Négociations de paix: revoilà l’équation Iyad

Neutraliser Iyad Ag GHALY  et réaliser la paix au Nord où il continue à tirer les ficelles, à travers ses très dignes représentants du HCUA, c’est l’énigme qu’il faut résoudre à en croire des sources proches du fantomatique chef de Ansar Eddine pour la réussite des négociations de paix, dans le cadre du processus d’Alger.

En réalité, le spectre Iyad Ag GHALY, le chef jihadiste qui avait pris ses quartiers à Kidal pendant la période d’occupation des ¾ du territoire national n’a jamais cessé de planer sur Kidal. Iyad en Libye? Iyad à Tamanraset? Iyad en train de rôder autour de Kidal? Les nombreuses interrogations à son sujet sont la preuve la plus irréfutable que l’on continue à s’intéresser à lui. Ce qui atteste également qu’il peut avoir un rôle prépondérant à jouer dans la stabilisation des régions du Nord du pays, à partir de Kidal qui est l’épicentre de la crise sécuritaro-politique actuelle.

La logique de réhabilitation

Selon nos sources, la paix à Kidal passe par la reconnaissance de ce rôle du chef du mouvement islamiste Ansar Eddine. Et pour cause, bien qu’évaporé dans la nature, il continue d’exercer une réelle influence sur les acteurs directs des négociations qui se déroulent en ce moment à Alger. C’est le cas, cite-t-on, de Alghabass Ag INTALLA, son ancien numéro 2 au sein de Ansar Eddine et qui s’est recyclé en créant le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) qui n’est qu’une excroissance de son ancien mouvement. Cela est d’autant plus avéré que la France qui a fait de la laïcité son principal argument pour imposer la négociation avec le MNLA,  est restée longtemps soupçonneuse vis-à-vis du HCUA, une espèce de génération spontanée aux origines islamistes.

Le représentant de la Coordination des trois groupes rebelles, Alghabass Ag INTALLA, nous apprend-on, n’est rien moins que le bras séculier de Iyad. Aussi, explique-t-on, l’enlisement du processus de négociation à Alger tient des manœuvres à peine subtiles de M. INTALLA de réhabiliter son ancien mentor pour échapper aux mêmes périls.

Le premier de ces périls et qui semble être le plus imminent est la mise en œuvre de la régionalisation préconisée par le Gouvernement dans le cadre de la résolution des questions politiques et institutionnelles. Dans ‘’Eléments pour un accord pour la paix et la réconciliation au Mali’’, document soumis par le Gouvernement au chef de file de la Médiation, il est stipulé: «… il est notamment prévu la mise en place, au niveau local, de Collectivités territoriales dotées d’organes élus au suffrage universel, bénéficiant d’un très large transfert de compétences et jouissant des pouvoirs juridiques, administratifs et financiers nécessaires. Dans ce cadre, la région sera dotée d’une Assemblée régionale élue au suffrage universel direct et élira à son tour son Président, qui est également le chef de l’Exécutif et de l’Administration de la région».

Un acteur encombrant

Cette disposition qui concentre les pouvoirs entre les mains des élus, non seulement sape l’hégémonie de la famille INTALLA qui est un Gouvernement qui ne dit pas son nom ; mais également brise tous les espoirs de ceux qui caressent le rêve d’une région (Kidal) où ils pourraient appliquer la Charia,  dont Iyad et son adjoint, INTALLA, qui en a annoncé les couleurs en s’opposant catégoriquement à ce que figure dans les documents d’Alger toute référence à la laïcité.

L’enjeu, à ce niveau, est la préservation des privilèges, des intérêts matériels et l’implantation d’un nouvel ordre de domination spirituelle. L’expérience de l’occupation de 2012 a montré qu’il n’existera aucune difficulté de cohabitation entre le pouvoir temporel des INTALLA et celui spirituel de Iyad, les deux ayant un dénominateur commun qui est le trafic en tout genre.

Le second péril qui est commun aux deux islamistes (Iyad et son adjoint Alghabass) concerne le mandat d’arrêt international lancé par le Procureur général, M. TESSOUGUE, en février 2013. Ils ont été lancés contre les chefs d’Ansar Eddine et du Mujao, mais aussi contre des narcotrafiquants et des rebelles du MNLA. Comme chefs d’Ansar Eddine, Iyad et son adjoint, Alghabass ne devraient occuper que les premières loges. Le parquet a précisé les faits qui leur sont reprochés: 17 chefs d’accusation au total. Ils sont poursuivis pour des faits de terrorisme, sédition, atteinte à l’intégrité territoriale de l’Etat, crimes à caractère racial, régionaliste et religieux, ainsi que pour trafic international de drogue et emploi illégal de la force armée.

Il faut rappeler que Iyad Ag GHALY est également dans le viseur des Etats-Unis d’Amérique qui ne s’accommodent nullement des terroristes.

Voici deux considérations qui devraient embarrasser considérablement la communauté internationale, c’est-à-dire, les pays qui décident pour le Mali. Comment s’engager résolument dans une lutte antiterroriste dans le Septentrion malien et jouer la carte d’un terroriste (Iyad Ag GHALY) pour parvenir à ses fins? Telle est l’équation à résoudre pour sortir du sable mouvant de Kidal où défaut de faire du surplace, l’on effectue un pas en avant, deux pas en arrière, et on prétend enregistrer une avancée.

 

Par Bertin DAKOUO

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *