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samedi 17 avril 2021
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Moctar OUANE: ‘‘l’efficacité des actions des FAMA doit être évaluée au nombre de villages secourus ou défendus’’

Le Premier ministre, Moctar OUANE, a présidé, le vendredi dernier, le Cadre politique de gestion de la crise, au Centre au gouvernorat de la région de Mopti. C’est la première fois que ce cadre est délocalisé. A l’issue de cette réunion dont l’objet est de donner une nouvelle impulsion à la sécurité dans la zone, le Premier ministre a exhorté les soldats à mettre l’accent sur la protection des civils qui se sentent laissés pour compte pour atténuer la création des milices d’auto-défense.

Avant ce cadre politique de gestion, la délégation ministérielle, dans la matinée, s’est rendue auprès des déplacés internes de la région de Mopti. Des centaines de personnes essentiellement des femmes et des enfants qui ont été contraints d’abandonner leur terroir à cause de la violence. Abdoulaye BARRY, l’un des pensionnaires de ce site d’accueil a quitté Koro avec plus une dizaine de membres de sa famille. Depuis deux ans, ils y vivent. « On n’a l’impression que la situation n’évolue pas. De plus en plus, on perd l’espoir du retour de la paix », constate le sexagénaire entouré d’autres victimes de la situation avec lesquelles ils partagent le site. S’il ambitionne de s’insérer économiquement dans la ville de Mopti, toutefois, il déplore qu’ils ont peu d’opportunités.

