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mercredi 25 mai 2022
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Minusma-Accord de paix: dangereuses insinuations

« Il n’y a pas d’accord parfait », voilà la révélation qu’a cru faire le représentant spécial du secrétaire général des Nations-Unies, en mission à Alger, dans le cadre des pourparlers inclusifs intermaliens, le mardi dernier. Mais, en fait de révélation, cela tombe sous le bon sens élémentaire, parce que la perfection ne relève que du divin.

Relativement à l’accord discuté à Alger, les Maliens, certainement ne s’attendent pas à ce qu’il soit parfait. Il ne peut pas l’être dans la mesure où toute négociation repose sur la prédisposition à faire des concessions. À ce qu’on sache, qu’on l’appelle pourparlers, dialogue inclusif, ce qui se passe à Alger est une négociation qui comme toute autre qui nécessite par moment de lâcher du lest sur certains points, y renoncer totalement ; mais également défendre et chercher à obtenir ce que l’on considère comme essentiel.
Point besoin de se leurrer, le gouvernement malien ne fera pas l’exception à cette règle. Cela, les Maliens le savent mieux que qui conque, eux qui ont toujours privilégié le règlement pacifique des conflits. Ils ont une tradition de dialogue bien ancrée, depuis le temps de leurs ancêtres.
Ce qu’il est aussi permis de comprendre à travers cette déclaration très loin d’être anodine, « il n’y a pas d’accord parfait », c’est que quelque part on se prépare à leur servir un accord imparfait. À ce niveau commence le problème dès lors qu’il y a de bonnes raisons de croire à un accord volontairement vicié. Il ne peut en effet être question de faire avaler au Mali certaines couleuvres comme la création d’une milice, pardon police communale à Kidal ; la représentation dans l’administration et dans les institutions de l’Etat sur une base ethnique, sous le douteux prétexte qu’il n’y a pas d’accord parfait.
Il est évident que la formule qui irrite plus d’un dans le pays, vise un objectif précis qui n’échappe pas même au dernier de la classe : préparer les Maliens à accepter l’inacceptable, la forfaiture. On l’a vu avec le matraquage médiatique dont a été victime l’armée malienne présentée comme désorganisée, mal équipée, mal entrainée… Bref tout ce qu’il y a de mal, installant dans l’imaginaire populaire la certitude que le Mali n’a pas d’armée. Les Maliens eux-mêmes ont fini par s’en convaincre. Une bonne frange de l’armée elle-même n’a pas échappé à cette manipulation aux visées défaitiste. Sur ce coup, la presse occidentale mérite la palme d’or.
Par contre, ce que beaucoup d’acteurs ignorent, c’est que les Maliens commencent à tirer des enseignements des différentes facettes de la crise pour refuser de se laisser facilement intoxiquer ; se laisser mener par le bout du nez comme des moutons de Panurge. Aucune manipulation ne viendra à bout de l’attachement des Maliens à l’unité et à l’intégrité de leur territoire. La dangereuse insinuation qu’il n’y a pas d’accord parfait participe de cette entreprise de manipulation et de conditionnement de l’opinion nationale qui ne passera pas.
En réalité, l’accord de paix qui se dessine dans la capitale algérienne, qu’il soit parfait ou pas, les Maliens n’en ont cure, parce qu’épiloguer sur des termes, en des moments aussi graves, est le dernier de leurs préoccupations et relèverait de la gageure. Ce qu’ils souhaitent, c’est un accord juste qui préserve l’unité, l’intégrité territoriale, la souveraineté de l’État sur toute l’étendue du territoire national, la forme républicaine et laïque de l’État, l’égalité entre tous les citoyens… Tout accord qui respecterait ces principes fondamentaux serait juste parce que respectant les principes républicains.
Le Mali, bien qu’étant en difficulté, reste un État comme tout autre. Il ne peut par conséquent être diabolisé pour vouloir à défendre les mêmes principes républicains qui ont cours partout à travers le monde. Les attentes des Maliens se situent à ce seul niveau. Et qu’on ne s’y méprenne, ils n’accepteront pas l’amputation d’une partie de leur territoire au profit d’irrédentistes touareg de Kidal. Or, autant la déclaration du représentant spécial du secrétaire général des Nations-Unies, autant le projet d’accord ne rassurent quand bien même le chef de la diplomatie considère que ledit projet est une bonne base de discussion.
Par Bertin DAKOUO




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