Moc-autorités: trop c’est trop !

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Entre la valse des Mouvements armés sur l’établissement des autorités intérimaires et l’opérationnalisation du Mécanisme Opérationnel de Coordination (MOC) et la réponse apathique de la communauté internationale, la patience des Maliens prend un sacré coup et renvoie la paix et la réconciliation aux calendes grecques.

Il est clair : le MOC et les autorités intérimaires sont l’arme fatale trouvée par les Mouvements armés pour entretenir le désordre, sinon faire du Nord un Far West où à coup de Kalach, l’on soutient un commerce florissant basé sur tous les produits et substances illicites possibles. C’est une récurrence, les travaux du Comité de Suivi de l’Accord sont régulièrement pris en otage en raison de ces deux questions. La 13e session du Comité de Suivi de l’Accord (CSA) qui vient de s’achever, n’a pas fait exception à ce terrorisme des Mouvements armés dont le dessein est manifeste de savonner la planche au Gouvernement.

Les acquis
Pourtant, les arguments ne manquent pas pour donner un coup d’accélérateur à la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger qui, faut-il le rappeler ne se résume pas à l’établissement des Autorités intérimaires et l’opérationnalisation du MOC.
Justement sur le MOC, la 10e session du CSA, tenue du 25 et 26 juillet dernier, a salué les résultats de la commission ad hoc créée en vue de l’opérationnalisation du MOC. Les parties se sont entendues sur un processus DDR-Intégration accéléré et sur la nécessité de mettre en place, dans les meilleurs délais, les critères d’intégration des combattants. Le CSA a également pris note du consensus sur l’opérationnalisation du MOC à Gao et la mise en place ultérieurement de patrouilles mixtes et leur extension à Tombouctou et Kidal.
Depuis le mois de septembre, apprend-on, toutes les listes des éléments devant participer aux patrouilles mixtes étaient déposées. Il s’agit de celles de l’armée régulière, de la Plateforme et de la Coordination des mouvements armés (CMA), à raison de 200 hommes par partie signataire de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger.
L’autre équation de taille qui devrait se poser concerne la logistique. L’on apprend de la Mission onusienne que cet écueil est franchi. En tout cas, pour ce qui est de la première unité de patrouilles mixtes qui sera basée à Gao. Elle affirme, en effet : « le Mécanisme opérationnel de Coordination (MOC), qui doit coordonner ces actions de mise en confiance et de sécurisation, est installé à Gao depuis octobre 2015 et a bénéficié du soutien du Gouvernement et de la MINUSMA, pour la fourniture de véhicules, d’équipements militaires, de mobilier et fournitures de bureau. L’alimentation, les soins médicaux, l’eau et le carburant destiné aux premières patrouilles sont disponibles ».

Les facéties
Il découle de ce qui précède que les hommes sont là ; la logistique est disponible ; le MOC est établi à Gao, avec un chef, et ayant pour mission, conformément aux dispositions de l’Accord, de planifier et de conduire les patrouilles mixtes incluant des éléments des forces armées et de sécurité maliennes et des éléments de la Coordination et de la Plateforme avec, si nécessaire, et si possible, l’appui de la MINUSMA et des forces internationales en présence.
Au regard de l’existant, avec un minimum de bonne volonté, les patrouilles mixtes auraient pu démarrer.
Mais non, au lieu de voir les avancées indéniables, l’on se crêpe les chignons à Bamako, juste pour plomber le processus en cours. Ce qui fait largement les affaires des sous-marins en eaux troubles, et pas seulement les Mouvements armés dont le péché congénital est connu depuis belle lurette.
Pour maintenir l’imbroglio, avec des complicités insoupçonnées, l’on invente des étapes nulle part contenues dans l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger. Au nombre de ces créations qui surgissent tel un lapin d’un chapeau, il y a le fameux pré-cantonnement qui doit être une autre exception malienne, comme si les combattants n’étaient pas déjà pré-cantonnés. Assurément, on aura tout vu dans cette crise politico-sécuritaire.

Le dilatoire
Pour ce qui est des Autorités intérimaires, il y a eu la signature d’une ‘’Entente’’ entre le Gouvernement et les Mouvements armés depuis le 19 juin dernier. Il y a ensuite eu le décret de nomination des membres des Autorités intérimaires. Les Parties étaient convenues de l’installation desdites Autorités le 15 novembre dernier. Jusqu’au 7 du mois, la logique d’installation desdites Autorités était intacte. C’est pratiquement à deux jours de l’échéance que les Mouvements armés ont décidé de tourner casaque. La raison ? C’est ahurissant, parce qu’ils demandent qu’il faille préalablement opérationnaliser le MOC qui justement n’est pas opérationnel par leur faute.
Le dilatoire est patent. Pendant plusieurs mois, ils se sont battus bec et ongle pour l’établissement des Autorités intérimaires et l’opérationnalisation du MOC. À présent, qu’ils ont les deux, ils usent d’artifices pour prioriser le MOC sous le prétexte fallacieux de la sécurisation des Autorités intérimaires.

L’insulte à l’intelligence
Il y a là insulte à l’intelligence collective, puisque, primo, en aucune manière les patrouilles qui visent la stabilisation des villes ne riment avec protection des personnalités (Autorités intérimaires).
Secundo, la première menace contre les Autorités intérimaires ce sont les hommes en armes. Et ce sont les Mouvements qui portent les armes ; les mêmes Mouvements qui sont représentés au sein des Autorités intérimaires. Étant juge et partie, il n’y a donc aucun danger particulier, y compris de la part des jihadistes qui fricotent avec le HCUA.
Tertio, il n’y a aucun lien intrinsèque entre le MOC et les Autorités intérimaires. L’un ou l’autre peut être indistinctement mis en place.
Il faut rappeler la déclaration du Président de la Commission mixte de Sécurité (CTS), le Général de Division Michael Lollesgaard, commandant de la Force MINUSMA, du 20 novembre dernier qui dit : ‘’Suite au communiqué publié le 7 novembre par le Gouvernement, la Coordination et la Plateforme décidant : de mettre en œuvre les Mécanismes opérationnels de Coordination (MOC) de Kidal et de Gao au plus tard le 15 novembre 2016 ; d’installer, les autorités intérimaires des régions de Tombouctou, Gao, Kidal, Taoudéni et Ménaka au plus tard le 15 novembre’’. Le 15 novembre est passé. Non seulement rien n’est fait, mais les Mouvements armés s’autorisent une salve de critiques inadaptées. Vraiment, trop c’est trop.

Par Bertin DAKOUO

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