Mouvement de grève dans les établissements sanitaires: les syndicalistes satisfaits du suivi du mot d’ordre

3

Depuis hier mardi, les travailleurs des syndicats de la santé observent une grève de 48 heures qui a plongé les structures concernées dans une situation de paralysie totale. Au cours d’une évaluation, à la mi-journée de leur mouvement, à la Bourse du travail, Youssouf MAIGA, secrétaire général adjoint du Syndicat national de la santé, de l’action sociale et de la promotion de la famille (SNS-AS-PF) arguait que « la grève a réussi à 99 % ». Nous avons visité certains établissements pour mieux nous imprégner de la situation.

Suite à ce mouvement de grève, notre équipe a constaté au niveau du Centre hospitalier universitaire de Gabriel Touré et du centre de santé de la CIII du district une atmosphère morose.
Lors d’une séance d’évaluation à mi-journée du mouvement, à la Bourse du travail, le secrétaire général adjoint de la SNS-AS-PF a expliqué que les grévistes comprenaient quatre groupes, à savoir : les fonctionnaires qui relèvent de l’État ; les contractuels de l’État ; les contractuels payés sur ressources propres des établissements sanitaires ; et les travailleurs payés sur les fonds PTTE.
Selon Youssouf MAIGA, c’est après évaluation des différents points d’accord et de désaccord que le bureau exécutif a pris toutes ses responsabilités d’aller en grève de 48 heures sur toute l’étendue du territoire national.
Aussi, a-t-il révélé, le vendredi prochain, le bureau exécutif se réunira et tirera toutes les conséquences de ces mouvements en vue d’envisager les conduites à tenir pour les prochains jours. Il est possible que le syndicat dépose dès le lundi prochain, un nouveau préavis de grève de 5 jours pour faire pression sur les autorités afin de revoir les doléances des travailleurs de la santé.
À la question de savoir leur impression sur la galère des populations suite à ces mouvements de grève, M MAIGA reconnaît que la santé est sensible. Cependant, il tient pour responsable le gouvernement qui, au lieu d’informer l’opinion sur les raisons de cette grève, a plutôt censuré à la télévision nationale, leur conférence de presse qui avait pour but d’expliquer aux populations leurs préoccupations.
En tout état de cause, les syndicalistes disent comprendre l’inquiétude des populations pour lesquelles leur combat profite aussi, à travers une amélioration des prestations.
Les grévistes réclament du gouvernement, la satisfaction de neuf points de revendication relatifs entre autres à l’amélioration des conditions de vie et de travail des agents ainsi que celle du plateau technique.

La situation des 9 doléances point par point
Le point 1 la revalorisation de la fonction socio-sanitaire et de la promotion de la famille à travers l’adoption d’un plan de carrière pour tous, d’un plan de formation continue et d’un plan de motivation. Il est composé de deux sous-points : le plan de carrière pour tous les travailleurs des 3 ministères (Santé, Solidarité et Promotion de la femme). Ce sous-point a fait l’objet d’accord. Le 2e sous-point, à savoir l’adoption d’un plan de carrière pour les agents de socio-sanitaire et de la promotion de la famille. Sur ce sous-point, il n’y a pas eu d’accord. Don pour le 1er point, il estime qu’il s’agit d’un accord partiel.

Le 2e point concerne la satisfaction des résolutions issues de leur 12e Congrès, tenu les 17, 18 et 19 janvier 2012. Le 1er sous-point a fait l’objet d’accord. (Il s’agit de faire revenir à la Commission pèlerinage à sa vocation initiale, c’est-à-dire social). Le 2e sous-point est relatif au maintien du concours professionnel des travailleurs socio-sanitaire à l’entrée l’ANFTC. C’est un sous-point de désaccord. Le 3e sous-point qui concerne l’UMPP est fait l’objet d’accord. Il s’agit pour le gouvernement de s’engager à prendre en charge les salaires et le fonctionnement de l’UMPP en attendant sa liquidation.

Le 3e point est relatif à l’augmentation substantielle des primes de fonction spéciale, des primes de garde, (sous-point de désaccord). Là le gouvernement n’a même pas voulu discuter de ce sous-point. Les syndicats ont demandé une augmentation de 100 000 FCFA pour les catégories A ; de 75 000 FCFA pour les catégories B ; de 50 000 FCFA pour les catégories C et de 25 000 FCFA pour les contractuels. Le 2e sous-point concerne la prime de garde que les syndicats veulent porter à 10 000 F en plus du taux actuel pour la catégorie A ; le taux actuel plus 7 500 F pour la catégorie B ; le taux actuel plus 5 000 F pour la catégorie C ; et le taux actuel plus 2 500 pour les autres catégories. Le taux actuel est respectivement de 4 000 F, 3 500 F, 3 000 F et 2 500 F pour les catégories A, B, C et les contractuels. Le sous-point 3 est l’instauration d’une prime de monture. Cette dernière soutient le syndicaliste, dans les pays voisins comme la Côte-d’Ivoire, le Sénégal et le Burkina-Faso est une prime qu’on donne aux travailleurs pour leur permettre de pouvoir rejoindre leurs services. Au Mali, dans le passé, a-t-il rappelé, il y avait des cars qui passaient prendre à ces points fixes les travailleurs. Ce système n’existant plus, les syndicats demandent des primes de monture. Le 4e sous-point est relatif à l’intégration des émoluments des bi-appartenant dans leur salaire. À ce sujet, il a fait savoir, un professeur en activité qui est payé à 900 000 FCFA, voire un million de FCFA, perçoit à la retraite moins de 300 000 F. À son avis, cela est incompréhensible.

