Négociation Mali – UE sur la migration: les inquiétudes du HCME

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Le Haut conseil des Maliens de l’extérieur est sur pied de guerre avec l’annonce de la présence d’une délégation de l’Union européenne dans notre pays dans le but de « tordre la main » dit-il aux autorités maliennes à réviser l’article 13 des accords de Cotonou sur la migration. Une manière cavalière et unilatérale que les responsables ont dénoncée tout en attirant l’attention des décideurs sur les préoccupations des Maliens de l’extérieur et plus particulièrement ceux des migrants sur ce dossier.

C’est à travers une conférence de presse organisée, hier jeudi, au Conseil malien du Patronat que plusieurs responsables du Haut conseil des Maliens de l’extérieur, au nom de leur président, Habib SYLLA, ont décidé de lever le coin du voile sur ce dossier très sensible tant il concerne la vie et l’avenir des millions de nos compatriotes qui vivent à l’étranger. Mais aussi, le devenir du pays au regard l’apport financier (estimé à 471 milliards de FCFA en 2015) que les migrants envoient, chaque année au pays.
Par cet exercice auquel se sont prêtés Mamadou Lamine Bane, Mamadou Camara et Kaourou Doucouré, il s’agissait d’attirer l’attention de l’opinion publique nationale et les décideurs sur les préoccupations des Maliens de l’extérieur et plus particulièrement ceux des migrants par rapport à cette visite de la délégation de l’Union européenne. Une inquiétude qui se justifie d’autant plus, ont expliqué les conférenciers, le Mali et l’Union européenne ne sont pas à leur première négociation sur la question de la migration.
De la révélation faite par ces derniers, il y a eu d’abord les accords de Cotonou qui ont été signés le 23 juin 2000 entre l’Union européenne et les pays d’Afrique subsahariens, dont le Mali, en remplacement des conventions de Lomé. Des accords donc acceptés par les deux parties même si des points de désaccord subsistent, notamment sur le retour et la réadmission ainsi que la délivrance du laissez-passer européen visant à expulser les migrants africains.
Des désaccords auxquels l’Union européenne tente, par tous les moyens, de trouver des solutions à travers la révision de l’article 13 des accords de Cotonou. Cette disposition concerne le dialogue ACP-UE sur les migrations. Il rappelle les engagements internationaux en matière de respect des droits de l’homme, de non-discrimination des travailleurs migrants, de prévention de l’« immigration illégale », et de nécessité de s’attaquer aux causes structurelles des migrations, notamment les questions de formation. Il contient enfin une partie conséquente sur le retour des « immigrants illégaux » dans leur pays d’origine, en renvoyant toutefois les modalités concrètes de réadmission à la négociation et à la signature d’accords bilatéraux.
Mais il se trouve que les propositions européennes allant dans le sens de la révision de cet article et la délivrance du laissez-passer européen ont été rejetées en bloc par l’ensemble des pays africains.
Et que pas plus tard que l’année dernière, les deux parties ont décidé de rester dans l’esprit du même article 13 lors du sommet de La Valette sur la migration qui a réuni les chefs d’État ou de gouvernement européens et africains dont l’objectif était de renforcer la coopération et de relever les défis que représente la migration mais aussi d’exploiter les possibilités qu’elle offre.
Catégoriques qu’ils étaient, les conférenciers ont affirmé que nulle part dans la déclaration politique et dans le plan d’actions il n’est fait référence à une quelconque révision de l’article 13 des accords de Cotonou. Qu’au contraire, il a été clairement signalé, lors de ce sommet, que la délivrance de document de voyage d’un pays est une question de souveraineté nationale ; que ce cadre juridique émane également de la Convention de Vienne. Voilà pourquoi il a été suggéré de favoriser le dialogue entre les acteurs concernés spécifiquement par la question qui sont les pays d’origine, d’accueil et de migrants. Sans compter aussi qu’au cours du Sommet, la partie africaine avait attiré l’attention sur le caractère volontaire du retour en tenant compte des conventions des Nations Unies sur la protection des migrants. Ce qui fait que la notion de laissez-passer européen a été complètement abandonnée au final.
De tout ce qui précède, les conférenciers s’étonnent, qu’aujourd’hui, qu’une délégation de l’Union européenne s’est rendue presque en catimini dans notre pays (depuis hier 10 novembre 2016) dans le but inavoué, disent-ils, de forcer le Mali et ses autorités à réviser ces accords de Cotonou notamment dans le domaine de la réadmission. Et c’est cette manière cavalière que les responsables du Haut conseil des Maliens de l’extérieur ont eu à dénoncer, à travers cette rencontre avec la presse nationale.
De la conviction faite par ces derniers, comme d’ailleurs toutes les organisations opérationnelles des migrants africains, cette visite de la délégation européenne, n’a autre objectif que d’inciter les autorités maliennes à coopérer en matière de lutte contre l’immigration illégale, en facilitant la délivrance des laissez-passer qui permettent l’expulsion effective des Maliens en situation irrégulière en France et dans d’autres pays européens. D’où, leur colère et leur refus catégorique de ne pas accepter cette façon unilatérale et inéquitable dans le cadre de la résolution de ce dossier.
Pour les conférenciers, notre pays doit certes négocier, trouver un terrain d’entente ; mais les orateurs du jour, au nom de la société civile malienne et de la diaspora, s’opposent à tout accord déséquilibré avec l’Union européenne, tout en disant Non aux laissez-passer européens. Ils se sont dit, par contre, favorables au respect des droits, de tous les droits des migrants y compris ceux qui sont en situation irrégulière ; à la protection de leurs droits méconnus par les conventions internationales ; au respect de la souveraineté du Mali.
De leur avis, tous les retours des migrants doivent s’effectuer dans le plein respect des droits de l’homme et de la dignité humaine.
En tout cas, la conférence a été saluée par la Coordination des associations pour le développement de Kayes, une région qui est aujourd’hui le plus grand bassin d’immigration dans notre pays.

PAR MOHAMED D. DIAWARA

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