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mercredi 13 décembre 2017
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Minusma et la protection des civils: chronique d’un échec annoncé

Violation flagrante du principe de l’impartialité face aux forces en présence; climat de plus en plus délétère avec la population civile dont la protection est l’une des composantes essentielles de la mission; mise en péril de plusieurs points du mandat à elle, confiée par le Conseil de sécurité, autant d’éléments qui hypothèquent sérieusement la réussite de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations-Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma).

L’intervention de la Force de maintien de la paix des Nations-Unies ou Casques bleus est régie par trois principes, à savoir: le consentement des parties en conflit à l’intervention; l’impartialité des Casques bleus faces aux forces en présence; la limitation de l’usage de la force par les Casques bleus à des fins de légitime défense uniquement.
Il n’était pas question d’ouvrir le feu pour imposer la paix. Il y a eu cependant des exceptions telles qu’au Congo où la Force onusienne a été autorisée à utiliser la force pour empêcher la sécession du Katanga en 1960-1964.
Quelques autres exemples suivront, en raison de contextes spécifiques; quand bien même le principe reste inchangé quant à la l’usage de la force, en dehors des cas de légitime défense.
Les principes d’intervention
Dans notre pays, c’est par la Résolution 2100 (2013) du Conseil de sécurité des Nations-Unies que le déploiement de la Minusma a été autorisé.
Si la Force française Serval qui a ramené dans son sillage à Kidal les rebelles du MNLA, boutés hors des frontières nationales par les éléments jihadistes, la mission des Nations-Unies, elle, est tenue au principe de l’impartialité qui régit son intervention dans tous les pays du monde. A cet effet les Maliens n’oublieront jamais cette réplique de l’ancien Représentant spécial du Secrétaire général des National-unies, Bert KOENDERS, Président IBK qui demandait aux forces internationales de désarmer et de cantonner les rebelles, le 6 janvier 2014. Réponse du berger à la bergère, lors d’une conférence de presse le 9 janvier 2014, il soutenait que le mandant de la mission «n’est pas d’imposer quoi que ce soit à qui que ce soit».
Le “mandat de la Minusma est de soutenir, sécuriser, accompagner, faciliter le dialogue pour la réconciliation nationale”. Réponse frustrante pour les Maliens qui ne perdaient pas de vue que la Résolution 2100 stipulait également l’accompagnement des autorités maliennes de la Mission pour le désarment, la démobilisation et la réinsertion (DDR), un processus également prévu par, l’Accord préliminaire de Ouagadougou du 18 juin 2013. Voici donc la neutralité paradoxale, réaffirmée avec une arrogance désinvolte par le Chef de la Mission des Nations-Unies au Mali.

