise à disposition du Centre par le PNUD et ses partenaires, a-t-il dit, est un exemple de solidarité internationale pour conforter notre démocratie, renforcer le processus électoral. Selon lui, ce Centre est un outil mis à la disposition des hommes de médias et de tous ceux qui ont une bonne opinion à diffuser afin que ces élections se déroulent dans un climat apaisé et que le scrutin soit jugé crédible.

Présent à cette rencontre, le président de l’Association malienne pour le relèvement du taux de participation aux élections (AMRTPE), Bissiry COULIBALY, a déploré le niveau du taux de retrait des cartes d’électeurs jugé extrêmement bas au plan national, en général, et dans la district de Bamako, en particulier.

L’AMRTP, selon son président, a déployé 50 observateurs sur fonds propre pour suivre la remise des cartes d’électeurs dans tous les cercles et à Bamako. Après une semaine de remise (7 au 15 mars), le taux de retrait des cartes varie d’une région à une autre.

Faible taux d’enlèvement

A la date du 15 mars 2020, a dit M. COULIBALY, la situation se présente comme suit : la région de Kayes avec 51% et le cercle de Diéma a le plus fort taux de remise avec plus de 64% dans la région. Dans la région de Koulikoro avec 46%, le cercle de Kolokani a le plus fort taux de remise avec plus de 67%. Pour la région de Sikasso, le taux d’enlèvement des cartes d’électeur est estimé à 52% et le cercle de Yorosso a le plus fort taux de remise avec plus de 72%.

A Ségou, le taux est de 58% et les cercles de Tominian et Macina ont les plus forts taux de remise avec plus de 70% au niveau régional.

Autres régions, autres réalités, en 5è région(Mopti) le taux de retrait est de 40% et le cercle de Bandiagara a le plus fort taux de remise avec plus de 72%.

À Tombouctou on enregistre un taux de 54% et les cercles de Goundam et Diré ont les plus forts taux de remise avec plus de 59% dans la région. Dans la cité des Askia(Gao), le taux d’enlèvement s’élève à 32%.

En la matière, c’est Kidal qui ferme la marge avec seulement 3% de taux d’enlèvement à la date du 15 mars 2020.

L’inquiétude de la société civile

Dans le district de Bamako, le taux d’enlèvement n’est pas très rassurant avec seulement 13% en moyenne générale. Pour la capitale, la commune III a le plus fort taux de retrait avec plus de 35% et les communes I et V trainent autour de 7%.

Enfin, a-t-il fait savoir, le taux national est estimé à 43% à la date du 15 mars 2020.

Une situation qui préoccupe le président de l’AMRTPE qui se demande quel sera le taux de participation au scrutin du 29 mars 2020.

Face à ce constat, M. COULIBALY a invité le gouvernement à assouplir les critères d’enlèvement des cartes d’électeurs. «Mon avis est que, si on donnait au chef de famille, la possibilité de retirer les cartes d’électeurs de l’ensemble de sa famille, cela pourrait éviter les attroupements», a-t-il dit.

Avant de conclure : «certes, on n’a pas le droit de changer les règles en cours du jeu, mais avec la nouvelle donne(Coronavirus), j’estime qu’on pouvait revoir les critères d’enlèvement de ces cartes d’électeurs pour faciliter la tâches aux citoyens», a-t-il conclu.

Le niet du ministre Bill

Cette proposition a été aussitôt rejetée par le chef du département en charge de l’organisation des élections qui évoque des contraintes liées au respect de la loi sur la protection des données à caractères personnelles. Aussi, a-t-il expliqué, il s’agit pour le département de respecter les engagements pris devant les responsables de la classe politique en la matière.

A ce niveau, il a rappelé qu’à la veille de ces élections, la classe politique a, au cours du cadre de concertation, exprimé 3 préoccupations relatives à l’audit du fichier électoral ; la question des assesseurs ; et celle des procurations. Aujourd’hui, a-t-il fait savoir, un compromis a été trouvé autour de ces trois questions.

S’agissant des mesures à prendre pour inciter les électeurs à aller retirer leurs cartes, le ministre a fait savoir que les règles ne peuvent pas changer en cours de jeu. Pour éviter toutes polémiques à la veille de ce scrutin, le ministre Bill a tout simplement expliqué qu’il n’était pas possible pour lui de prendre une dérogation en vue de modifier les critères d’enlèvements des cartes d’électeurs au risque de soulever des soupçons de fraude chez certains acteurs du processus électoral.

L’incivisme en cause 

Concernant le taux d’enlèvement des cartes, il a invité les responsables des organisations de la société civile à aller expliquer aux populations, aux responsables et chefs de familles l’importance d’aller voter. «Quand on vous offre l’opportunité, on vous donne l’information, les centres de distribution des cartes sont prêts des domiciles ; que chacun sorte pour récupérer sa carte pour aller accomplir un devoir citoyen», a-t-il dit.

Mais, a-t-il fait savoir, ce devoir citoyen s’apprend aussi. «Ce n’est pas sur une seule occasion, mais sur une longue période, 4 à 5 élections, on verra le taux s’améliorer. Même dans les pays de grande démocratie, on voit que le taux n’est pas des fois, ce qu’on souhaite ».

Par rapport au Coronavirus, le ministre BAH a indiqué que les dispositions seront prises à cet effet. S’agissant de l’organisation des élections malgré l’interdiction des meetings, le ministre tranche : «Je crois qu’il n’y aura pas de report. Il faut s’adapter à la situation. On a dit, pas plus de 50 personnes qui se retrouvent. C’est laisser l’opportunité à tout un chacun de s’exprimer. Je pense qu’en respectant ces espaces, vous avez pendant 8 heures de temps, par groupe de 50 le temps de tout faire».

L’impact du COVID-19

Selon le ministre, même dans les pays dit de grande démocratie, les périodes électorales sont des périodes difficiles. Pour ce faire, a-t-il dit, les acteurs doivent se faire mutuellement confiance. Car, cette année, dit-il, une difficulté particulière s’est invitée dans notre processus électoral, à savoir la menace de la COVID-19 qui est à nos portes.

De son analyse, il ressort que le faible taux d’enlèvement des cartes d’électeurs dans une localité dépend du rapport des populations avec le pouvoir électoral. Dans certaines localités, fait-il remarquer, on est à plus de 60% du taux d’enlèvement. Cela montre, à son avis, que les habitants de ces localités ont conscience qu’ils ont un devoir citoyen à accomplir. Pour lui, c’est une question d’éducation civique qui va changer avec le temps. «Si les gens de Bamako ne veulent pas voter, c’est tant pis pour eux», a lancé le ministre de l’Administration territoriale. Si, dit-il, au nord, le taux de participation est généralement élevé, c’est que dans ces régions, les populations ne blaguent pas avec le pouvoir.

Bamako, épicentre de l’incivisme 

Par contre, à Bamako, le constat qui se dégage est que les gens sont plus prompts dans la contestation, mais ne sont pas toujours prêts à aller voter. Ou, dit-il, les quelques rares habitants qui font le déplacement le jour des élections le font, généralement, moyennant de l’argent. «C’est là la réalité », s’est-il exclamé.  Avant d’ajouter que la démocratie est encore en construction dans notre pays et que nous devons accepter cet état de fait.

A ce niveau, il a affirmé que le taux d’enlèvement des cartes très élevé à Yorosso (75%), est à féliciter. En tout cas, le ministre Bill n’entend pas privilégier, en aucune manière, ceux qui ne veulent pas aller voter.

Par Abdoulaye OUATTARA




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