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jeudi 21 septembre 2017
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Négociations d’Alger: le choix cornélien!

Que revendiquent les rebelles? Qu’est-ce que le Gouvernement va céder? Comment l’opinion nationale va-t-elle accueillir de nouvelles concessions/capitulations ? Telles sont les interrogations auxquelles le Gouvernement travaille d’arrache-pied à apporter des réponses satisfaisantes dans la perspective de la reprise des négociations d’Alger dans quelques jours.

Après trois rounds de négociations qui ont connu des fortunes diverses, la situation se décante de plus en plus, les positions des uns et des autres apparaissent au grand jour.

Nonobstant l’existence de signes encourageants qui sont applaudis des deux mains par la communauté internationale, force est d’admettre que le processus de paix bute sur une question majeure: le statut politique du Nord du Mali (Azawad) qui donne lieu à de profondes divergences entre les Parties.

Le fédéralisme ou rien ?

Au cours d’une récente interview accordée à Afrik.com, à la question de savoir quel est le véritable problème au Mali,  Mossa Ag Attaher, porte-parole du Mouvement National de Libération de l’Azawad, a répondu : « Il y a un problème politique depuis plus de 50 ans et il faut trouver une solution négociée qui prend en charge les aspirations du peuple de l’Azawad à travers une auto-gestion des affaires ».

Dans une précédente déclaration, le porte-parole du MNLA soutenait : « Nous disons qu’il faut que les uns et les autres acceptent d’avancer, plaide Mossa Ag Ataher. Il ne sert à rien de faire un pas en avant, deux pas en arrière. La coordination des mouvements de l’Azawad va proposer, dans cette nouvelle formule de document que nous allons remettre à la médiation à nouveau, un statut politique pour les régions de Gao, Tombouctou et Kidal. Dans ce statut, nous souhaitons que l’avenir politique, administratif, sécuritaire de ces régions soit remis aux populations autochtones ; que les populations se l’approprient dans son ensemble. ». Et d’ajouter : « Pourquoi ne pas parler d’un fédéralisme ? Pourquoi ne pas accepter que fédérer aujourd’hui des entités différentes, mais qui pourraient être complémentaires, c’est la solution ? Pourquoi ne pas essayer ? » Avant de conclure : « Nous disons qu’il faut arrêter d’avoir peur des décisions politiques, qu’il faut avoir un courage politique pour accepter des choses qui, jusqu’ici, n’ont pas été essayées. »

Les masques sont tombés, à la lumière de ces déclarations : Le mode de gouvernance souhaité par le MNLA est « l’auto-gestion » ; alors qu’en ce qui est de la forme de l’État, c’est un attachement indéfectible au « fédéralisme » qui est défendu.

Les réponses insuffisantes

Deux observations s’imposent à ce niveau.

La première est relative à la réaffirmation de « l’auto-gestion » comme mode de gouvernance locale quand bien même le Gouvernement a proposé la régionalisation qui prend largement en compte les préoccupations qui le sous-tendent. En effet, dans les ‘’Éléments pour un accord pour la paix et la réconciliation au Mali’’, au titre des questions politiques et institutionnelles, il est notamment prévu la mise en place, au niveau local, de Collectivités territoriales dotées d’organes élus au suffrage universel, bénéficiant d’un très large transfert de compétences et jouissant des pouvoirs juridiques, administratifs et financiers nécessaires. Dans ce cadre, la région sera dotée d’une Assemblée régionale élue au suffrage universel direct et élira à son tour son Président, qui est également le chef de l’Exécutif et de l’Administration de la région… Les cercles et les communes sont dotés d’organes délibérants (Conseil de cercle et Conseil communal) élus au suffrage universel direct dirigés par des bureaux ayant une fonction exécutive, avec à leur tête un Président de cercle et un Maire élus… II est prévu la création d’une Force de Sécurité intérieure (police territoriale) qui sera placée sous l’autorité des collectivités locales, dans le cadre de leurs pouvoirs de police’’.

En ce qui est du financement, il est prévu : « En plus de la fixation des taux des taxes, redevances et impôts locaux, tel que stipulé dans l’Accord, chaque région jouit de la latitude de créer des impôts adaptés à sa structure économique et à ses objectifs de développement ».

Au regard de ces quelques engagements qui se fondent sur la régionalisation, il va sans dire que « l’avenir politique, administratif, sécuritaire de ces régions (Ndlr : les régions du Nord) » sera bel et bien « remis aux populations autochtones », comme le souhaite le MNLA.

L’autogestion qui est présentée comme une panacée semble dès lors être le substrat naturel indispensable au fédéralisme, un tremplin pour atteindre l’indépendance. C’est la seconde observation que l’on est fondé à faire.

Péril sur la ‘’ligne rouge’’

Qu’est-ce que le Gouvernement va-t-il céder? C’est l’autre question qui taraude les Maliens après avoir grandement ouvert les vannes de la gestion locale des affaires publiques. A s’y méprendre, la seule concession que le Gouvernement puisse à présent faire est d’accéder au fédéralisme au nom d’un « courage politique pour accepter des choses qui, jusqu’ici, n’ont pas été essayées ». Auquel cas, l’on sortirait du cadre des concessions pour se retrouver sur le terrain de l’abdication et de la forfaiture.

Pour le Gouvernement, il y a un choix cornélien à opérer entre le maintien de la ligne rouge (l’intégrité territoriale, l’unité nationale, la forme républicaine et laïque de l’État) et son déplacement qui serait synonyme de renoncement à un plusieurs ou tous les éléments jugés non négociables. Parce que ce dont il est question, c’est l’indépendance (même s’il est avéré que les groupes armés n’ont aucune notion d’État) dont le fédéralisme n’est que la première étape.

La convocation d’un conseil des ministres extraordinaire hier, dans ce contexte, valait tout son pesant d’or.

Les gardiens du temple

L’œil de l’opinion est inquisiteur dans cette affaire, nonobstant la conscience commune qu’il faut aller à la paix. En effet, elle ne saurait se formaliser du bradage des éléments constitutifs d’un État comme elle en a donné le signal à la veille de l’ouverture du dernier round de négociations d’Alger à travers des messages très explicites placardés en de nombreux endroits. La Paix Oui ! La Réconciliation Oui ! Mais cela ne devrait pas se faire dans un total mépris

Par ailleurs il importe de ne pas perdre de vue que la question du Nord devrait figurer en tête des priorités de l’action gouvernementale. Sauf, les principes de la transparence, de la bonne gouvernance économique et financière ; elle ne saurait rester à l’ombre d’une polémique autour des malversations reprochées à quelques ministères.

Par Bertin DAKOUO

 




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