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mercredi 18 octobre 2017
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Modibo KEITA: une mission, six défis urgents

À73 ans, la nomination de Modibo KEITA au poste de Premier Ministre n’est pas anodine. Elle découle de la volonté présidentielle à donner un coup d’accélérateur dans la mise en œuvre de son programme présidentiel. Certes, les épreuves qui attendent le nouveau Premier ministre ne sont pas insurmontables, mais il va falloir compter sur le caractère urgent de certains dossiers aussi et surtout des impondérables du moment. Sans compter quele changement promis par le Président IBK et tant souhaité par le peuple malien n’a pas été véritablement amorcé par les gouvernementsprécédents. Du coup, le nouveau Premier doit agir vite et très vite afin de relever les nombreux défis auxquels le pays est confronté.

Le premier terrain sur lequel le nouveau Premier ministre est attendu est celui de la réussite du défi du dialogue social, de la paix et de la réconciliation à travers le dialogue inclusif entre tous les fils du pays.

Réconciliation nationale

Modibo KEITA ne devrait pas être dépaysé puisqu’enfinconnaisseur du dossier du Nord Mali, pour avoir assumé des fonctions de haut représentant du chef de l’État, Ibrahim Boubacar Keïta, aux négociations d’Alger, il doit être à la hauteur de la tâche qui l’attend. Surtout que le nouveau chef du gouvernement était déjà entré dans sa peau de haut représentant en rencontrant les acteurs clés impliqués dans les pourparlers d’Alger. C’est dans ce sens qu’il avait échangé, avant la reprise des négociations,  avec les rebelles touareg et le médiateur algérien pour leur expliquer le contenu de la mission qui lui était dévolue dans le mécanisme de la réconciliation nationale.

À l’ouverture aussi des négociations, il a laissé une excellente impression à travers un discours mémorable qui a marqué les esprits. Sans compter qu’il a été également d’un atout majeur pour la délégation gouvernementale qui a réussi à faire accepter, dans le préaccord,les instructions du Président de la République relatives à l’indivisibilité du territoire du Mali et à la préservation du caractère républicain, démocratique et laïc de la république.

Le parachèvement du dialogue inter-Malien, dont le 5ème round devrait incessamment débuter, est une des priorités à laquelle il doit s’atteler au plus vite pour amener tous les acteurs concernés autour de la table et à la signature d’un accord de paix.

Le second défi important qui attend le chef de l’exécutif et non pas le moindre est la réforme de l’État et de l’Administration publique.

La réforme

La réforme l’administration est un vaste chantier aux aspects multiples et complexes que nul ne saurait ignorer. Elle est aussi une quête permanente de performance à laquelle tout citoyen avisé ne saurait se déroger. L’adéquation de l’administration aux exigences d’un monde en perpétuelle mutation apparaît toujours comme un défi à relever parce que faisant d’elle le levain à une démocratie vraie, par conséquent plus proche des usagers.

Sur ce domaine, le nouveau Premier ministre qui bénéficie d’un préjugé favorable fondé sur sa maîtrise des rouages de l’Administration malienne, son intégrité morale à toute épreuve et son culte du travail méthodique et bien fait, doit travailler pour mettre de l’ordre dans la « maison » et tout en remettant la machine de l’Administration sur les rails. Cela, d’autant plus, qu’après la crise de 2012, l’État a été complètement effronté jusque dans ses fondements. Ce qui exige un nouveau départ pour sa reconstruction.

Àla décharge des deux prédécesseurs, Oumar Tatam LY et Moussa, qui n’avaient aucune connaissance de la marche de l’État et de l’Administration publique avant leur nomination, Modibo KEITA, en sa qualité de grand commis de l’État, est vivement attendu sur ce terrain de la réforme. Il a été choisi pour ce faire et il doit la réussir.

La cohésion

Cependant, la réussite de ces deux challenges cités plus haut par l’actuel chef du gouvernement passe nécessairement par sa capacité de rassemblement et de cohésion de la Majorité présidentielle. De ce fait, il se doit de parvenir, à travers le consensus qui s’est fait autour de lui, d’unir les Maliens autour d’une ambition partagée.

