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samedi 5 décembre 2020
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Mise en place du CNT: le fossé se creuse entre la transition et des forces vives

La formation du Conseil National de la Transition qui était tant attendue se dirige-t-elle vers un blocage ? C’est en tout cas le schéma qui se dessine depuis quelques jours après les deux décrets du Président de la Transition Bah N’DAW relatifs à la clé de répartition et aux modalités de désignation des membres du CNT sans concertation et dans une démarche solitaire. En représailles à ces décisions, des forces vives de la nation, en grande majorité, des partis politiques et des organisations syndicales ont opté pour la politique de la chaise vide. Pour elles, pas question de siéger au CNT dans ces conditions. Face à cette grogne, le Président Bah N’DAW va-t-il revenir sur ces deux décrets pour prendre en compte les observations de ces acteurs ?

Le M5-RFP, EMK, EPM, la Plateforme JIGIYA KURA, la CSTM, l’UNTM, la CDTM sont entre autres regroupements politiques et organisations syndicales qui ont décidé de ne pas siéger au sein du Conseil National de la Transition (CNT) suivant la démarche et les conditions posées par les nouvelles autorités. En cause, ils reprochent à la Transition une démarche solitaire, du mépris à leur égard dans la mise en place de l’organe législatif de la période intérimaire. Et, le boycott de ces acteurs peut compromettre la réussite de la Transition qui doit adopter des réformes politiques et électorales.
Outre la grogne sociale, la Transition va ouvrir ainsi un autre front sur le plan politique dont les conséquences peuvent être graves pour notre pays, en pleine difficultés économiques, sécuritaires, sanitaires…

Les raisons du boycott
du M5-RFP
Depuis le coup d’Etat du 18 août, le courant ne passe plus entre le M5-RFP et le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) dont il dit qu’il a parachevé sa lutte. Si le mouvement de contestation a été dribblé à plusieurs reprises par les militaires dans la mise en place des organes de la Transition et de la formation du gouvernement, le M5-RFP comptait sur la formation du CNT pour être récompensé de son engagement et de sa mobilisation contre IBK. Ainsi, lors d’une conférence tenue au siège de la CSTM, le M5-RFP a demandé d’obtenir la présidence du CNT et le quart de ses membres.
Mais, le Président de la Transition Bah N’DAW décrète sur la formation du CNT. Affirmant avoir pris, l’information sur les réseaux sociaux, le M5-RFP indique, sans étonnement et sans surprise, n’avoir pas été officiellement saisi de cette question vitale pour la bonne marche de la Transition.
A l’examen, les deux décrets sont purement et simplement inacceptables pour le Peuple malien pour diverses raisons dont :
1- Les très nombreuses irrégularités aussi bien dans la forme que dans le fond des deux textes. Le M5-RFP, profondément attaché à l’Etat de droit ne saurait cautionner aucune violation des textes fondamentaux, en l’occurrence la Constitution et la Charte de la Transition.
2- Le délai de 48 heures imparti aux candidats pour déposer leurs dossiers procède d’une méconnaissance totale des réalités du Mali. Que feront en effet les candidats dont les casiers judiciaires doivent être délivrés dans des localités éloignées de Bamako ou situées en zone d’insécurité pour obtenir ce document sans lequel leurs dossiers, forcément incomplets seront rejetés.
Ce court délai procède aussi d’une volonté de favoriser la fraude et le favoritisme, accuse le M5-RFP en soutenant qu’il dispose en effet d’éléments probants, de témoignages sur ce qui apparait comme des « délits d’initiés » : ceux dont la présence est souhaitée au CNT ont déjà été invités depuis plusieurs jours, à se procurer le fameux sésame.
3- Il est inadmissible que le Vice-président de la Transition, encore président du CNSP non encore dissout, dispose d’un pouvoir de censeur pour choisir les bons et mauvais candidats en lieu et place des entités concernées. De quelle connaissance des candidats, de quel droit ou encore de quelle légitimité disposerait-il pour s’octroyer une telle prérogative dont le but inavoué est d’amener les seuls amis, parents et affidés au CNT.
4- Ces manœuvres sur la mise en place du CNT ont fait tomber les masques et dévoilé la nature purement militaire de la Transition avec un habillage civil qui ne trompe plus personne ni au Mali ni parmi les observateurs internationaux.
5- Il appartient dès lors au Peuple malien de se mettre débout, de dénoncer la restauration en cours, de se battre contre le maintien du régime de IBK sans IBK et de refuser la manipulation et la forfaiture en cours.
En conséquence, le M5-RFP lance un appel à toutes les forces patriotiques, politiques et sociales pour se concerter, rentrer en résistance et faire face pour sauver la Démocratie et la République afin de réaliser le changement pour lequel des millions de Maliens se sont battus et dont certains ont consenti le sacrifice suprême.
Le M5-RFP, qui refuse de servir de faire-valoir à un régime militaire déguisé, a unanimement décidé de ne pas participer au Conseil National de Transition (CNT) dans le format proposé.
Par conséquent le M5-RFP dénie à quiconque d’y participer en son nom et met en garde les autorités de la Transition contre toute manipulation visant à associer son nom à cette mascarade.