L’ironie de l’histoire
Ironie de l’histoire, M. KOENDERS est aujourd’hui rattrapé par son insolence et son irrespect à un chef de l’État et à tout un peuple par les agissements très controversés de la Minusma, prise à défaut sur toute la ligne de l’impartialité qui est l’un de ses trois principes sacro-saints d’intervention. Deux comparaisons seulement peuvent attester qu’elle est en délicatesse avec ce principe.
D’une part, il faut souligner sa conduite par rapport au Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), retourné à Kidal dans les sacs à dos déjà bien lourds à porter des soldats de l’armée française qui ont faussé compagnie, pour les besoins de la cause, à leurs compagnons des Forces armées maliennes (FAMA) après la libération de la ville de Gao. Ce, par rapport à la mise en œuvre de deux accords.
Le premier est relatif à la “Déclaration de cessation des hostilités”, signée à Alger le 24 juillet 2014, où les parties avaient convenu, entre autres, “le repli immédiat de tous des éléments armés aux positions qu’indiquera la Commission conjointe, prévue au paragraphe 2”. Ledit paragraphe stipule: “l’envoi sur le terrain, dans les plus brefs délais, d’une Commission conjointe, chargée de prendre contact avec les acteurs en vue de faciliter la consolidation de la cessation des hostilités, et dont les modalités et l’exécution sont confiées à la Minusma”.
Le second porte sur l’accord signé, sous les auspices du Président en exercice de l’Union africaine (UA), le Mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz. Nous vous livrons in extenso le communiqué rendu public à cet effet par le Chef de la Minusma : “Bamako, 23 Mai 2014 – Le  Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU M. Albert Gerard Koenders annonce qu’à 21:30, ce vendredi 23 mai 2014, un accord de cessez-le-feu a été signé entre le Gouvernement du Mali et le MNLA, HCUA et le MAA.
Les parties ont convenu de la cessation des hostilités sur toute l’étendue du territoire national; de revenir à l’accord préliminaire du 18 juin 2013 pour une reprise immédiate des négociations avec le soutien des Nations Unies et ses partenaires régionaux et internationaux.
Elles ont également convenu de la libération des prisonniers dans les meilleurs délais; de faciliter les opérations humanitaires des Nations Unies et autres partenaires humanitaires; et de respecter les principes de droit humanitaire en vigueur.
Deux accords, deux violations
Conformément à l’accord signé, les parties se sont accordées sur la mise en place d’une commission internationale d’enquête relative aux événements survenus, en commençant par Kidal.
Ledit accord a été signé sous la supervision de son Excellence Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, Président de la République islamique de la Mauritanie et Président en exercice de l’Union Africaine, et du Représentant Spécial du Secrétaire général de l’ONU, M. Albert Gérard Koenders”.
Comme on peut le constater, ces deux accords mettent l’accent sur le cessez-le-feu, mais également sur le cantonnement des forces en belligérance.
Dans le mépris souverain de ces dispositions, le MNLA a poursuivi son expansion au point de venir planter son “drapeau” à quelques kilomètres de Gao. En clair ce groupe rebelle n’est jamais resté à Kidal sans y être contraint, violant outrageusement tous ses engagements.
Les affrontements entre le MNLA et le GATIA se sont tous produits dans les zones d’influence de ce dernier. En clair, le MNLA est à l’origine de toutes les provocations. Cela ne semble particulièrement pas incommoder la Minusma dès lors que le groupe irrédentiste s’en tire à bon compte.
Le voile tombe
Par contre, l’État malien qui a le monopole de l’usage légitime de la force se trouve toujours confiné dans les réservées. Toute tentative d’en sortir donnerait lieu à une réaction fulgurante de la Mission de rappel au respect des engagements. Il est apparu évident que ce respect à certains et pas à d’autres, surtout quand ils ont pour “’fief”’ Kidal. Cela écorche sérieusement le principe de l’impartialité.
D’autre part, il y a eu les récents événements de Tabankort qui ont définitivement levé le voile sur une attitude de deux poids, deux mesures. En effet il a suffi que le rapport de force change pour que la Minusma s’empresse de décréter une zone temporaire de sécurité (ZTS) ou zone d’exclusion sous le couvert de la signature d’un accord avec la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), à Kidal.
Un accord signé à l’exclusion de l’autre partie en conflit, à savoir le GATIA. La raison ? Il faut chasser le GATIA de ses positions. Ce d’autant plus que ce groupe armé, selon certains de ses responsables, a reçu des sommations pour vider les lieux sous peine d’être bombardé. Et il ne fait l’ombre d’aucun doute que s’il n’obtempère pas, il le sera, contrairement au MNLA et alliés qui peuvent s’autoriser toutes les frasques et tous les écarts possibles. Cette attitude également porte un sérieux coup au crédit de la Minusma.
Le rejet de la population civile
La détérioration des rapports avec la population civile n’est que la résultante de cette attitude qui sape le principe de la neutralité. La double manifestation des populations de Gao en dit long.
Après avoir battu le pavé le vendredi dernier, pour la soutenir, à l’appel de la société civile, la Minusma, Barkhane et le GATIA, il n’aura pas fallu longtemps pour qu’elle découvre la supercherie après l’accord d’établissement d’une ZTS entre la Minusma et la CMA et principalement dirigé contre le GATIA. Le dimanche les jeunes ont marché sur le QG de la Minusma pour dire NON à la ZTS. Très remontés, ils étaient des milliers de Gaois (populations de Gao) à redescendre hier dans les rues pour dénoncer cet accord partisan. De toute évidence, cet accord a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Si les politiques préfèrent manier la langue de bois, la population, elle préfère donner de la voix. Voici à présent la Minusma au centre d’une antipathie des populations de Gao, expression de l’échec de sa mission. On ne peut pas détester celui qui vient te sauver. Lorsque c’est le cas, c’est qu’il est venu sauver quelqu’un d’autre. Et la Minusma vient d’être prise en flagrant délit de complot contre la stabilité du Mali en étant à l’origine de troubles à la paix sociale alors qu’elle est une mission de stabilisation.
Mission impossible
Dans ces conditions, comment accomplir les autres aspects de sa mission? En l’occurrence les missions suivantes; user de ses bons offices et de mesures de confiance et d’encouragement aux niveaux national et local, y compris par l’entremise de partenaires locaux, selon qu’il conviendra, pour prévoir, prévenir, atténuer et régler tout conflit; aider les autorités de transition maliennes et les populations du Nord du pays à faciliter tous progrès dans le sens d’un dialogue national sans exclusive et l’entreprise de réconciliation, en particulier le processus de négociation, visé au paragraphe 4, y compris en renforçant les capacités de négociation et en favorisant la participation de la société civile, dont les associations féminines.
En toute logique, il est permis de répondre par la négative. Et pour cause, la Mission a perdu toute confiance aux yeux de la population et si elle peut accompagner les officiels, il lui serait désormais difficile de jouer les facilitateurs dans de nombreuses localités du Nord. Cela est un fiasco.
En définitive, cet échec n’ôte rien au respect dû à la mémoire des soldats de la paix qui sont tombés au Nord en combattant les terroristes. Le peuple malien n’est pas ingrat; mais il veut être respecté même dans le tréfonds de l’épreuve.
Par Bertin DAKOUO




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