Le point 4 est le maintien et l’extension des ristournes qui existent depuis longtemps (sous Moussa TRAORE). Le taux était de 25 % ; suite aux revendications syndicales, le taux actuel est de 30 % des recettes propres de l’établissement à partager entre les travailleurs en guise de motivation et d’amélioration de leurs conditions de vie. Selon le représentant syndical, le gouvernement veut supprimer l’octroi des ristournes. Ce que les syndicats ne veulent pas entendre. Le 2e sous-point concerne la prise en charge à 100 % des soins médicaux et du médicament du personnel socio sanitaire et de la promotion de la famille assujettie à l’AMO, conformément au décret 002-311 du 4 juin 2012. Pour lui, étant donné que toutes les travailleuses sociosanitaires et de la promotion de la famille sont affiliées à l’AMO, et que le décret 002-311 du 4 juin 2012 leur accordait la gratuité des examens des laboratoires et des films, bien avant l’AMO qui prend en compte ledit décret. Les responsables syndicaux demandent maintenant à ce que leurs départements respectifs assurent le paiement des médicaments de leurs agents. Cela a fait point d’un accord verbal de la part du gouvernement. Mais, il n’y a pas un document écrit.

Le point 5 qui est relatif à l’intégration dans la Fonction publique des contractuels payés sur les ressources propres, fonds PTTE, a fait l’objet d’accord. Par contre depuis 2012, un certain nombre de dossiers d’intégration est bloqué. Concernant les nourrices de la pouponnière I, malgré l’augmentation du SMIG à 40 000 F, ces dames, dont après 20 ans de travail et inscrites à l’INPS, n’avaient pas le SMIG. Au moment, où leur situation allait être régularisée, elles auraient été licenciées, sans préavis ni informer l’inspection du travail. Le gouvernement aurait pris l’engagement verbal de voir cette situation.

Le 6e point est l’octroi d’autorisation et de congés de formation à tous les travailleurs ayant respecté la réglementation en vigueur. Selon M MAIGA, des autorisations de congé de formation sont délivrées en bonne et due forme à des travailleurs qui se voient après 6 à 7 mois la même autorité prendre une décision pour annuler la 1ère décision. À son avis, cela ne s’explique pas. Avant d’ajouter que la formation est un droit pour tout travailleur.

Le 7e point est le respect des libertés syndicales à tous les niveaux et l’annulation des mutations abusives des responsables syndicaux dont le mandat est en cours. Pour le SGA du SNA-AS-PF, c’est là où le bât blesse. Pour preuve, les syndicalistes sont harcelés un peu partout en Commune I, en Commune VI, à Koutiala, à Bougouni. Pis, aujourd’hui, ils sont harcelés parce qu’ils sont partis en grève qu’ils ont respecté les règlementations en vigueur : déposer du préavis de grève, participer aux réunions de négociations, ouvertes par le ministre du Travail et de la fonction publique ; signer le Procès-verbal de non-conciliation.
« La grève est un droit. Et chaque travailleur est libre d’aller ou ne pas aller en grève », a-t-il martelé.
Par ailleurs, M MAIGA dit savoir que celui qui va en grève ne sera pas payé pour les jours qu’il n’a pas travaillés. Et c’est normal que le salaire soit coupé pour le travail non effectué. Les syndicats demandent le maintien de tous les syndicalistes dont les mandats sont en cours à leur poste.

Le 8e point est relatif à la régularisation des agents victimes du contrôle physique et des agents de santé de la région de Gao omis pour les frais de retour et d’installation. Ce point, dira M MAIGA, prouve la mauvaise foi du gouvernement. En effet, certains de leurs camarades ayant fait le contrôle physique en bonne et due forme et d’autres, munis de leurs congés de formation, ont vu leurs salaires de 10 mois coupés. Ce point fait l’objet de désaccord. Depuis deux ans, des travailleurs de la santé de Gao omis ne sont pas mis dans leurs droits. Là, le gouvernement s’est engagé à régler cela avant le mois de décembre. Il s’agit d’un point d’accord.

Le 9e et dernier point des doléances concerne l’amélioration des conditions de travail par le recrutement du personnel qualifié et du plateau technique. Là, le SGA dit ne pas comprendre comment il peut manquer de l’eau au Centre de santé de référence (CSREF) de la Commune I du District de Bamako ; manque de gants, d’alcool dans des structures de 2e et même de 3e référence. Pour lui, le gouvernement doit les mettre dans les conditions pour qu’ils donnent des prestations de qualités aux populations. Ce dernier point n’a pas fait l’objet d’accord.

Au moment où nous mettions sous presse, nous apprenions auprès du ministère de la Santé la levée du mot d’ordre de grève du Syndicat autonome des cadres médicaux (SYNACAM).

Par Sékou CAMARA

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *