Mort de Ag Aoussa: une ère nouvelle s’ouvre !

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Impénitent rebelle : djihadiste recyclé qui n’a pourtant pas rompu le cordon ombilical ; hiérarque de la Coordination des mouvements armés (CMA), la mort de Cheikh Ag Aoussa, dans l’explosion de sa voiture, le samedi dernier, pourrait ouvrir une heure nouvelle dans le rapprochement entre les mouvements armés qui sont en ce moment à couteaux tirés.

S’il est vrai que l’on ne se réjouit pas de la mort d’un être humain, il en va autrement de celle de sinistres individus qui ont fait le choix de la donner à d’autres, au nom d’une hideuse idéologie. Cheikh Ag Aoussa est certainement de cette race. Aussi, le Mali ne devrait-il pas regretter sa mort pour que triomphe la paix.
Le défunt (exécuté ou mort dans l’explosion de sa voiture après que celle-ci a sauté sur une mine ?), N° 2 du Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) et ex N° 2 de Ansar Eddine de Iyad Ag Ghaly, est connu pour ses prises de positions radicales et pour être un des principaux obstacles du rapprochement entre les mouvements armés, la Plateforme et la CMA.
Le 2 février dernier, lorsque des éléments de la Plateforme ont fait leur entrée à Kidal (chez eux) ; il était de ceux qui s’y étaient le plus farouchement opposés, exigeant son retrait pur et simple de la ville. Ce, quand bien même, à l’issue des réunions de concertation sur la gestion commune de la ville de Kidal, la CMA avait consenti l’admission de trois membres de la Plateforme dans chacune des six sous-commissions de gestion de la ville de Kidal.

Un va-t’en guerre
Le 6 février 2016, un accord était trouvé entre les garants de l’Accord d’Anefis, à savoir : Alhaji Ag GAMOU ; Alghabass Ag INTALLA ; Alghabass Ag NAJIM ; Hanoune Ould ALI qui disait, entres autres : « 1- Les deux parties restent fermement attachées à l’application de l’Accord de paix et réconciliation au Mali issu du processus d’Alger. 2- Conformément aux dispositions déjà arrêtées, des éléments de la Plateforme intégreront les commissions chargées de la gestion de la ville de Kidal. 3- La Plateforme allégera son dispositif militaire présent à Kidal. 4- Partout où les deux parties sont conjointement présentes, elles travailleront collégialement pour renforcer davantage le processus de paix enclenché depuis la rencontre historique d’Anefis ».
En réalité, il ne s’agissait que d’une paix de façade, les questions militaires et de sécurité n’ayant pas été résolues. Ce qui devait arriver arriva avec une série d’affrontements violents entre la CMA et la Plateforme qui a débuté le 21 juillet dernier. Selon les sources concordantes, Cheickh Ag Aoussa était la figure de proue des va-t’en guerre. Ce que corrobore Alghabass Ag INTALLA, selon qui certains responsables de la CMA, étaient « pour l’arrivée du GATIA dans la ville », et d’autres « contre cette arrivée ».

Rupture du calme précaire
La conséquence, est la rupture du calme précaire qui prévalait ; au point que le Haut représentant du chef de l’État pour le suivi de l’Accord, Mahamadou DIAGOURAGA, a été sollicité par la MINUSMA et la Médiation internationale pour jouer le pompier. Ce choix s’explique, en particulier par le fait que le conflit prenait une dimension de plus en plus communautaire. La MINUSMA elle-même est plus tard redescendue dans l’arène, en faisant venir les deux parties en belligérance à Bamako pour trouver une issue heureuse.
Pourtant, bien en amont, les bases de l’entrée des combattants de la Plateforme à Kidal avaient été jetées. C’était lors des rencontres intercommunautaires d’Anafif, en octobre 2015, sanctionnées par un communiqué final conjoint CMA/Plateforme où il est question, entre autres, de la « cessation stricte et définitive de toute forme d’hostilités et l’interdiction de tout acte de provocation, d’insultes ou invectives » et surtout marquées par la signature d’un « Pacte d’honneur ».

Un lieutenant d’AQMI
Il était par ailleurs reproché à Cheickh Ag Aoussa d’être le représentant spécial de AQMI au sein de la Coordination des mouvements armés. On lui attribue la mobilisation de renforts djihadistes étrangers venus combattre les Forces armées et de sécurité, le 21 mai 2014 à Kidal, aux côtés de la CMA.
Le 18 avril 2016, une violente manifestation s’est déroulée à Kidal. Vers 10 h, des manifestants, dont certains munis de cocktails Molotov, se sont introduits par effraction sur la piste de l’aéroport sécurisée par la MINUSMA, saccageant et mettant le feu aux installations sécuritaires. Deux participants ont perdu la vie, 4 autres ont été blessés suite à des tirs d’origine encore inconnue, selon la MINUSMA.
L’on apprend de sources locales que cette manifestation de « femmes et d’enfants » instrumentalisées était infiltrée par des éléments djihadistes mis à contribution par Cheickh Ag Aoussa. Les « tirs d’origine inconnue » étaient, selon nos sources, le fait de ces éléments qui avaient été envoyés par Iyad Ag Ghaly, le chef d’Ansar Eddine.
Autant de considérations qui faisaient de cette abominable personnalité l’axe du mal. Un individu à deux visages qui prétendait combattre les terroristes tout en pactisant avec eux.

Le climat de confiance
Sa disparition donne alors une chance à la médiation en cours, autant au niveau du Haut représentant du chef de l’État que de la MINUSMA. Cela, à travers une réponse aux questions de défense et de sécurité qui restent encore en suspens et qui divisent les deux mouvements signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger.
Par ricochet, en fumant le calumet de la paix, les mouvements qui se regardent en chien de faïence pourront entreprendre les patrouilles mixtes dans les meilleures dispositions de confiance. Comme quoi, à quelque chose malheur est bon. En espérant bien sûr qu’il n’y ait pas d’autres mauvaises herbes résistantes comme ce Cheickh Aoussa.
Il faut rappeler que de violentes manifestations avaient eu lieu à Kidal, soi-disant pour contester les « arrestations arbitraires » orchestrées par la mission militaire française Barkhane, depuis l’explosion d’une mine qui avait coûté la vie à trois soldats français le 12 avril. Dans la foulée de ces manifs, une vingtaine de campeuses a élit domicile à l’aérogare de Kidal pour exiger leur libération. La meneuse n’était autre qu’une certaine… Zeina Wallet Ilady, la femme de Cheikh Ag Aoussa qui affichait ainsi au grand jour ses liens avec Ansar Eddine.

Par Bertin DAKOUO

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