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mardi 21 septembre 2021
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Mohamed Sidibé, président du Conseil des Maliens de Guinée: ‘‘pour nous, le CNT est une entrée en matière…’’

Mohamed SIDIBE est le président du Conseil de base des Maliens de Guinée Conakry. Choisi dans le quota de six représentants octroyé aux Maliens de l’extérieur, pour siéger au sein du Conseil National de Transition (CNT), à travers leurs deux associations (Haut conseil des Maliens de l’extérieur (HCME) et Conseil supérieur de la diaspora malienne (CSDM)), il est présent dans la capitale dans le cadre des travaux dudit organe. En marge de ces travaux, il nous a reçus pour aborder différentes questions d’intérêt pour nos compatriotes : la participation des Maliens de l’extérieur au CNT, la polémique qui a accueilli la mise en place de cet organe de la Transition, les difficultés auxquelles sont confrontés nos compatriotes à l’extérieur, le renouvellement du bureau du Haut conseil des Maliens de l’extérieur. A cœur ouvert avec M. SIDIBE.

C’est un homme très préoccupé par le devenir de son pays qui s’est adressé à la presse, pour répondre, sans esquive, à toutes les questions à lui posées.
Naturellement la question de la présence des Maliens de l’extérieur au Conseil National de la Transition ne pouvait manquer de s’inviter dans les échanges. Ce, d’autant plus que la représentation des Maliens de l’extérieur à l’Assemblée nationale fait partie des plus anciennes doléances du Haut conseil des Maliens de l’extérieur (HCME). Aussi, l’octroi de six sièges à nos compatriotes résidant à l’étranger au sein du CNT est-il perçu comme un bon présage pour l’aboutissement d’une demande vieille d’une vingtaine d’années.
La participation au CNT
C’est pourquoi, les Maliens de l’extérieur entendent donner tous les gages nécessaires à la faveur de cette participation au CNT prise la prise en compte de cette préoccupation. « Le Conseil National de la Transition, pour nous, c’est une entrée en matière pour mériter la prochaine fois. Nous voulons marquer notre présence. Il faudrait que par notre contribution de qualité à la réussite des missions du CNT, on puisse dire, si nous savions, nous les aurions fait représenter à l’Assemblée nationale beaucoup plus tôt. Si nous venons, c’est par patriotisme, non pour des intérêts sordides. Les Maliens de l’extérieur entendent œuvrer pour le changement auquel aspirent tous les Maliens ; nous souhaitons apporter du nouveau, parce que notre système se caractérise par sa lenteur, sa lourdeur. Nous avons aussi un droit de regard sur tous les sujets se rapportant à la vie de la Nation. Nous savons que ce qu’il faut le plus à notre pays pour amorcer véritablement son développement, c’est le changement de comportement dans la gestion des affaires publiques. Au sein du Conseil National de la Transition, nous nous battrons sur les dossiers de détournements de deniers publics et sur les tueries qui sont survenues ».