L’EPM appelle à la vigilance
Egalement lors de la conférence extraordinaire de ses présidents tenue le mercredi dernier, l’EPM a procédé à une analyse approfondie des conditions de sa participation au Conseil National de la Transition (CNT). La conférence ayant pris acte des décrets du Président de la Transition et la fixation des quotas a été effectuée sans consultation aucune de la classe politique de notre pays exprime son étonnement et ses inquiétudes sur les points suivants :
– La non implication des autres organes légaux de la Transition, notamment le Gouvernement, dans la procédure de mise en place du Conseil National de la Transition conformément à ses missions déterminées par la Charte de la Transition ;
– La large représentation des militaires au nombre 22 au sein du Conseil National de la Transition qui est l’organe législatif de ladite Transition ;
– La non transparence des critères de choix à laquelle ni l’article 3 du décret N°2020-0142 ni le décret N°2020-143 dans son entièreté n’apportent aucun démenti ;
– La faible représentation des partis politiques, sachant bien que la période de la Transition sera fondamentalement réservée aux réformes politiques et institutionnelles dans notre pays.
En conséquence, l’Alliance Ensemble Pour le Mali (EPM) décide de ne pas désigner de représentants devant siéger au sein du Conseil national de la Transition. Le regroupement politique exhorte toute de la classe politique d’observer le devoir de la non-participation des représentants des partis politiques au CNT. Enfin, il appelle l’ensemble du peuple malien à la vigilance.

La Transition viole sa charte, selon la Plateforme JIGIYA KURA
Dans la même logique la nouvelle Plateforme, JIGIYA KURA, dirigée par le Président de la CODEM Housseini Amion GUINDO, dans son communiqué, se dit être surpris, contrairement au M5, de l’attitude des nouvelles autorités de la Transition.
‘’Cette démarche a péché par le manque de concertation. Le mode de désignation proposé ne respecte aucun texte ni de la constitution ni de la charte de la transition, encore moins de la loi relative à la charte des partis politiques’’, indique le communiqué.
Par conséquent, la Plateforme Espérance Nouvelle – JIGIYA KURA s’abstient de participer au CNT dans ces conditions. Aussi, a-t-elle exprimé son inquiétude quant à la conduite des réformes politiques et institutionnelles, administratives et électorales.
‘’Espérance Nouvelle- JIGIYA KURA est surprise que le ministère de l’Administration territoriale n’ait pas convié les partis politiques conformément au décret 0020 PM- RM du 17 janvier 2019’’, a-t-elle relevé en ajoutant que la mise à l’écart des partis politiques est de nature à compliquer la mission du Conseil National de la Transition.
Ainsi, pour éviter cette situation, elle invite le Président de la Transition à plus d’ouverture pour la bonne marche de sa mission. Et JIGIYA KURA reste disposée à accompagner la transition, seulement que dans un cadre inclusif pour la réussite de la transition.

CoFoP : la confiscation du rôle des politiques
Sur le sujet, la Coalition des forces patriotiques (CoFoP) dans un communiqué a donné sa position. Pour ce regroupement politique, la démarche de la Transition est une confiscation du rôle des politiques. Ce qui constitue, selon lui, une entrave à la démocratie malienne et un danger pour l’avenir de notre pays. Et en prenant acte du décret fixant la clé de répartition entre les composantes du CNT, la conférence des présidents de la CoFoP informe l’opinion nationale et internationale qu’elle ne fournira pas de dossiers pour participer au Conseil National de la Transition.
Toutefois, la CoFoP, dans son communiqué, précise qu’elle reste disposée à accompagner toutes les actions démocratiques qui contribuent au développement du Mali.
L’UNTM conditionne sa participation
En plus des regroupements politiques, des centrales syndicales sont aussi frustrées de l’attitude de la Transition quant à la mise en place du CNT. Il s’agit en occurrence l’UNTM, la CSTM et la CDTM.
Contrairement aux deux autres centrales, l’UNTM pose des conditions à sa participation au Conseil National de la Transition. Sur les 121 membres de la structure, elle réclame 13 sièges. Or, dans le décret portant clé de répartition, ce sont 4 places qui sont réservées à l’ensemble des organisations syndicales du Mali.

Rassemblés par Sikou BAH




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