Mais, pour réussir, il faut d’abord qu’il arrive à réunir son propre camp désorganisé, cette majorité présidentielle, large et hétéroclite, difficile à gérer. Ce faisant, il aura franchi un grand pas dans sa lourde et difficile mission de pousser le pays vers de l’avant.

Autre grand enjeu auquel le Premier ministre devrait s’atteler c’est celui du dialogue social avec les partenaires sociaux.

L’on se rappelle que les partenaires sociaux, d’une manière générale pour cette première année de mandat du Président IBK, ont été très compréhensifs en accompagnant ses actions.

Apaisement social

Le nouveau PM se doit vite de comprendre la légitimité des préoccupations et des revendications de ces responsables syndicaux.Avec les gouvernements précédents, ils ont eu l’impression et le sentiment que leurs préoccupations n’étaient pas prises au sérieux par le gouvernement. D’où, le grand mouvement et les menaces de grève de certaines organisations corporatistes, notamment la centrale syndicale de l’UNTM.

Un épisode triste qui a amené même le Président à se saisir du dossier en rencontrant tous les partenaires dans ce domaine.

Le réveil du front social est une préoccupation à laquelle le chef de l’exécutif doit prendre très au sérieux. C’est pourquoi Modibo doit utiliser son expérience, sa capacité d’écoute et sa sagesse à calmer les ardeurs dans un dialogue constructif.

Au plan sécuritaire, l’enjeu est également de taille.

La Mission de l’ONU au Mali (Minusma) a exprimé au début du mois de janvier son inquiétude face à la recrudescence des violences dans le nord du pays, théâtre de violents affrontements, ces derniers jours, par une série d’attaques, de prises d’otages, d’actes de vengeance et d’affrontements entre groupes armés.

Sécurité

Sous ce chapitre de la sécurité, Modibo KEITA aura également comme challenge la mise à niveau de l’armée malienne, en la dotant d’effectifs adéquats, bien formés, disposant de matériels à hauteur de mission.

C’est en réussissant ces défis aux allures d’urgence que le chef de l’exécutif aura franchi cet autre cap, celui de s’attaquer aux défis macroéconomiques. Or, sur ce plan, il s’agit de tenir et de mettre en œuvre les engagements du Président de la République, à travers son programme présidentiel : « pour le l’Honneur et le Bonheur des Maliens ».

Par ce slogan, IBK s’est engagé à restaurer l’autorité de l’État, à lutter contre la corruption à travers une justice sociale et équitable.

Mais, force est de constater que malgré tout ce qui se dit, les Maliens ne voient pas grande chose dans la réalisation de ces promesses.

Il s’agira donc pour le nouveau gouvernement de réparer la frustration sociale causée par l’injustice qui a même poussé certains démocrates à soutenir le coup d’État de mars 2012 par l’instaurationd’une justice équitable pour tous.

À cela s’ajoutent la création d’emplois qui demeure une bombe à retardement au Mali, le renouveau du système éducatif pour permettre aux produits de l’école malienne d’être plus compétitifs dans un monde à concurrence rude.

Sur la question économique, le PM hérite d’un jugement favorable. Le Cadre macroéconomique s’est nettement amélioré.

Défi économique

En dépit de la crise multidimensionnelle que notre pays a connue, l’économie a renoué avec la croissance en 2014 grâce au secteur agricole. Les perspectives s’annoncent bonnes. Les efforts du Gouvernement ont permis d’enregistrer des avancées dans l’amélioration du cadre macroéconomique, notamment un taux de croissance attendu de 5,8% en 2014 contre 1,7% en 2013.

La coopération dynamique engagée par le Gouvernement avec ses « partenaires techniques et financiers (PTF) » a permis la reprise de la mise en œuvre du programme appuyé par la Facilité élargie de crédit ainsi que celle des accords de prêts avec l’Union européenne, la Banque mondiale et les principaux partenaires bilatéraux et multilatéraux du Mali. C’est tous ces acquis que la nouvelle équipe gouvernementale aura à pérenniser et surtout à améliorer.

Par Mohamed D. DIAWARA




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