La contestation du CNT
En amont de la mise place du Conseil National de la Transition, une vive contestation a éclaté, alimentée aux frustrations des partis politiques et de plusieurs organisations de la société qui n’ont d’ailleurs pas encore fini de ressasser leur courroux après les sélections jugées arbitraires de représentants (politiques et associatifs) devant siéger au sein dudit organe. Les griefs sont relatifs au rôle de ‘’censeur’’ dévolu au Vice-Président de la Transition pour la sélection des postulants ; le délai de quarante-huit heures jugé trop court pour constituer et déposer les dossiers de candidature ; des quotas jugés dérisoires attribués à certaines composantes (11 représentants pour plus de 100 partis politiques ; 8 représentants du Mouvement du 5 Juin, 9 représentants des organisations de la société civile) ; la représentation jugée pléthorique (22 représentants des Forces de défense et de sécurité) ; le manque d’inclusivité.
Mohamed SIDIBE prend la pleine mesure de la contestation. Pour autant fait-il une remarque: « de mémoire d’homme, aucune décision n’a jamais fait l’unanimité et celle-là ne ferait pas exception. Quand on doit choisir 121 personnes sur près de 20 millions de Maliens, il y aura forcément des gens qui ne seront pas d’accord avec le choix ». Et de développer sa réflexion sur le sujet : « au lieu de se perdre en veines conjectures sur le CNT, il faudrait plutôt se pencher sur ce qui nous y a menés : la mauvaise gestion, l’insécurité. Personne n’a jamais souhaité une transition qui n’aurait jamais dû être. Il est important que les gens comprennent que ceux qui siègent au CNT sont en mission. Donc, il faudrait plutôt les juger par rapport à leur manière d’accomplir cette mission que de juger leur personne ».
L’investissement national
Le Président du Conseil de base des Maliens de Guinée, interpellé sur une implication des Maliens de l’extérieur dans le développement du pays à l’échelle nationale, notamment pour ce qui est d’un projet d’agrobusiness qui est toujours au stade des intentions, répond : « au Mali, on est habitué à poser la thèse et l’antithèse en même temps. On a proposé aux Maliens de l’extérieur 5 000 ha ; mais il se trouve que ce n’est pas viabilisé et ceux qui sont intéressés par le projet n’ont pas les moyens d’investir 3 millions/ha pour la viabilisation. Il y a fondamentalement un problème de confiance. On ne peut pas mobiliser de l’argent pour un projet précis pour que ça prenne une autre destination. Sinon, nous avons même la possibilité d’inciter des ressortissants étrangers à investir dans notre pays. Et puis, on réfléchit par deux fois avant d’investir dans un pays sans sécurité. Nous demandons comme préalable la bonne gestion des biens publics ; après nous apporterons notre contribution financière. Les Maliens de l’extérieur représentent un apport de 400 milliards par an. Mais nous sommes obligés de passer par des circuits informels. »
Les problèmes des Maliens de l’extérieur
Cependant, contrairement aux apparences souvent coruscantes, les Maliens de l’extérieur sont contraints au parcours du combattant. « Les Maliens de l’extérieur sont confrontés à un problème de recensement. Seulement 10 à 15% d’entre eux sont recensés. A cela il faut ajouter les difficultés d’accès aux documents essentiels, à savoir la carte d’identité et le passeport. Un nombre important de nos compatriotes résidant à l’extérieur n’a pas sa carte NINA avec tout ce que cela a comme implication. » Face aux écueils à surmonter, le Président du Conseil de base des Maliens de Guinée Conakry ne se résigne pas. « Il faut des cadres juridiques mieux appropriés, des autorités compétentes pour la prise en charge des préoccupations des Maliens de l’extérieur. En plus, nous avons besoin d’une diplomatie de qualité pour un meilleur traitement des Maliens de l’extérieur. Sinon, il y a trop de problèmes » préconise-t-il.

La fronde contre le bureau du HCME
Au plan national, il y a une fronde qui se met en place contre le Bureau du Haut conseil des Maliens de l’extérieur dont la légalité est remise en cause, pour raison de dépassement de délai légal de mandat. Les factieux, au regard de leurs attaques en règle contre le Président Habib SYLLA, véhiculent le message, sans ambiguïté, qu’ils n’entendent pas se satisfaire des explications fournies par le secrétariat permanent en ce qui est des raisons du non-renouvellement du bureau du Haut conseil des Maliens de l’extérieur.
Mohamed SIDIBE qui en est également vice-président de l’association, n’y va pas avec le dos de la cuiller pour donner de la repartie aux cabaleurs : « chacun de nous, dans le Bureau du Haut conseil des Maliens de l’extérieur tire sa légitimité de son élection à la base. Or, nous avons des mandats qui courent toujours ».
Comment Mohamed SIDIBE appréhende l’avenir de notre pays malmené par des crises protéiformes ? « Ce pays-là nous a tout donné, nous devons lui en donner en retour. Certes, il a connu une décadence, mais ce n’est pas pire que dans certains pays où j’ai vécu. Je connais la Sierra-Léone, le Libéria ; tout le monde sait ce qui s’y est passé. Ce qui ne les a pas empêchés de renouer avec le développement. Dans notre cas, une prise de conscience des causes de notre décadence pourrait nous aider à nous relever. Parce que le problème du Malien, c’est de se servir, au lieu de penser à servir. Il faut définitivement rompre avec cette mauvaise mentalité ».

PAR BERTIN DAKOUO




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