Le cri de cœur des déplacés internes
Aborder son passé à Koro est un souvenir douloureux qu’il ne souhaitait pas évoquer. C’est pourquoi, préfère-t-il, parler plutôt de leur sort. « Ce qui s’est passé, c’est mon histoire. Je n’oublierai jamais », précise-t-il avec son accent peul. Et sur le site où il passe l’essentiel de son temps, il affirme manquer de beaucoup de choses. Selon lui, ils sont confrontés à un problème d’hygiène et souvent d’alimentation. « Les nourritures qu’on nous donne ne sont pas souvent suffisantes », a dénoncé le vieux BARRY.
De son côté, le chef du village du site, sans évoquer les difficultés auxquelles ils sont confrontés, s’est réjoui de recevoir les tonnes de riz pour améliorer leur alimentation. C’est une bonne chose, a-t-il apprécié, mais ils souhaitent que l’Etat crée les conditions de leur retour. « Nous ne sommes pas à l’aise quand les gens viennent nous faire des dons », a affirmé le chef de village.
Sur le 2e site appelée la famille MINTA c’est la même doléance.
À l’instar de Sokoura, le Premier ministre a donné à ces déplacés 5 tonnes de riz.
A l’issue de ces cérémonies, le Premier ministre s’est entretenu avec les hommes de médias sur la portée symbolique de ces gestes à ces personnes qui, malgré eux, ont fui leur terroir pour se retrouver à Mopti.
Ces visites témoignent de la solidarité du gouvernement envers ces personnes, a justifié le Premier ministre OUANE.
« Je suis venu rendre visite aux déplacés internes de Sokoura pour leur exprimer la solidarité du gouvernement dans ce moment difficile qu’ils traversent. Je suis venu ensuite leur témoigner que leur souffrance est celle de tous les Maliens et de toutes les Maliennes. Surtout, je suis venu concrétiser la forte volonté politique du gouvernement du Mali pour fournir à ces déplacés internes l’assistance coordonnée et intégrée. C’est pourquoi, nous avons procédé symboliquement à la remise de 40 tonnes de vivres à ces populations », a expliqué Moctar OUANE.
Puis, il a ajouté que le gouvernement de la République du Mali est totalement déterminé à travailler pour le retour rapide de ces personnes dans leurs localités respectives. Cela va leur permettre, soutient-il, de vivre dans la dignité, de poursuivre leurs activités traditionnelles en occurrence la culture, le pâturage.
Mais, en attendant, le chef du gouvernement a promis que tout sera mis en œuvre pour assurer leur insertion économique. A cette occasion, M. OUANE a exhorté ces déplacés à renforcer la cohésion sociale lorsqu’ils retourneront chez eux. « Ils doivent faire en sorte que le vivre ensemble soit trouvé », a-t-il invité tout en lançant l’appel à l’unité nationale de tous les Maliens. Pour le chef de l’exécutif, c’est un impératif pour survivre et de sauver le pays. Sur le plan militaire, M. OUANE a déclaré que la lutte contre l’insécurité se poursuivra ‘’sans merci’’.
Konna, de mal en pis
En attendant le retour de ces déplacés, le gouvernement travaille à renforcer la présence des soldats sur le territoire national pour mieux sécuriser la population dans la région. Parce qu’en dehors d’une poignée de localités, toute la région est baignée dans une insécurité totale, témoignent plusieurs habitants à l’image de M. CISSE. « Aucun soldat ne peut se rendre par exemple derrière le fleuve. Et les populations de ces zones sont laissées à leur compte », a-t-il dénoncé.
Egalement l’un des conseillers de la ville de Konna, Demba SAMOUKA a constaté avec regret que la situation sécuritaire s’est détériorée dans les localités de la commune rurale de Konna. La ville de Konna est l’abri d’attaques, mais tel n’est pas le cas de ses localités voisines. En effet, de 2013 à nos jours, la situation sécuritaire ne s’est pas améliorée. Bien au contraire, elle s’est dégradée puisqu’il y a toujours des zones où l’Etat n’est pas encore présent. Ces villages sont fréquemment soumis au diktat des groupes armés.
Peut-être que le salut de la ville Konna est sa brigade de sécurité et de surveillance constituée uniquement de ses natifs au nombre de 486 personnes. Leur président, Mahamane KEBE, a rappelé que ce cadre a été créé en 2016 à la suite de nombreux cas d’assassinats et de vols dans la ville. C’est pourquoi, explique-t-il, ils ont décidé de mettre en place cette brigade pour assurer leur propre sécurité. « A l’époque, il n’y avait aucune force de l’ordre. On était seul. Et la brigade était notre seule alternative », a soutenu M. KEBE. Mais contrairement à d’autres organisations de protection de la population, il affirme qu’ils ne disposent pas de fusil, d’aucune arme à feu. « Nous avons quand même des bâtons, des coupe-coupe », a précisé le président KEBE.
Toutes les nuits, les membres de la brigade patrouillent dans la ville. Toute personne qui circule au-delà de minuit est arrêtée et mise à la disposition des forces de l’ordre. Avec celles-ci, le président soutient qu’ils ont une franche collaboration.
Ces préoccupations étaient au cœur du Cadre politique de gestion de la crise au Centre délocalisé à Mopti. Cette réunion qui a regroupé des responsables militaires et des responsables des services a été présidée par le Premier ministre. Ce cadre a été sanctionné, après deux heures d’échanges, par certaines mesures qui ont trait au renforcement de la sécurité de la population civile, de la solidarité nationale et à la cohésion sociale. Aussi, la réunion a décidé de poursuivre la mise en place des Pôles sécurisés de développement et de gouvernance.
La protection des civils au cœur de la sécurité
Ainsi, Moctar OUANE a fait savoir qu’il leur faut réorienter les marqueurs d’évaluation du succès des opérations militaires sur la protection des populations civiles. « Un recentrage de l’agenda stratégique sur la protection des civils devrait nous permettre d’orienter les ressources et les énergies vers la sécurisation des personnes, en première ligne, et les plus directement affectées par la violence et l’insécurité, ainsi que de sécuriser leurs biens et leurs moyens d’existence », a-t-il souligné. Selon lui, l’efficacité des actions de nos Forces de défense et de sécurité ne doit plus uniquement être évaluée à l’aune du nombre de « terroristes neutralisés », mais aussi et surtout du nombre de villages secourus ou défendus. Il estime que cela devrait permettre de combler le déficit de protection des civils et d’atténuer le sentiment pour les communautés locales d’être livrées à elles-mêmes, ce qui amène souvent les populations à mettre en place des groupes dits d’auto-défense.
Par ailleurs, il a rappelé que les Pôles sécurisés de développement et de gouvernance poursuivent un triple objectif : améliorer la présence réelle et opérationnelle des forces de sécurité ; favoriser le retour et le fonctionnement efficace de l’administration de l’État et des collectivités territoriales. Enfin, ils visent à procéder au lancement d’activités économiques génératrices de revenus. La stabilisation des régions du Centre passera nécessairement par une approche holistique, prenant en compte toutes les dimensions de la problématique.

Par Sikou BAH, envoyé spécial




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